Célébration de la Fêtre de Pongal Vizha 2016

Célébration de la Fêtre de Pongal Vizha 2015

Célébration de la Fêtre de Pongal Vizha 2014

Célébration de la Fête de Diwali 2013

Célébration du 150ème anniversaire de Swami Vivekananda le 09/06/2013 à Maison de L’Inde Paris

50ème anniversaire de l’indépendance de l’Inde 1997

Solidarité avec l’Orissa: Pachchim Kacha 2000

Solidarité avec le Gujurat 2001

Tagore 2002

Manifestations 2003


Célébration de la Fête de Pongal Vizha 2016

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Pongal2016-2


Célébration de la Fête de Pongal Vizha 2014

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Célébration de la Fête de Pongal Vizha 2014

France Tamil Sangam et la FAFI ont organisé  «  PONGAL 2014 » le dimanche 12 janvier de 15 à 21h à la Salle des Fêtes, 13 avenue Jules Ferry, 92240 Malakoff.

Après l’allumage de la lumière traditionnelle et le louange à la langue tamoule chanté par M. Alain Anandane, Monsieur B. Dassaradane, Président de France Tamil a prononcé une brève allocution de bienvenue et a présenté à tous les invités ses meilleurs vœux pour la Nouvelle Année et leur a souhaité un Joyeux PONGAL, et a prié M. J.Moudiappanadin, Secrétaire général,  de bien vouloir assurer la présidence de cette fête.

M.Joginder  Kumar, Président de FAFI, a souhaité une bonne et heureuse année, un joyeux  Pongal aux présents. Il a également évoqué les objectifs de la FAFI, et a insisté sur la force qui découle de l’union des associations franco-indiennes pour servir  les intérêts de la communauté indienne vivant en France.

La poésie a été mise à l’honneur durant cette fête de PONGAL ; sous la présidence du Poète K.Bharathidasan, quatre poètes ont présenté successivement  leurs créations : M.Pamallan, M.Sivahari,  M.Taniga Samarassame et Mme.Linodhini Shanmuganadin.

Mlle. Deepikka  Mithran, que le public tamoul de la région parisienne connaît bien, a donné un excellent récital de Bharathanatyam tout au long de la soirée.

Nous avons accueilli avec plaisir notre invité d’honneur, Monsieur Indra Mani Pandey, Chef de Mission Adjoint à l’Ambassade de l’Inde en France. Il a prononcé une brève allocution et a chaleureusement félicité les organisateurs pour cette magnifique journée.

Monsieur  N.Soundararajan,  Managing  Director, Nalla Group, Puducherry, a remercié France Tamil Sangam  pour son invitation à  participer à cette fête, et a assuré de son soutien dans ses  futures actions en faveur de la communauté tamoule.

Monsieur  Virapattirane  et son épouse Malar ont, comme d’habitude, travaillé toute la journée pour nous offrir un PONGAL, des vadai, un chutney et un kesari succulents.

Les danses  des   six  élèves du Centre International d’Etudes Supérieurs- Annamalai  ont  enchanté le public qui a longuement applaudi.

En fin de soirée, un colloque littéraire de qualité  a réuni  Mme. Elisabeth  Amalraj, M.Thalinjan Mourougaya, Mme Sougouna Samarassame,  M.Deïva.Varadarassan ,  Mme.Guitha Ganapathy-Doré et M.Balakichenane.

Le public  était venu  très  nombreux  célébrer  « PONGAL » ; le programme a été présenté par M.Arivajagane .   M.Ganesh SINOU, Secrétaire adjoint, chargé de la communication de la FAFI, a assuré les prises de vue photos et vidéo.  La soirée s’est   terminée à 21h avec les remerciements du Trésorier,  M. Cogoulane Carounagarane.

 


Célébration de la Fête de Diwali 2013

Compte-rendu de la fête de DIWALI célébrée conjointement
par
l’Association France Inde et la FAFI
le samedi 26 octobre 2013
à la Salle « Le Chantier, 24 rue Hénard, 75012 Paris

 

La soirée a débuté vers 19h par la cérémonie traditionnelle d’Aarthi. M.Deepak Mandjee a longuement chanté un chant dévotionnel pour invoquer les dieux.

M.Deepak Mandjee, Président de l’Association France Inde et M.Joginder Kumar, Président de la FAFI ont souhaité la bienvenue aux invités et au public qui était venu nombreux célébrer la fête des lumières que symbolise DIWALI.

M.S.K.Jaiswal, Ministre aux Affaires consulaires à l’Ambassade de l’Inde en France, ainsi que d’éminents professeurs de médecine ont honoré de leur présence cette fête culturelle indienne.

Le groupe Bharathi a présenté un excellent spectacle de danse que le public a beaucoup apprécié et applaudi à maintes reprises.

Un repas indien délicieux a clôturé la soirée ; ensuite le public, pour manifester sa joie, a entamé une danse GARBA.

Mlle.Yamouna Taniga a assuré une bonne présentation de la soirée.


 

Célébration du 150ème anniversaire de Swami Vivekananda

Le dimanche 9 juin 2013, la FAFI a célébré le 150ème anniversaire de Swami Vivekananda à la Maison de l’Inde à Paris. Cette fête était placée sous le haut patronage de l’Ambassade de l’Inde en France.

Après la cérémonie de la lumière traditionnelle, M. Bikas Sanyal, Directeur de la Maison de l’Inde, a souhaité la bienvenue aux participants. Cette célébration a été présidée par M. Joginder Kumar, Président de la FAFI.

Mlle. Deepika Mithran a enchanté le public par un récital de Bharatanatyam avec talent et maîtrise.

M. Indra Mani Pandey, Chef de Mission Adjoint, Ambassade de l’Inde, Paris, M. Indran, Critique d’Art, Chennai et M. Armel Boueyguet ont pris successivement la parole pour retracer la vie spirituelle et évoquer les enseignements de Swami Vivekananda.

Un court récital de sitar par M. Bilal et son groupe a été hautement apprécié par le public. Un film sur Swami Vivekananda, préparé par M .Jignesh Parekh, Vice-président de la FAFI, a été projeté.

Swami Veetamahananda, Président, Ramakrisna Mission, France, a prononcé l’allocution d’honneur attendue par tous, Il a longuement évoqué la vie et la pensée de Swami Vivekananda.

M. Taniga Samarassame, Trésorier de la FAFI, a clôturé la soirée par des remerciements à tous les participants, aux artistes ainsi qu’au Directeur de la Maison de l’Inde et au Restaurant Aarapana qui a pris en charge le goûter et des rafraîchissements.

Des toisons d’or ont été offertes par la FAFI aux personnalités et artistes qui ont participé à cette célébration du 150ème anniversaire de Swami Vivekananda.

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50ème Anniversaire de l’indépendance de l’Inde 1947 – 1997

Samedi 12 Avril 1997

Palais de l’UNESCO. Paris

organisée par la Fafi

Sous le Haut patronage de l’Ambassade de l’Inde

Programme

09H30 – 12H30   Bienvenue par B. Dassaradane. Président de la  fafi
Inauguration  par Ranjit Sethi. Ambassadeur de L’Inde
Séminaire: L’Inde au seuil du XXIème  siècle et ses relations de coopération

Présidence: Ranjit Sethi
                             André Lewin, Ambassadeur de France au Sénégal. Ancien Ambassadeur de France en Inde
Françis Doré, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Indienne
Francis Wurtz, Député au Parlement Européen, Membre de la Commission du Développement et de la
Coopération, Premier Vice Président de l’Assemblée Paritaire de l’Accord ACP-UE
                              Keba Birame Cissé, Ambassadeur du Sénégal en France et auprès de L’Unesco Ancien Ambassadeur du
Sénégal en Inde

                             Clôture par Chiranjeev Singh. Ambassadeur de l’Inde auprès de l’Unesco

14H00 – 15H00  Musique carnatique:                           Manickam Yogeswaran      vocal
Défilé de costumes régionaux:     Direction de Anita Tamby
Bharata Natyam:                    Direction de Rajarajeswari Parisot

15H00 – 18H45   Table Ronde: l’Inde depuis 1947
Evolution Economique
 Coordonnateur: Max-Jean Zins
Le développement du monde rural par Jacques Pouchepadass, Directeur de recherche au Cnrs
La politique industrielle par Mannan Bhatt, Représentant de l’Inde à l‘Onudi
L’Inde devant la mondialisation de l’économie par Jean Coussy, Chercheur associé au Ceri
                                        Evolution sociale Coordonnateur: Jacques Pouchepadass
L’Inde, la plus grande démocratie du monde par Max-Jean Zins, Chargé de recherche au Ceri
Religion et laîcité en Inde par Violette Graff , Chercheur associé au Ceri
La femme en Inde par Brigitte Tison, Chercheur, Université de Créteil

  20H30              Récital de flûtepar Master S. SHASHANK
accompagné de: Bombay Gayathri                                      violon
Venkalaya Ramanamurthy                     mridangam
Tripunitura N. Radhakrishnan               ghatam

Toute la journée  Exposition d’oeuvres par les artistes indiens

  Remerciements

 

 

Cnrs         Centre National de la Recherche Scientifique
Onudi      Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel
Ceri         Centre d’Etudes et de Recherches Internationales

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Ouverture des débats par Monsieur B. DASSARADANE
Président de la F.A.F.I.

C’est avec un immense plaisir et une grande fierté que j’ai l’honneur de vous accueillir aujourd’hui et de vous souhaiter la bienvenue à la journée de l’Inde.

La Fédération des Associations Franco-Indiennes “ F.A.F.I. ” organise cette journée dans le cadre du 50ème anniversaire de
l’indépendance de l’Inde sous le haut patronage de Monsieur l’Ambassadeur de l’Inde à Paris et la collaboration de la délégation permanente de l’Inde auprès de l’Unesco.

1947 – 1997 L’Inde souveraine fête ses 50 ans.

Quelques mots sur la Fédération :

En janvier 1996, 19 associations culturelles ont fondé la “ F.A.F.I. ” ; depuis lors trois associations se sont jointes à nous dont l’une est en Guadeloupe.

La F.A.F.I. est encore jeune. Elle se consacre à développer et à renforcer les liens d’amitié et de compréhension entre la France et l’Inde.

Traduisant l’aspiration majeure des associations, notre ultime objectif est d’œuvrer pour la création d’un centre culturel polyvalent, ouvert à tous, en Ile de France.
Ce sera un lieu de rencontre, d’échanges et de culture.

Toute cette journée est placée sur le thème :
“ L’Inde au seuil du XXIè siècle, son évolution économique, son évolution sociale ”.
Je vous remercie chaleureusement de votre présence.

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Allocution d’inauguration prononcée par M. RANJIT SETHI
Ambassadeur de l’Inde en France

Mon propos est un propos d’accueil pour tous, un propos de remerciement envers les orateurs à cette tribune et envers tous ceux qui assistent à cette séance, et enfin un propos incitateur à une réflexion sur une Inde indépendante et libre depuis 50 ans, une Inde qui trace son destin dans un monde fait de peuples et nations libres.

Nous félicitons la F.A.F.I. pour l’initiative d’organiser ce colloque, et nous demandons quelle prescience l’a conduite à le faire le jour même où la situation politique en Inde semble prendre un virage brutal. Les débats d’aujourd’hui pourront copieusement s’en alimenter. Les retombées de ce qui vient de se passer peuvent être diversement appréciées. J’ai la conviction que les analyses seront rassurantes, sans trouver dans le climat politique actuel ni une remise en cause du fonctionnement démocratique ni une menace aux équilibres du pays.

On pourrait dire à juste titre que la situation actuelle est caractérisée par le double phénomène de diversité des intérêts et de l’émiettement des formations politiques, sur fond de consensus à l’égard de toutes les questions fondamentales, aux plans économique, social et institutionnel.

Notre Inde est celle de la démocratie, vouée, à l’échelon intérieur, au mieux-être de son peuple, et, à l’échelon extérieur, à la paix et à la compréhension internationale.

C’est un pays de tolérance, en vertu d’une tradition millénaire qui embrasse l’ensemble de l’humanité. Cette tradition le rend apte à participer aussi bien à l’économie globale qu’à la structure moderne des institutions internationales.

Les orateurs vont certes faire le bilan de 50 années d’indépendance. Nous allons les écouter avec attention. Nous n’avons aucun discours autoritaire ni même officiel à ce propos.
Les thèmes sont à choisir. Une Inde qui est le premier producteur de thé, de canne à sucre, de minerais de fer, de films, de fruits et légumes, de motos, deuxième de riz et d’arachides, et ainsi de suite. Elle est dotée du plus grand réseau ferroviaire.

Parmi d’autres thèmes qui s’imposent, celui qui prend de l’ampleur est l’Inde de la libre entreprise, un thème à mettre en valeur à un moment où de grandes réformes économiques produisent leurs fruits et permettent au pays de s’insérer dans la tendance à la globalisation.

L’Inde change t-elle assez vite ? Je me permets de poser la question car les avis sont partagés entre ceux qui restent accrochés à la tradition et ceux qui se tournent vers l’avenir. Dans les deux camps se manifestent des dérapages. Ainsi, dans le premier, qui peut être qualifié de conservateur, le respect de l’ancienneté cède parfois la place à de vieilles  nostalgies. Ces nostalgies résistent au monde moderne et à l’idée que le pays doit s’y adapter, et cela en vertu de l’impérieuse nécessité d’améliorer le sort de son peuple. Pour certains, les changements sont trop rapides, et ils en sont saisis de vertige. L’incapacité de l’être humain à s’adapter au changement remonte à la nuit des temps.

Nous connaissons les dérapages dans l’autre sens également, ceux nourris par une passion démesurée de changement. Ce changement est présenté sous forme de progrès et de modernisation, et si le conservatisme peut être considéré sous la forme d’anciennes nostalgies, la passion pour le changement est susceptible de revêtir la forme de nouvelles ardeurs.

Partageant en cela la condition humaine, les Indiens, tout autant que les citoyens de tous les pays, cherchent à tirer des leçons de leur passé, même s’ils le voient sombrer, pour certaines époques, dans l’angoisse, afin d’assurer que l’avenir renaîtra toujours dans l’espoir.

L’occasion se prête aux bilans. Elle n’en est pas moins l’occasion pour une introspection utile. Avons nous réussi ? Il est vrai que l’Inde s’est dotée d’un engagement indéfectible envers les Droits de l’homme, d’une volonté d’organiser l’état selon les principes d’un fédéralisme souple, d’un dispositif politique classique qui comporte la séparation des pouvoirs.

L’échéance que constitue cet anniversaire nous pousse aux interrogations qui sont aussi salutaires qu’impitoyables. Avons nous été fidèles aux principes de départ, et notre action a-t-elle été couronnée de succès, les résultats escomptés, se sont-ils manifestés ?

Si l’Inde se revendique d’un système aux structures fiables et du souci d’assurer la stabilité, l’actualité ne vient-elle pas lui infliger un démenti cinglant ? Il n’en est rien. La démocratie est une fin en soi qui ne souffre pas d’être assortie de conditions telles qu’imposerait soit le souci de majorité électorale soit le désir de voir appliquer l’une ou l’autre politique. Le pays vit une mutation  profonde aux multiples dimensions et sa diversité régionale, sa multitude d’intérêts, sa composition plurilingue et plurireligieuse le font passer par une étape qui ne permet pas de dégager une polarisation nette sans laquelle la majorité est impossible. Il faut vivre les méandres de cette évolution, car le progrès, pas plus que le sort des hommes, ne se construit pas par des voies tirées au cordeau.

Peut-être sommes-nous destinés à une période d’alternance entre gouvernements se succédant rapidement, et par conséquent, étant en eux-mêmes le reflet de la dynamique de nouvelles pressions et de nouvelles revendications nées d’une conscience politique élargie, d’un enrichissement qui amène des milieux de plus en plus nombreux à exiger qu’ils aient voix au chapitre. L’élargissement de cette demande à travers divers milieux et diverses couches de la population traduit un perfectionnement du système. La solidité de cette analyse l’emporte sur l’inquiétude créée par le simple fait que des Gouvernements perdent de leur pérennité faute de pouvoir rassembler. Nous pouvons ainsi vivre une étape ou plusieurs, qui seront caractérisées par une instabilité apparente sans toutefois engendrer des effets attentatoires à la démocratie, jusqu’à ce que de nouveaux arbitrages et comportements électoraux retrouvent la netteté aux urnes.

Le fait même de poser ces questions doit témoigner de notre sérieux, et nous permet de donner une réponse qui est bonne, une réponse qui encourage à poursuivre et à renforcer notre action.

Aucun revirement n’est admissible à l’égard des orientations de l’état de l’Inde moderne qui s’accordent aux idées de l’Inde ancienne.

Un mot pour la France, car il ne faut pas l’oublier. Si l’on parle beaucoup de la fascination de l’Inde, il ne faut pas pour autant négliger celle qu’exerce la France. Elle nous offre une multitude d’enseignements. On les trouve dans la culture, le comportement social, la réflexion continue sur chaque aspect de la vie, la conscience des devoirs envers les valeurs de toujours et les gens de dehors, le débat public, l’interrogation inlassable qui semble démentir l’impression qu’ont d’aucuns d’être en face de certitudes toujours supérieures. Sans doute le pays de la révolution égalitaire et des droits de l’homme se doit de montrer l’exemple.

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Monsieur André LEWIN Ancien Ambassadeur de France en Inde entre 1987 et 1991.
Actuellement Ambassadeur de France au Sénégal

Monsieur l’Ambassadeur
Messieurs les Ambassadeurs
Monsieur le Député
Mesdames, Messieurs,

J’ai beaucoup de plaisir à me trouver devant vous ici à l’Unesco ce matin.  Je vous prierais d’excuser, tout d’abord,
l’incohérence éventuelle de mes propos puisque étant actuellement Ambassadeur de France au Sénégal, ce n’est qu’il y a 1h30 que mon avion s’est posé à Roissy et que j’ai donc passé une nuit courte. J’espère cependant que je pourrais dire au sujet de l’Inde toute l’affection et toute l’admiration que j’ai pour ce pays et toutes les raisons que nous devons tous avoir notamment en France de nous intéresser et de nous impliquer dans le 50ème anniversaire de son indépendance.

Je ne me considère pas du tout comme un spécialiste de l’Inde. Il y en a à cette tribune, il y en a dans la salle et très certainement je ne pourrai rien vous apprendre. Je me contenterai de vous livrer donc un certain nombre d’impressions nourries par ma carrière diplomatique, nourries par les années fascinantes que j’ai passées en Inde comme Ambassadeur de France entre 1987 et 1991 poursuivi par la traduction en Français d’un livre de “ Poupuljayacart ” qui vient de disparaître il y a quelques jours à Bombay. Traduction d’une biographie d’Indira GANDHI parue à l’occasion du 10ème anniversaire de son assassinat en 1984.

Dans cette période de 4 ans que j’ai passée en Inde, c’est produit un événement qui était lui-même l’écho de l’année de l’Inde en France qui avait eu lieu en 1985-1986. Je veux dire l’année de la France en Inde dont le Commissaire Général Francis DORE est également à cette tribune et je dois dire que la collaboration coopération amicale que nous avons entretenue à cette occasion a permis de réaliser une année, qui a été je crois tout à fait exceptionnelle, et qui a permis à l’Inde de mieux connaître la France. D’abord je l’en remercie, il en est né une amitié durable, il en est née, également chez moi, la conviction qu’une meilleure connaissance du pays et donc une meilleure connaissance de l’Inde était absolument indispensable si l’on voulait que les relations en tout domaine entre nos pays se développent.

La première idée qui me vient à l’esprit en effet au moment où l’Inde fête son 50ème anniversaire de l’Indépendance, c’est que, sans doute, peu de pays au monde ont suscité à l’étranger et notamment en Europe et particulièrement en France autant de malentendus, de préjugés reposant sur une information insuffisante, sur des clichés, sur des slogans, sur des idées reçues et que malgré tous les efforts des uns et des autres, malgré l’expansion du tourisme, malgré le rapprochement des distances entre les pays, malgré tous les efforts que font les uns et les autres et notamment toutes ces associations nombreuses maintenant regroupées et qui s’activent cette année, et bien malgré tout cela, nous sommes bien obligés de constater qu’il subsiste dans l’opinion publique et dans les esprits de beaucoup un certain nombre de préjugés, sur les réalités indiennes et aussi de préjugés sur la démocratie indienne et sur son régime politique d’aujourd’hui. Lorsque j’étais étudiant dans les années 50 l’on parlait beaucoup de cette comparaison que l’on faisait entre la Chine et l’Inde et avec cette notion à l’époque très populaire du sens de l’histoire la plupart des professeurs, des étudiants, des observateurs, des journalistes, des écrivains disaient, la Chine non seulement s’éveillera comme on l’a dit, mais sera prospère et nourrira son milliard d’habitants sans aucun problème, “ d’ici quelques années c’est le modèle à suivre ”, il y avait un modèle chinois, il y avait une vogue chez les étudiants du modèle chinois. Et au contraire on augurait mal de l’avenir de l’Inde dont on se disait à l’époque, c’était 3-4-5 ans après son indépendance, qu’elle avait du mal déjà à nourrir ses 250 millions d’habitants et comment les nourrirait-elle 20 où 30 ans après lorsqu’ils seraient quelques centaines de millions de plus.

Si l’on regarde les choses un demi-siècle après… Que voit-on ? Une Chine qui effectivement s’est beaucoup développée, qui suscite un intérêt tout à fait considérable chez les hommes politiques, chez les industriels, chez les écrivains et les journalistes mais où tout est loin d’être parfait. Tout est loin d’être parfait, notamment sur le plan de la démocratie, alors que l’Inde a poursuivi un développement, peut-être moins noté dans la presse internationale, en silence. Accomplissant par exemple cette extraordinaire “ révolution verte ” qui lui permet aujourd’hui de nourrir ses 960 millions d’habitants et même d’avoir des surplus exportables.

Je me souviens, tout à fait, à la fin de la période que j’ai passée là-bas, c’était donc peu après la disparition du rideau de fer et les transformations de l’Union Soviétique alliée indéfectible et très importante de l’Inde pendant un certain nombre d’années et qui continue d’ailleurs à l’être aujourd’hui. L’Union Soviétique connaissait de sérieux problèmes d’approvisionnement et je lisais dans la presse indienne des articles extrêmement fiers il y avait légitimement de quoi être fiers parce que l’Inde exportait vers l’Union Soviétique d’alors des produits alimentaires en quantités relativement importantes et vers le Sénégal. J’ai plaisir à saluer mon collègue l’Ambassadeur du Sénégal en France, l’Ambassadeur CISSE, qui a représenté également comme moi-même son pays en Inde il y a quelques années. Les relations de toutes natures entre le Sénégal et l’Inde se développent, le Président DIOUF s’est rendu en visite d’état dans ce pays il y a quelques semaines et lorsque je parcours le marché, les marchés de Dakar, je vois arriver de grandes quantités de riz indien qui concurrencent et qui concurrencent même durement les riz  du fleuve Sénégal ou le riz de la Casamance c’est-à-dire les riz locaux. Je dirais que probablement 25 à 30 % du riz qui est actuellement consommé au Sénégal est de provenance indienne. Mais je suis sur que l’Ambassadeur CISSE sur ce plan là, pourra développer encore davantage cette idée que j’ai et dont je ne veux pas parler parce que je pense que c’est plus à lui de le faire s’il le souhaite. C’est que l’Inde peut donc tout à fait légitimement se poser comme un modèle pour des pays en voie de développement. Comme un modèle à la fois de développement et de développement dans la démocratie ! Je ne dirais pas que c’est un modèle pour le Sénégal où la démocratie est implantée depuis fort longtemps et très bien respectée, mais je crois que pour un très grand nombre de pays dans le monde, l’Inde pourrait constituer un modèle à cet égard.

Et pour en revenir donc à mon propos de l’origine, tous ces préjugés, toutes ces idées reçues sur l’Inde que l’on constate et qui vont malheureusement fleurir au cours des mois qui nous séparent du 15 Août, c’est à dire, la véritable date anniversaire de cette indépendance, et bien, les amis de l’Inde seront une fois de plus désespérés et déçus de voir combien il est difficile d’informer une opinion publique, de convaincre des journalistes, de convaincre les chroniqueurs sur les véritables réalités d’un pays, d’un grand pays qui a certes à faire face à des problèmes énormes, mais qui peut se targuer d’avoir réussi dans le domaine économique, dans le domaine social, dans le domaine culturel, dans le domaine technologique des réalisations tout à fait spectaculaires et tout cela dans le respect de la démocratie.

Lorsque j’étais Ambassadeur en Inde, Francis DORE s’en souvient, l’une de nos préoccupations était justement d’essayer d’assurer mieux à l’Inde et à ses amis qui sont très nombreux, une tribune et un endroit où pouvoir jour après jour et pour un public intéressé mais mal informé montrer quels sont les véritables visages de ce pays.

Fêter donc, 50 ans après son avènement, la démocratie indienne, en décrire le fonctionnement impeccable ou presque impeccable, en expliquer les racines politiques, et religieuses, et historiques, tel est donc l’objet de cette manifestation organisée à l’Unesco et tel va être notre objectif au cours des mois qui viennent.

Au moment où depuis les élections législatives qui se sont déroulées, il y a à peu près exactement un an en mai 1996 l’Inde a connu un tournant politique important et intéressant quand le parti nationaliste Hindou devient en nombre de sièges le premier parti de l’Inde. Cette démocratie évidemment demande à être examinée et analysée de près. Les événements qui se sont produits au cours des toutes dernières heures, la fragilité du gouvernement, auquel le parti du Congrès vient de retirer son soutien, est une nouvelle épreuve que connaît la démocratie indienne. Beaucoup d’observateurs à chaque fois se sont demandés si elle arriverait à survivre. Succombera-t-elle aux démons de l’intégrisme ? Succombera-t-elle aux démons des jeux politiques ou triomphera-t-elle une fois de plus comme elle en a eu l’habitude ?

En effet, de toutes les décolonisations qui se sont déroulées depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la plus libre, la plus réussie, la seule, une en tout cas des seules, dont le principe se soit appuyé sur la non violence dont Francis DORE a l’intention de parler puisqu’il souhaite parler du Mahatma GANDHI, c’est l’Inde.

Indépendante le 15 août 1947, l’Inde a été immédiatement démocratique et n’a jamais cessé de l’être. Comment la démocratie a-t-elle pu s’installer dans un pays aussi vaste, aussi divers, aussi peuplé avec ce grand nombre d’état puisqu’il s’agit d’une fédération, 950 ou 960 millions de citoyens ? Comment peuvent s’organiser des élections qui mobilisent plus de 500 millions d’électeurs ? Comment cette démocratie a-t-elle pu durer pendant un demi-siècle sans même une seule tentative de coup d’état et avec simplement une période, une parenthèse qui a constitué l’état d’urgence, de ce point de vue, l’Inde est certainement un cas tout à fait unique qui force l’admiration et mérite l’explication. On ne peut pas totalement bien entendu écarter l’influence britannique qui a joué un rôle là-dedans, mais très certainement la démocratie indienne a des racines qui sont proprement nationales et que l’on peut constater lorsque l’on circule dans ce pays où lorsque l’on y vit, lorsqu’on y voit la manière dont, dans les villages ces institutions très originales que sont les panchayats règlent et ont réglé pendant très longtemps les problèmes de la communauté. – Comment la presse indienne est extraordinairement critique et vigilante, et comment elle n’hésite pas à lancer des croisades peut-être même quelque fois peut-on penser un peu abusives vis à vis des dirigeants ? Comment certaines émissions de télévision dans un système qui tout au moins à l’époque où moi-même j’étais en Inde, était exclusivement une télévision d’état, prenait petit à petit l’habitude d’un ton libre et critique vis à vis des institutions ? Comment la justice malgré un certain nombre de lenteur, que quelque fois la France regrette, mais comment la justice indienne fonctionne de manière régulière et comment elle exerce parfaitement son contrôle sur les différentes institutions et sur ces manifestations ? Il suffit de voir le nombre d’alternances politiques qui se sont produites en Inde, aussi bien à l’échelon central que dans les états depuis un demi-siècle ce que l’on appelait la prédominance du parti du congrès qui reste évidemment une composante tout à fait essentielle et qui repose sur des faits historiques absolument indiscutables. Comment cette alternance, surtout au cours de ces dernières années s’est exercée et continue à s’exercer. Un élément nouveau qui s’est produit depuis mon départ de l’Inde vient peut-être introduire un facteur auquel on ne pensait pas et dont personnellement je ne suis pas tout à fait sûr de la manière dont il fera évoluer l’Inde, c’est l’arrivée massive de la télévision par câble et surtout par satellite aujourd’hui, ce qui n’existait pas en 1991 quand j’ai quitté ce pays. Je sais que de très nombreuses paraboles permettent individuellement ou collectivement à des dizaines ou à des centaines de millions d’indiens à travers les 600.000 villages de l’Inde de suivre les émissions venues de tous les coins du monde et de beaucoup d’origine.

L’Inde a certainement pu au cours des siècles faire face aux invasions étrangères et aux influences extérieures. Elle a pu se battre contre elles et les vaincre ou elle a pu en tout cas les absorber par son extraordinaire pouvoir de faire sienne un certain nombre de valeurs et au contraire de donner ses propres valeurs à un certain nombre d’envahisseurs.

Comment la population indienne réagira-t-elle devant cette nouvelle forme d’invasion que sont les images étrangères ? Je suis de ceux qui pense qu’elle y résistera bien et qu’elle trouvera une façon d’absorber ces images et de ne pas perdre son âme face à ce phénomène de la technologie moderne. Mais je reconnais que la question peut se poser. Elle peut se poser notamment en pensant à la manière de ce que l’on appelle en Inde “ West is nice ”, c’est à dire favorable à l’Occident ou au mode de vie de l’Occident que connaissent par exemple les classes moyennes de l’Inde. Et là aussi, c’est un phénomène dont j’ai commencé à vivre le démarrage dans les années 90, c’est l’extraordinaire expansion des classes moyennes de l’Inde dont les statistiques semblent prouver qu’elle dépasse aujourd’hui 200 millions, que peut-être elles atteignent 250 millions de personnes alors qu’elles n’étaient qu’à moins de 100 millions lorsque je m’y trouvais. C’est certainement un phénomène de société extrêmement important et dont la société indienne dans son ensemble devra s’accommoder et faire son profit.

Je ne suis pas non plus le mieux placé pour dire en quoi l’Inde peut être un exemple en matière de développement économique et pourtant, je le crois. Au cours des années et après une longue période ou une certaine forme de socialisme que véhiculait à ce moment là le parti du Congrès dans les années où j’étais en Inde, cette vision du développement économique et social était en train de s’effriter au profit d’une plus grande ouverture vers l’étranger d’une plus grande libéralisation. Celle-ci est même devenue depuis lors la doctrine quasi officielle du gouvernement, et l’Inde peut dans beaucoup de secteurs enregistrer des succès absolument indiscutables avec cette politique.

Ce qui me frappait déjà à l’époque et qui est également exemplaire pour les pays étrangers et notamment beaucoup de pays en voie de développement, c’est l’extraordinaire confiance que les Indiens ont dans le développement de leur propre pays et de son économie, non seulement les Indiens de l’Inde mais aussi les Indiens de l’extérieur ceux que l’on appelle les non-résidents indiens qui forment une communauté extrêmement nombreuse. Nous en avons quelques-uns unes au Sénégal mais c’est évidemment dans d’autres pays notamment dans les régions anglophones que ces communautés sont plus nombreuses.

Et bien, j’étais extrêmement frappé de ce que les non-résidents indiens avaient une confiance totale dans le développement de l’économie indienne et n’hésitaient pas à rapatrier des capitaux en quantités importantes pour assurer le développement de l’Inde alors que malheureusement combien de pays en voie de développement connaissons-nous dont les industriels, les capitalistes, les habitants cherchent au contraire à faire fuir leurs capitaux pour les investir ou les placer ailleurs et notamment dans le monde occidental.

Voilà Monsieur l’Ambassadeur, mesdames, messieurs, les quelques considérations que je voulais livrer à votre attention sachant qu’elles sont fragmentaires, qu’elles ne reposent que sur un certain nombre d’impressions, mais qu’elles font à mon avis que l’Inde en cette année de son cinquantenaire de l’indépendance doit faire un effort considérable et nous sommes actuellement au lancement de cet effort pour mieux se faire connaître et pour mieux faire apprécier dans le monde entier combien elle peut constituer un modèle, le modèle d’un pays qui placent les valeurs, valeurs morales, valeurs religieuses au tout premier plan de ses principes, qui place la démocratie et une démocratie qui fonctionne bien comme principe politique, qui place un libéralisme modéré comme base de son économie et qui enfin place la liberté, un très grand sentiment de liberté également, au nombre de ses valeurs essentielles.
Je vous remercie.

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Monsieur Francis  DORÉ
Président de la Chambre de Commerce et d’industrie Franco-Indienne

Monsieur l’Ambassadeur
Messieurs les Ambassadeurs
Monsieur le Député
Monsieur le Président
Chers amis

Monsieur l’Ambassadeur je voudrais d’abord vous dire avant de prendre la parole ce que je fais déjà d’ailleurs combien nous avons été sensibles au rappel de la vocation humaniste et de l’Inde et de la France que vous avez bien voulu faire. Monsieur le Président je voudrais vous féliciter d’avoir pris cette initiative au nom des associations franco indiennes que vous fédérez. Cher amis l’Ambassadeur LEWIN a évoqué le modèle économique que l’Inde pouvait être, il l’a fait dans les termes chaleureux qui sont habituellement les siens et aussi précis. Il est clair que si l’Inde peut être un modèle économique c’est parce qu’elle a su concilier en effet le respect des droits de l’homme avec le développement, et que cette double poursuite du progrès et du respect des droits de l’homme qui s’est avéré bien difficile au cours des décennies passées, qui s’est même révélé parfois exceptionnel dans le monde en développement après la décolonisation ; cette double poursuite fait en effet de l’Inde un modèle humaniste un modèle chaleureux et aussi les chiffres que vous avez rappelés, cher André, le prouvent, un modèle de succès. Il est donc faux que le progrès économique ne puisse pas se faire sans atteinte aux droits de l’homme. Et si l’Inde est aujourd’hui  cet état de droits auquel les industriels rendent hommage d’ailleurs cet état où la justice est une justice et si elle est parfois un peu longue cela vaut mieux que d’être expéditive. Où la presse est libre, où les élections sont libres, où les gouvernements en effet comme nous le vivons en ce moment sont défaits s’ils n’y ont pas de majorité. Si l’Inde est tout cela il faut probablement remontée l’histoire sur un homme dont en effet je vais vous parler et qui n’est pas simplement d’hier mais qui est d’hier, d’aujourd’hui, et  de demain peut être plus d’ailleurs de demain encore que d’hier et qui est le Mahatma GANDHI. J’ai en effet pensé que après les interventions qui ont été faites et dans ce cadre de l’Unesco qui me paraît si conforme à la fois à la vocation et à l’appel du Mahatma GANDHI il était peut être bon d’évoquer l’homme qui est à travers ses successeurs, à travers le ”pandit ”  NERHU et quelques autres bien sur non seulement le fondateur de l’Inde mais peut être le fondateur des sociétés, où de la société telle que nous pouvons la rêver et il faut essayer toujours d’agir ses rêves.

Je voudrais remonter si vous le voulez bien à ce 30 janvier 1948 jour ou GANDHI va être assassiné. Nous sommes le matin il s’est réuni avec quelques-uns uns de ceux qu’il aime, qui le suivent, qui l’écoutent, qui s’efforcent de contribuer à son action ; il est à Delhi, chez ses amis BIRLA, et il se rend à une réunion de prières, vous savez que GANDHI aimait ses réunions de prières. Il y a d’ailleurs en  Inde une grande tradition de réunion de prières et on pourrait penser à AGBAR, qui lui aussi faisait dans son genre des réunions de prières en appelant des représentants des grandes religions à se rencontrer et à confronter leurs points de vues sur des problèmes spirituels. GANDHI aimait beaucoup ses réunions de prières, il y invitait des représentants des grandes religions, de l’Hindouisme bien sûr, mais de l’Islam, du Christianisme, de la religion Hébraïque, et l’on parlait, on évoquait des thèmes, on réfléchissait, on méditait ensemble, et dans ce petit matin du 30 janvier il se dirige pour participer à la réunion de prières qui a lieu dans le jardin de BIRLA à Delhi. Un homme s’approche de lui, les mains jointes, qui est le rapprochement des êtres. GANDHI le salue ; l’homme ouvre ses mains, tire, et GANDHI tombe. Il est mort, il est assassiné ; c’est la fin d’une immense époque, d’une immense période, et c’est peut être aussi l’ouverture d’un grand espoir parce que cette mort hélas est aussi un immense exemple. GANDHI a été victime d’un fanatique Hindou qui lui reproche précisément sa sympathie ou sa volonté d’entente avec les musulmans de l’Inde et aussi avec les musulmans du Pakistan. GANDHI a vécu la partition de l’Inde, et la naissance de l’Inde dans la partition, comme un immense échec ; la séparation de son peuple, la séparation des êtres qu’il aimait de part et d’autre, et pour lesquels il s’est sacrifié à de très nombreuses reprises, et sa mort s’inscrit dans les morts et les assassinats, qu’elle annonce du fanatisme. On pense plus tard  à Martin LUTHER KING, à Indira GANDHI, à Rajiv GANDHI, à MOUNTBATTEN, à SADATE, à RABIN  La mort de GANDHI , c’est aussi l’assassinat par le fanatisme qui marque, hélas, le monde , et qui le marque particulièrement dans cette deuxième partie du XXème  siècle.

Alors je voudrais, si vous voulez bien, assez rapidement, parce que, là encore, je crois,  il faut parler avec modestie d’un homme qui a marqué son temps son époque, et qui on l’espère, marquera les temps à venir qui en ont bien besoin car, oui, nous avons bien besoin d’un  nouveau GANDHI. Je voudrais d’abord vous dire que sa mission a d’abord  reflété une immense inspiration spirituelle. Une immense inspiration spirituelle dans un monde où la déferlante matérialiste s’est déjà manifestée depuis la fin du IXXème  siècle. Où le spiritualisme commence à paraître déjà comme un peu marginalisé et où GANDHI, à travers toute son action, à travers son sacrifice suprême, ultime,  a voulu apporter sa marque. Après examen des décisions les plus importantes que j’ai prises dans ma vie, comme de celles que l’on peut tenir pour les plus petites, je crois qu’il n’est pas impropre de dire que toutes, l’esprit les guide . Et GANDHI va suivre une voie qui sera une quête suprême, qui sera la quête de la vérité, et il conçoit et il voit que la vérité, ses expériences avec la vérité, sous-titre qu’il donne à son autobiographie, cette vérité est bien souvent difficile à saisir. Où est la vérité ?  est-ce qu’elle n’est pas à la fois fugitive, multiple, colorée, multicolore, et dans cette perception, il voit assez bien qu’au  fond la vérité c’est peut-être Dieu, et de même qu’il est si difficile de définir Dieu, il est si difficile de définir la vérité. La vérité est pour lui une quête permanente, et peut-être alors arrive-t-il inspiré peut-être aussi par les écrits sacrés de l’Inde qui, en parlant de Dieu, essaient de l’approcher par la négative. Non ce n’est pas çà, ce n’est pas çà, ce n’est pas çà, et la vérité ce n’est pas encore çà. C’est une approche, c’est une approche de plus en plus serrée, de plus en plus ardue, de plus en plus exigeante ; c’est une approche, mais peut-être au fond pourrait-on la définir par son contraire, ce qui n’est pas la vérité, et ce qui n’est pas la vérité, c’est le mensonge. Et à partir de cette perception et de cette approche à contrario de la vérité par le mensonge, par le rejet du mensonge, on voit bien que GANDHI va s’attacher à voir où est le mensonge, et sa vie sera consacrée au rejet, à la condamnation des quatre grands mensonges qui seront : le mensonge racial, le mensonge social, le mensonge religieux, et le mensonge international.

Le mensonge racial, c’est celui de la supériorité d’une race sur une autre. Il a vécu le drame de l’apartheid – le terme n’était peut-être pas utilisé en Afrique du Sud à l’époque – il a vécu ce drame à la fin du IXX ème siècle, il s’y est fait ses armes, il y a modelé son combat, vous le savez, de grands films ont été faits sur ce thème ; de nombreux ouvrages ont été publiés, et ce combat, il l’a mené là encore au prix de sa liberté, au prix des astreintes auxquelles il pouvait être soumis dans un climat qui était le climat de la fin du IXXème siècle, ne l’oubliez pas, et du  début du XXème où la suprématie de la race blanche paraissait la chose la plus naturelle du monde, et où les écrits quelques fois d’ailleurs mal interprétés des grands auteurs  GOBINOT, KIPLING assuraient cette supériorité. C’était son premier mensonge ou la lutte contre son premier mensonge.

Le deuxième mensonge était le mensonge social. Mensonge social qu’il a vécu aussi par sa condamnation forte de la supériorité de classe où de castes naturelles sur les autres et il avait sous la main si l’on peut dire à son retour en Inde à la fin de la première guerre mondiale il avait le drame de l’intouchabilité de ces hommes qui eux aussi connaissaient une sorte d’APARTHEID parce que l’intouchabilité n’est pas l’apartheid indien. Et il a voulu témoigner de sa condamnation de l’intouchabilité par ses actions par le fait qu’il allait vivre chez des intouchables, il mangeait la nourriture des intouchables, il se livrait aux actions des intouchables tout çà paraissant épouvantable, abomination aux gens de castes traditionnelles de l’Inde du début du siècle. Et ce mensonge social il l’a développé bien au-delà même de l’intouchabilité en se battant pour les paysans pauvres contre les paysans riches, pour les ouvriers opprimés condamnant l’oppression de la pauvreté par la richesse.

Le mensonge religieux c’est le mensonge à ses yeux de la supériorité d’une religion sur une autre est ce que les religieux ne sont pas tout au fond pour GANDHI et peut-être pour nous qui pensons un peu aussi. Est-ce que les religions ne sont pas toutes des voies particulièrement adaptées à des sociétés vers la lumière vers la spiritualité vers ce qui peut nous dépasser est ce que ces grands prophètes ces grands saints qui sont venus au cours des temps je pense à  GOWTAMA , au Bouddha,   je pense aux grands saints de l’Inde,  je pense aux gourous Sikhs,  je pense à Jésus,  je pense au prophète Mohamed ; est ce que ces grands saints ne sont pas venus porter un message qui était particulièrement adapté à la société à laquelle ils s’adressaient de part la lumière dont ils émanaient. Est-ce que le Christianisme est-ce que l’Islam, est-ce que l’Hindouisme, est-ce que le Bouddhisme ne correspondent pas précisément à la voie choisie par Dieu pour les hommes dans les sociétés auxquelles il s’adresse, et c’est le discours, et c’est la réflexion que mène le Mahatma. Je m’empresse d’ailleurs de dire au passage qu’il n’aimait pas beaucoup ce terme de Mahatma lui-même, que lui avait donné TAGORE “grande âme” ,sa modestie lui faisait rejeter cette expression, et au fond GANDHI pensait que nous étions tous des grandes âmes ou du moins que nous avions tous la capacité de devenir des grandes âmes.

Le mensonge international c’est celui de la supériorité d’une civilisation sur une autre ; c’est celui qui a porté, qui a justifié le colonialisme au cours des deux siècles passés , de presque trois siècles passés, et c’est ce mensonge qu’il va combattre là aussi à travers ses engagements, en luttant par les voies qui seront  les siennes, d’abord pour l’autonomie de l’Inde, et puis ensuite pour son indépendance. Et dans cette action où il sera inspiré par les grands penseurs de l’époque qui sont si proches de lui, avec lesquels il entretiendra d’ailleurs de nombreuses correspondances, je pense à Tolstoï, je pense à Emerson, je pense à Romain Rolland bien sûr, qui a tant fait pour mieux faire connaître GANDHI en France ; je pense à tous ceux qui l’ont entouré et qui se sont dressés précisément contre l’air du temps, et qui ont souvent été très isolés ; dans cette quête qu’il va mener,  il aura un guide suprême qui sera celui de la conscience. Et je vois là d’ailleurs un grand parallélisme, un grand rapprochement entre NEHRU et GANDHI car au fond,  tous deux NERHU et GANDHI sont restés très hostiles aux idéologies. Je me souviens d’avoir lu peut-être grâce à Monique MORAZE que je vois ici, dans les textes de NERHU,  la condamnation que faisait NERHU de ce qu’il appelait les ismes, contre les ismes qui nous ont fait tant de mal. L’un et l’autre au fond recherchent la conscience, la voie de la conscience, qui à l’intérieur de nous mêmes, nous dicte ce qui est bien et ce qui est mal en dehors des partis pris, en dehors des préjugés, en dehors des idéologies, et l’arme suprême, l’arme suprême dont on parle si peu aujourd’hui, dont on parle avec un peu de réticence, un peu de gêne presque, ce sera la morale tout simplement. La constituante de la morale qu’évoquait tout à l’heure André LEWIN sera la non-violence. La non-violence, l’AHIMSA,qu’est -ce que c’est ? si ce n’est rien d’autre que le respect de l’autre. La non-violence c’est aussi l’écoute de l’autre, et l’essai de le convaincre à la fois par l’écoute, par la patience, par le discours, par le dialogue, on dirait aujourd’hui par la concertation. L’AHIMSA est un peu à la source, à l’origine de cette ère moderne que sont la concertation ou le dialogue aujourd’hui. C’est le refus de la violence, c’est le refus de l’agression, c’est le refus de l’attaque, car celui qui attaque meurt par l’attaque, et il me semble me souvenir que Jésus disait que celui qui sort l’épée périra par l’épée, c’est bien la conviction de GANDHI qui, par ailleurs, prône une grande auto discipline dans un monde qui a un peu perdu, il faut bien le dire, l’autodiscipline et j’ose à peine ici, mais enfin nous sommes à l’Unesco où la tolérance est de rigueur, je vais évoquer rapidement parmi cette autodiscipline la chasteté, le jeun et la simplicité des mœurs  Et dans tout cela GANDHI va mener avec passion le service qui l’anime, le service qu’il va mettre à la disposition de ces grands combats que j’ai évoqués tout à l’heure, par de grands moyens, des moyens d’entraînement collectifs, la non-coopération, la désobéissance civile, la résistance non violente, qui toutes sont non violentes, qui toutes sont des actions de respect vis à vis de l’homme par leur effet collectif, le jeun qui sera la levée de l’émotion des masses indiennes, et enfin par leur force symbolique, le partage de la vie avec les intouchables, le rouet dont nous parlions tout à l’heure avec le président de votre Fédération, la Marche du Sel en 1930 quand il sait réunir autour de lui des centaines et des centaines d’hommes pour manifester son hostilité au monopole du sel imposé par la Grande-Bretagne sur le territoire de l’Inde à l’époque coloniale en allant chercher du sel dans la mer, en faisant bouillir l’eau, et en encourant la prison par un acte de non violence à la grande stupéfaction d’ailleurs des anglais et de la police anglaise qui l’entouraient.

GANDHI par toutes actions me parait être un homme d’aujourd’hui aussi, et de demain, et peut être pour nous peut être la référence, la référence, la grande référence, la référence peut-être suprême ; là encore il n’aurait pas aimé ce terme de suprême mais la référence qui peut peut-être nous animer dans la construction des sociétés, des sociétés de droit, de respect, de respect des autres  d’ouvertures,  de tolérance , et justement je voudrais terminer sur ce mot de tolérance car GANDHI était tout sauf un homme d’imposition, sauf un homme de parti pris, de partialité, d’exigence qui ne respecterait pas précisément l’autonomie des individus, et il a prôné, défendu, enchanté presque si l’on peut dire, l’idée du compromis qui est aussi un autre aspect de l’acceptation de l’autre, de l’amour de l’autre, le compromis qui n’est pas la compromission, le compromis qui est la compréhension. Durant toute ma vie le culte opiniâtre de la vérité m’a appris à mesurer toute la beauté du compromis ;  la suite de ma vie m’a montré que cet état d’esprit entrait pour une part essentielle dans le SATYAGRAHA, la lutte pour la vérité, souvent cela m’a valu de mettre ma vie en péril, d’encourir le mécontentement de mes amis,  mais la vérité a la dureté du diamant et la tendresse de la jeune fleur.
Je vous remercie.

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Monsieur Francis WURTZ  Député au Parlement Européen,
Vice-Président de la Commission du Développement et de la Coopération

Messieurs les Ambassadeurs
Monsieur le Président
Mesdames, Messieurs,

Merci à la Fédération des Associations Franco-Indiennes de me donner l’occasion de prendre la parole à ce séminaire, qui me paraît particulièrement bienvenu. La fascinante histoire de l’Inde indépendante mérite, en effet, à mes yeux, d’être “ revisitée ” dans la période pleine d’interrogations que nous traversons aujourd’hui.

Hasard de l’Histoire ou clin d’œil : c’est un 14 juillet, il y a un demi-siècle, que la Chambre des Communes Britanniques adopta “ l’India Independance Act ” qui mit fin à la souveraineté britannique sur ce qui allait devenir la nation indienne. De fait, pour les Français attachés aux valeurs de notre république, l’Inde a, pendant longtemps, constitué à maints égards une référence, un point d’appui et un espoir. Et pour cause : marquée en profondeur par l’empreinte du Mahatma Gandhi, l’une des grandes figures emblématiques de ce siècle, l’Inde de Nerhu, d’Indira Gandhi puis de Rajiv Gandhi a affirmé une identité nationale progressiste, pacifiste et universaliste.

Elle a su réaliser l’unification de ce vaste pays, d’une pluralité sans équivalent, fonder un Etat laïque ; édifier une authentique démocratie : c’est déjà, qui plus est dans le tiers monde, un succès non négligeable. Elle a fait le choix de se doter d’une Constitution fondée sur des principes de justice sociale, de refus des discriminations et de respect des droits du citoyen. Que cette construction ait été accompagnée de violences et de guerres, qu’elle n’ait mis fin ni à la misère de masse ni aux inégalités anachroniques ni à la corruption est une évidence. La politique menée n’était exempte ni d’erreurs, ni de lacunes ni de dérapages. Ses acquis n’en sont pas moins réels et, me semble-t-il pour ma part, durables : sinon dans les structures du pays, du moins dans la conscience collective du peuple indien.

Je pense aux nombreuses réformes structurelles qui ont jalonné cette longue période : les réformes agraires protégeant les paysans sans terre ; la “ révolution verte ” et la redistribution des vivres qui ont permis d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et de mettre près d’un milliard d’êtres humains à l’abri de la famine ;
les mesures en faveur des soins de santé primaire, des services publics de base et de créations d’emplois en milieu rural ; la nationalisation de banques, d’assurances, de mines, de compagnies pétrolières ainsi que les interventions publiques pour protéger les petites ou moyennes entreprises et orienter l’économie en fonction des besoins du pays. Ce n’est évidemment pas fortuit si l’Inde a longtemps suscité la méfiance sinon le courroux des puissants… et la sympathie des gens de progrès.

Mais c’est encore plus la politique étrangère originale de l’Inde, durant quatre décennies, qui suscita l’attachement des progressistes français et européens à cette grande nation. Pays de vieille et grande civilisation, l’Inde entendait se faire respecter des prétendants au leadership mondial. Ses multiples initiatives diplomatiques lui ont assuré un rayonnement international à la mesure de son importance réelle.

Ainsi, en coopération avec des pays d’Europe, d’Afrique et d’Amérique Latine, elle engagea une initiative majeure en faveur du désarmement et de la paix. Elle proposa en particulier la conclusion d’un traité global interdisant tout essai nucléaire. Et si elle fut critiquable, à mes yeux, de ne pas avoir, en définitive, signé le traité CTBT, elle fut, en revanche, fondée, à mon sens, à exiger, des cinq puissances nucléaires qu’elles acceptent le principe d’une réduction progressive de leur propre arsenal, jusqu’à son élimination totale, comme les y engage l’article 6 du traité de non prolifération, qu’elles ont ratifié.

Mais le désarmement ne fut pas le seul terrain où se vérifia la vision planétaire des principaux dirigeants indiens. Ils jouèrent un rôle positif dans le règlement de conflits – comme en Corée, en Indochine, à Suez -. Très tôt, ils condamnèrent les bombardements américains sur le Vietnam. Ils pesèrent de tout leur poids dans les efforts du Commonwealth pour venir à bout de l’apartheid. Ils manifestèrent leur solidarité avec l’Organisation pour la libération de la Palestine.

Et surtout, l’Inde a acquis un immense crédit en Asie, en Afrique et dans le monde, du fait de son engagement actif dans le Mouvement des Non-alignés. Et ce dès la création de ce grand pôle de résistance, en 1955, à Bandoeng. C’est donc tout naturellement qu’en 1968, la première réunion de la CNUCED (la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement), dont l’inspiration était voisine, se tint à New Delhi.

Cette orientation en faveur du non-alignement correspondait tant aux principes fondateurs de l’Inde indépendante – qui sont l’objet d’un large consensus populaire – que lorsque le gouvernement Chandra Shekkar autorisa les B52 américains à se ravitailler en carburant à Bombay, durant la guerre du golfe, Rajiv Gandhi, alors dans l’opposition, réussit, en s’appuyant sur l’opinion publique, à faire échec à cette décision.

On l’aura compris : je suis de ceux qui, sans prôner un impossible statu quo dans un monde qui ne cesse de bouger, ne se réjouissent pas de la nature des évolutions qui ont conduit, en 1991 sous la pression du FMI et de la Banque Mondiale, au tournant “ libéral ” de ce grand pays, avec tout ce qui s’ensuit. “ L’Inde avance mais oublie les plus pauvres ”, titrait “ Libération ”, en expliquant que “ pour les déshérités, le premier effet fut une hausse de 90% des prix de la nourriture et de l’essence ”. Le même reportage précisait par ailleurs que “ le gouvernement a réduit de fait ses programmes de développement ou d’aide à l’infrastructure. Au-delà des pauvres des grandes villes -poursuit-il- c’est évidemment l’Inde rurale (75% de la population) qui en a le plus souffert (…) : routes impraticables, villages sans ressources. C’est ici que, chaque année 300.000 enfants meurent de diarrhées. C’est ici encore, selon la Banque mondiale, que 63% des bébés de moins de cinq ans souffrent de malnutrition ; ici que le taux d’alphabétisation frôle les 70% de la population ”.

Je considère pour ma part que ce changement de cap constitue non seulement une régression gravissime pour la grande majorité du peuple indien, mais une défaite pour le mouvement progressiste international. Nul ne sait sur quelle situation nouvelle débouchera la crise politique actuelle ou une autre, un peu plus tard. “ Aujourd’hui, l’Inde est un volcan ” commentait récemment un chercheur français familier de problèmes de ce pays.

Par bonheur, le peuple indien compte en lui-même des forces de résistance déterminées et créatives. Au niveau du mouvement social, qui se traduit par des luttes impressionnantes. Et jusqu’au niveau de certains Etats. Il est symptomatique que c’est au Bengale occidental, dirigé par la force de gauche la plus radicalement hostile, non à l’économie de marché, mais à l’ultra-libéralisme – le Parti Communiste de l’Inde (M) – que la situation politique connaît la plus grande stabilité, depuis 20 ans.

La même formation gouverne également l’Etat du Kerala cité en exemple jusque dans les rapports des Nations Unies pour les résultats spectaculaires obtenus grâce à la très forte priorité accordée au développement social. Le “ Monde Diplomatique ” parlait récemment à son propos de “ miracle kéralais ” : “ la mortalité infantile (y est) très loin la plus faible de toute l’Inde ; 90% de la population savent lire et écrire, y compris les femmes, et ces dernières ont, en moyenne moins de deux enfants ”. Même si aucune expérience n’est mécaniquement transposable, elle apporte des indications sur les possibles.

On peut donc espérer que le grand vent de libéralisme n’aura pas raison des acquis les plus prometteurs du dernier demi-siècle d’histoire de la nation indienne.

On peut l’espérer, mais que pouvons-nous y faire? Je plaide, pour ma part en faveur d’un partenariat fort entre la France – l’Europe, si possible – et l’Inde. Ce qui signifie d’abord un renforcement, en quantité, des échanges. L’Inde – dont la population représente le double de celle qui comptera la future Europe élargie à l’Est – est aujourd’hui au 17ème rang des partenaires commerciaux de l’Union européenne pour les importations au 18ème pour les exportations. Il en va à peu près de même pour la France.

Mais c’est surtout un renforcement qualitatif des relations franco-indiennes ou euro-indiennes que je souhaiterais appeler de mes vœux. C’est à dire des relations qui ne se concentrent pas sur la mythique tranche solvable de la population indienne, qui représente de l’ordre de 15%, en laissant aller à la dérive les 85 restants. C’est à dire aussi des relations qui soient réellement d’intérêt mutuel à long terme. La France aussi gagnerait à pouvoir s’extraire de cette guerre économique gaspilleuse de capitaux et dévoreuse d’emplois. L’Inde est, de ce point de vue,  un partenaire de choix. D’un côté, elle a des retards de développement dans des secteurs où une aide technique et financière conséquente de la France et de l’Union européenne serait la bienvenue. De l’autre, elle dispose d’atouts de premier plan offrant des opportunités économiques réelles. Une coopération équilibrée alliant ces deux dimensions serait certainement d’autant mieux accueillie que l’Inde souhaite ardemment sortir du face à face avec les multinationales américaines.

Enfin, ce que j’ai appelé un partenariat fort suppose un climat de confiance et d’amitié. Comment espérer le susciter en continuant, comme le fait la France, de livrer “ mirages ” et sous-marins au Pakistan au risque d’attiser les tensions avec l’Inde, de relancer la course aux armements dans la région, voire de favoriser la montée d courant nationaliste hindoue ?

J’ai la conviction que l’intérêt bien compris de la France, de l’Europe, est que l’Inde puisse offrir à son peuple une perspective de développement plus sereine et retrouver la place qui lui revient dans le concert des nations. Puisse cette “ Journée de l’Inde ” y contribuer !

Je vous remercie.

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Monsieur Keba Birame CISSÉ
Ambassadeur du Sénégal en France et auprès de l’Unesco
Ancien Ambassadeur du Sénégal auprès des Nations Unies
Ancien Ambassadeur du Sénégal en Inde

 

Monsieur l’Ambassadeur de l’Inde en France
Messieurs les Ambassadeurs
Chers collègues
Mesdames et Messieurs
Chers Amis

Au risque de vous décevoir je commencerais par vous dire que je ne suis pas un spécialiste de l’Inde mais j’aime l’Inde tout spécialement. C’est ce qui explique que le 50ème anniversaire de l’Inde m’offre l’agréable occasion grâce à l’aimable invitation de la Fédération des Associations franco-indienne de vous parler de la vision que je me fais de la place de ce grand pays dans les relations Sud -Sud. Je prendrais tout naturellement l’exemple à titre d’illustration l’exemple des relations indo-sénégalaises qui vous le verrez sans doute sont l’exemple même de la coopération réussie. Elles entrent bien dans le cadre du thème du séminaire de ce matin “ l’Inde au seuil du XXIè siècle et ses relations de coopération.

J’ai eu le plaisir de représenter mon pays auprès du gouvernement indien dans la première moitié des années 80 et à ce titre bien qu’ayant ma résidence à Tokyo où je servais également comme Ambassadeur, je me suis rendu très fréquemment en Inde, soit dans le cadre bilatéral, soit au niveau multilatéral car l’Inde à cette époque assurait, en la personne de son Premier Ministre la présidence au Sommet du Mouvement des Pays Non-Alignés, c’était la regrettée Indira GANDHI. Pour comprendre la particularité des relations entre l’Inde et le Sénégal, l’on ne saurait oublier que l’Inde compte cent fois plus d’habitants que le Sénégal. Il faut également se rappeler qu’historiquement peu de choses justifiaient à priori la qualité des relations qui sont celles de l’Inde et du Sénégal aujourd’hui. L’Inde, vous le savez, a subi la colonisation britannique, le Sénégal celle de la France. Donc il s’agit de  deux pays qui parlent des langues différentes, le Français au Sénégal, d’autres langues plus l’Anglais en Inde. Il y a une autre différence ; l’Inde est un pays asiatique, le Sénégal est un pays d’Afrique. L’Inde est un pays géographiquement très grand, et  avec une très  très forte population, comme je viens de vous le dire, ce qui est l’inverse du Sénégal qui n’a que huit millions et demi d’habitants. Et même si le Président Léopold Sédar Senghor avait trouvé une parenthèse linguistique entre la langue dravidienne et certaines de nos langues dont le Olof, il n’en demeure pas moins que les deux peuples se connaissaient très très peu avant de recouvrer leurs  indépendances respectives avec moins de vingt ans d’intervalle : 1947 pour l’Inde- 1960 pour le Sénégal. Tout semblait par conséquent séparer les deux pays, et si aujourd’hui nos relations sont ce qu’elles sont, c’est bien la preuve qu’avec la volonté politique, une volonté politique ferme et l’exploitation de tous les atouts, deux pays du Sud peuvent établir des liens concrets solides et mutuellement profitables. C’est sur quoi je voudrais vous entretenir maintenant.
La première remarque qu’il convient de faire est que l’Inde et le Sénégal sont des pays ouverts baignant dans un régime démocratique non fin parce que réel. L’esprit d’enracinement dans leurs valeurs propres mais aussi d’ouverture à ce que, encore une fois, Senghor appelle les vents fécondants de l’extérieur, a fait qu’en fin de compte, les deux peuples devaient se retrouver un jour, et c’est ce qui arriva. Mon premier souvenir de jeunesse, j’allais dire d’enfance, de la présence indienne au Sénégal se situe dans les années 50, lorsque le cinéma indien et la musique indienne faisaient déjà la joie des Sénégalais au point que des clubs d’indianophiles s’étaient créés un peu partout à Dakar et dans les autres villes sénégalaises. Pourtant l’immigration indienne était quasi inexistante en Afrique de l’Ouest française, et il n’est pas exagéré de dire qu’à part les images de cinéma, peu de  Sénégalais pouvaient dire avoir rencontré un Indien. Cependant, peuple ouvert et entreprenant, les Indiens ayant peu à peu développé un réseau commercial solide à travers le monde, notamment en Asie et en Afrique de l’Est australe, le marché sénégalais commença à être approvisionné en produits en provenance de ce pays sympathique, mon collègue l’Ambassadeur André Lewin vient de le rappeler. Cela était d’autant plus facile que les produits en question répondaient au goût des Sénégalais ainsi qu’aux couleurs qu’ils aimaient. Les commerçants sénégalais finirent par se rendre eux-mêmes sur place pour s’approvisionner ; et l’on peut dire aujourd’hui que tout l’encens qui brûle chez nous vient des usines de Bangalore, les tissus sarees des souks de Delhi. Et comme encore vient de le rappeler l’Ambassadeur Lewin, une bonne part du riz que nous consommons est importée de l’Inde. En développant ces échanges qui se sont modernisés et recouvrent maintenant des produits de plus grande valeur, le secteur privé sénégalais ayant montré plus d’agressivité et d’intérêt pour le marché indien avec plus de moyens qu’il n’avait auparavant. C’est en fait que les deux gouvernements avaient montré l’exemple en créant une  joint-venture dans l’industrie pétrochimique et les phosphates. Pour comprendre l’importance de cette entreprise il convient d’en rappeler l’historique.

Le Sénégal avait, en 1972, décidé d’installer une ambassade à Téhéran en Iran suite à la visite du Président Senghor en Iran à l’époque pendant  les festivités de Persépolis. Nos relations avec ce pays s’étaient très vite développées, et les deux capitales avaient décidé de joindre qui son pétrole, qui son phosphate,  pour  créer à Dakar, un complexe pétrochimique de 6 millions de tonnes an. Une ville devait être créée de même qu’un port et un chemin de fer. La compagnie mixte Iran Sen fut mise sur pied pour gérer le projet et sa réalisation. Malheureusement les changements  de régime intervenus en Iran bouleversèrent toutes les données, et le projet dut être arrêté. C’est avec tristesse que j’ai été moi-même témoin et quelque part acteur de ce drame  car j’étais ambassadeur du Sénégal à Téhéran à l’époque. Au moment où rien ne pouvait plus être fait pour donc sauver cette affaire, c’est en ce moment que l’Inde intervint. En effet, le Sénégal très vite chercha un partenaire de rechange et trouva à New Delhi le partenaire le mieux indiqué. A la suite de négociations fructueuses, l’Inde et le Sénégal se partagèrent  à parts presque égales le capital des Industries chimiques du Sénégal qui furent crées. De ces industries chimiques, la moitié de la production d’acide phosphorique et une bonne part des engrais qu’elles produisent ces usines, sont exportées en Inde, et continuent de l’être jusqu’à présent. Par cette action, non seulement l’Inde sauva ce projet mais contribua beaucoup au développement industriel du Sénégal, à l’emploi ainsi qu’aux  exportations de notre pays.

Aujourd’hui cette coopération se développe très vite, et la participation de l’Inde dans l’économie sénégalaise se porte toujours mieux. A cause de la nature des produits échangés, la balance commerciale entre les deux pays a toujours été en faveur du Sénégal, autre paradoxe que l’Inde continue à tolérer avec compréhension , et nous l’en remercions. Il est vrai cependant que la diversité des produits importés de l’Inde par le Sénégal laissent présager que les échanges tendront rapidement vers l’équilibre, et peut-être l’amélioration ira pour inverser la tendance actuelle, et la balance commerciale sera bientôt en faveur de l’Inde. Il est vrai en effet que certains produits de haute qualité tels que les machines- outils et les véhicules commencent à se développer. Les hommes d’affaires des deux pays se rendent fréquemment visite, de même qu’au niveau officiel les rencontres sont fréquentes.

Je voudrais maintenant  aborder une autre dimension des relations entre l’Inde et le Sénégal, ce qui se situe dans les relations des deux pays qui appartiennent ensemble au Groupe des 15 (le G 15), composé de 15 pays asiatiques, africains et latino-américains qui ont décidé d’instaurer une coopération Sud-Sud sur des bases concrètes en vue de nouer des relations d’affaires directement entre eux, avec simplicité mais efficacité. Cette structure est exemplaire dans les relations entre pays en développement de niveaux économiques différents certes mais où la volonté de complémentarité s’avère déjà fructueuse.

Un autre exemple que je trouve dans les bonnes relations d’affaires entre le Sénégal et l’Inde est ce que ces deux pays attachent une importance capitale à tous les autres partenaires du Tiers-Monde. De même que le Sénégal s’est opposé ,sans succès hélas, à la balkanisation de l’Afrique dans les années ayant précédé nos indépendances dans nos continents, l’Inde après la séparation avec le Pakistan a développé un réseau de solidarité agissante avec les pays non-alignés. C’est ainsi que Jawaharlal Nehru a joué, on vient de le rappeler tout à l’heure, un rôle déterminant à la Conférence de Bandoung qui consacra en 1955 la naissance de l’esprit du Non-Alignement, ce qu’on appelle l’esprit de Bandeong, plus tard consacré d’ailleurs à la Conférence de Belgrade. L’Inde n’a pas changé de cap depuis, car malgré sa puissance économique émergente, son tissu industriel impressionnant et ses hommes de science de renommée internationale, ce pays ne varie pas dans sa détermination de renforcer chaque jour davantage ses liens avec les pays du Sud dont elle se réclame avec fierté. Ses relations avec le Sénégal en sont la preuve matérielle.

Le Président sénégalais Abdou Diouf vient d’effectuer une visite officielle le mois dernier en Inde fort réussie avec comme résultat un renforcement appréciable des relations entre les deux pays, l’élargissement des secteurs de coopération multiforme. Les perspectives dans ce domaine  sont prometteuses et le s deux pays sauront toujours trouver dans la volonté politique de leurs leaders leur commune volonté d’aller de l’avant. Voilà ce que je voulais vous dire, Mesdames, Messieurs, très rapidement sur les relations entre le Sénégal et l’Inde, encore une fois pour illustrer simplement le rôle de l’Inde dans la coopération Sud-Sud, qui à tous égards , sont fondés sur l’art du possible, ce possible qui s’avère chaque jour plus large, chaque jour plus fructueux. Nos liens prouvent que deux pays du Sud peuvent créer un courant d’échanges fructueux, même si tout départ paraît les séparer : la distance géographique, les bases historiques, le niveau de développement, la dimension de leurs populations.

Assurément le monde est, pour qui sait observer, devenu un village global, planétaire, où tous les peuples, grands et petits, peuvent se retrouver et coopérer. L’Inde et le Sénégal le prouvent, fiers de ce qu’ils sont mais respectueux de ce que sont les autres.
Je vous remercie.

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Monsieur CHIRANJEEV SINGH
Ambassadeur de l’Inde auprès de l’UNESCO

Monsieur le Président,
Distinguished guests on the days, and ladies and gentlemen, you have heard five very distinguished  people speak to you about India, the threshold of the 21 st century and its place in the world and the relations with other countries etc… India is a complex entity and perceptions differ. When I look at the American litterature on India, current American litterature, I find that there is a perceptible political stance which is evident, a certain preoccupation with the political questions ; a perceptionthat,yes,it is a functional democracy with problems of ethnicity, many languages etc  social problems. Perhaps because they are themselves dealing with some of these problems. When you look at the British coverage of India, you find that the preoccupation is with the economic aspects of India.
In France, it is the spiritual and cultural aspects. Incidently ,when the world sanskrit convention took place in Bangalore this year in June, it was only the French people who gave the good coverage. To the Germans, India is too problematic, too exotic ; in the words of one of the former diplomat of Germany who worked in India, « India is too big ,too problematic  ». From the music of Hariprasad Chaurasia which you would enjoy this evening to the call of chesnuts pavements of Paris, it is all part of the same complex reality. The perceptions differ ; the facets are many .But one thing that can be said about India at this moment is that it stands on cultural crossroutes .A very perceptive observer of the Indian  scene ,Dr P.C Alexander, the present governor of Maharashtra, said, if you expect when the process of liberalization of the Indian economy into the world economy started, in an adress delivered to the member of the Rotary club, that what we are witnessing now is the end of the 5000 years of the Indian civilisation as we know it. Since the topic here is India on the threshold of XXI st century, his words come to my mind : are we really seeing the end of the 5000 years of the India as we know it ? I do not know yet. In this stage one can only ask the questions. In the last 50 years since our Independance, a lot has happened. There is a lot of progress in many fields. There is change for good or bad, it depends on one’s perspective. But certainly India has progressed in material terms, there is development for every body, no matter about whether the perspective is political or economical or spiritual or cultural. All countries are looking upon India as an emerging market. But even though, it may be a cliché or a stereotype to say that there is a spiritual India . This is something which keeps the heart beating and which defies all simplification and generalization. I would just quote a few lines from Tagore.

It is a long poem, and the first stanza of this poem incidently is our National Anthem.

With day and night the wheels of your chariot
Oh Eternal Charioteer you take, the pilgrim on the path
Through rising fall, to the ages ,to its destiny.

 Perhaps there is something like that ; that through rising fall to the ages, the pilgrim moves on to its.destiny. Let’s see what the 21 st Century has in store for us.

It is a great pleasure for me to be here along.with very distinguished speakers today, and I thank them, and thank all of you for having taken the trouble to come here and participate in the Golden Jubilee celebrations of India’s Independance which is organized by the Federation of Indian Associations in France.

The program continues after a break, and other aspects of India’s development would be taken up in the latter sessions ; I am sure you would be with us for those sessions. Thank you very much.

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LE DÉVELOPPEMENT DU MONDE RURAL Jacques POUCHEPADASS
Directeur de recherche au C.N.R.S.

L’Inde, si important qu’y ait été depuis cinquante ans le développement industriel et urbain, demeure aujourd’hui l’une des plus grandes paysanneries de la planète. Au dernier recensement, celui de 1991, 74% de la population totale vivaient encore dans les quelques 600.000 villages que compte le pays. Et les deux tiers des actifs travaillaient toujours dans le secteur primaire agricole. Cette immense population paysanne s’est engagée dans le combat d’indépendance à partir des années 1920 dans le sillage de Gandhi, transformant le militantisme sans troupes des intellectuels nationalistes d’origine urbaine en un mouvement de masse bientôt irrésistible. Les leaders en campagne n’ont cessé de tenir aux paysans le langage des “ lendemains qui chantent ” : dans la phraséologie gandhienne, l’indépendance était identifiée au Ramaraj, le règne de Dieu sur la terre. Le cinquantenaire de l’Indépendance fournit l’occasion d’établir un bilan des promesses tenues, des échecs rencontrés et des progrès qu’il reste à accomplir.

L’agriculture indienne, à l’heure de l’Indépendance, stagnait à un niveau d’extrême faiblesse. Le revenu moyen par agriculteur n’atteignait pas 200 Rs par an. Dans les catégories sociales à bas revenu, la ration alimentaire quotidienne était inférieure de 10% à la ration calorique minimale. L’Inde ne produisait pas assez pour se nourrir en année moyenne, et les rendements agricoles moyens étaient parmi les plus bas du monde.

Ceci s’expliquait en partie par des facteurs techniques (manque de moyens d’irrigation, rareté de l’usage des engrais chimiques (trop chers pour la plupart), archaïsme de l’outillage, etc.) mais aussi par la structure socio-économique du monde rural. La répartition de la terre était très inégale. On trouvait partout des grands propriétaires absentéistes et paralytiques, des tenanciers surexploités par leurs maîtres, des paysans pauvres contraints de vendre leurs lopins et qui tombaient dans le prolétariat des ouvriers agricoles. Ces ouvriers, souvent Intouchables, représentaient alors 38% des actifs agricoles, et leur revenu moyen atteignait à peine 40% du revenu moyen par tête de la population indienne, revenu qui était pourtant déjà l’un des plus bas du monde. Une forte minorité d’entre eux était même asservie par l’endettement, et leur force de travail était hypothéquée à vie au bénéfice de leur employeur-créancier.

La faiblesse du revenu moyen agricole faisait que la plupart des paysans étaient dans l’impossibilité d’investir dans l’amélioration de leurs exploitations. Ceux qui l’auraient pu, gros propriétaires et paysans riches, trouvaient plus avantageux de perpétuer le type d’agriculture existant, peu performant mais dont les coûts de production étaient très faibles, et d’investir les bénéfices qu’ils en tiraient dans le commerce des produits agricoles et le prêt à usure, c’est-à-dire dans des investissements improductifs, qui laissaient l’agriculture figée dans l’immobilisme.

Au lendemain de l’Indépendance, les dirigeants de l’Inde nouvelle conduits par Nehru considéraient naturellement le règlement de la question agraire et le progrès de l’agriculture comme une priorité essentielle. Mais selon la Constitution, les questions agricoles relevaient de la compétence des assemblées et gouvernements d’Etats. Or dans les campagnes, c’était l’élite paysanne aisée ou riche, celle qui exerçait le monopole de l’influence et du pouvoir dans les villages, et qu’on appelle souvent la paysannerie dominante, qui constituait la base politique principale du Congrès. L’essentiel du personnel politique congressiste en zone rurale était issu de ses rangs. Il en résulte que les réformes dans le domaine agraire ne pouvaient être que des compromis entre les intentions progressistes du Centre et les intérêts défendus par cette paysannerie dominante qui était prépondérante à l’échelon des Etats.

C’est le cas de la réforme agraire, promise aux masses paysannes par les dirigeants nationalistes pendant la lutte d’indépendance. Le Centre ne pouvait fixer dans ce domaine que des directives générales, et tâcher de persuader les dirigeants politiques provinciaux de les suivre. Or ces dirigeants avaient tout à perdre politiquement à une telle réforme puisqu’elle contredisait les intérêts de la classe aisée qui les soutenait. C’est pourquoi la réforme agraire est restée en Inde un processus inachevé et d’impact limité. La seule ambition réalisée a été l’abolition, au début des années 1950, de la grande propriété des zamindars et autres grands propriétaires souvent absentéistes. Elle n’a pas touché à la répartition de la terre entre les différentes couches du monde paysan, et n’a pas réellement renforcé les droits des tenanciers. Les lois relatives aux plafonds de propriété foncière qui ont été votées dans le cadre de la réforme agraire comportaient partout des clauses d’exemption ou des échappatoires qui les rendaient en fait largement inopérantes. Au milieu des années 1980 encore, 10% des exploitations indiennes occupaient 48% de la terre cultivée, alors que les trois quarts du total des exploitations du pays (d’une superficie égale ou inférieure à 2 ha) se partageaient 29% de l’espace agricole.

A cette époque inaugurale de l’indépendance indienne, les dirigeants croyaient beaucoup à l’efficacité des réformes institutionnelles pour stimuler le développement rural. Le gouvernement décide ainsi la création de toute une infrastructure administrative spécialisée pour mobiliser et encadrer l’effort collectif. C’est le vaste Programme de Développement Communautaire, qui divise les campagnes indiennes en 5000 “blocs de développement” de 100 villages, dont chacun est doté d’une équipe de techniciens spécialistes de l’agriculture, de l’élevage, de l’irrigation, des coopératives, des industries rurales, de la santé, de la protection maternelle et infantile, de l’alphabétisation, du logement, etc. Dans le cadre de chaque bloc, des opérations de développement doivent être conduites avec la participation du travail et des ressources de la population locale, complétées par un financement public.

La mise en place du réseau, lancée en 1952, est achevée au milieu des années 1960. Mais il est alors déjà évident depuis longtemps que la mobilisation générale des énergies qu’on espérait ne s’est pas produite. Beaucoup de micro projets ont été menés à bien. Mais l’initiative étant partie d’en-haut, les masses paysannes n’ont guère progressé vers l’autonomie et la prise en charge de leur propre destin, dans la direction que Gandhi leur avait indiquée.

Dès la fin des années 1950, pour éveiller dans le peuple rural le dynamisme recherché, un plan de décentralisation démocratique du pouvoir est lancé sous le nom de Panchayati Raj. L’objectif est de donner l’initiative en matière de développement rural à des conseils de villages élus (panchayats). La mise en place  de cette vaste structure de plus de 200.000 conseils, commencée en 1957, n’est achevée qu’en 1974 (17 ans plus tard). Incontestablement, elle introduit la vie démocratique dans l’univers villageois,  et donne à chaque paysan une voix dans la détermination du destin collectif. Mais en matière de développement, les résultats ne sont pas spectaculaires. C’est la paysannerie dominante qui se taille la part du lion lors des élections aux conseils, parce que ces conseils contrôlent la distribution des subventions publiques, et parce qu’ils servent de tremplin aux ambitieux qui souhaitent faire carrière en politique. Dès les années 1980, en dépit des exhortations du Centre, les élections aux panchayats s’espacent et le dynamisme du système semble épuisé presque partout, sauf dans quelques Etats comme le Karnataka, le Bengale occidental ou le Jammu et Cachemire.

La confiscation des avantages des réformes institutionnelles par la paysannerie dominante est encore plus évidente dans le cas des coopératives. Bien que d’origine coloniale, l’idée que la coopération villageoise peut être un instrument capital du progrès économique et social dans les campagnes est un thème essentiel de la planification gouvernementale indienne après l’Indépendance. C’est dans le domaine du crédit coopératif que les avancées sont les plus significatives. Au début des années 1980, il y a officiellement en Inde plus de 90.000 coopératives primaires de crédit, qui couvrent 97% du pays rural et fournissent le tiers du montant total du crédit consommé par l’agriculture. Mais de fait les coopératives sont dominées par les paysans riches, qui les utilisent à leur avantage, alors que les plus défavorisés restent dans la dépendance du prêteur. En ce sens, elles accusent les inégalités sociales dans les campagnes plus qu’elles ne les réduisent.

Dans les années 1960, il est devenu évident pour tout le monde que ce n’est pas par des réformes institutionnelles et par une politique de mobilisation “ par le haut ” (c’est-à-dire par l’Etat) qu’on suscitera une forte expansion agricole. Par ailleurs la politique de développement officielle, depuis le IIème  Plan lancé en 1956, a donné une priorité absolue à la croissance de la grande industrie lourde, qui recevait l’essentiel des financements d’Etat, au détriment de l’agriculture. Le milieu des années 1960 représente un tournant dans cette stratégie indienne de développement rural. L’Inde traverse alors une conjoncture critique : graves défaillances successives de la mousson en 1965 et 1966 qui mettent l’Inde du Nord au bord de la famine en 1966/1967, la roupie est dévaluée, la balance des paiements est gravement déficitaire, la planification est suspendue pour trois ans faute de ressources.

Les dirigeants, du coup, décident de concentrer tous les efforts sur la conquête rapide de l’autosuffisance céréalière par l’investissement public dans la technologie et les fournitures agricoles. C’est la “ révolution verte ”, lancée en 1966, qui consiste principalement à substituer des variétés de céréales à haut rendement aux variétés traditionnelles, robustes mais moins productives. Ces nouvelles variétés exigent beaucoup d’engrais et d’eau, une culture très soigneuse, des traitements efficaces contre les maladies, auxquelles elles sont plus vulnérables. Leur adoption implique donc un investissement technologique d’accompagnement. Pour atteindre plus rapidement le rendement le plus élevé, le programme est appliqué dans les régions agricoles déjà les plus avancées, c’est-à-dire les plus fertiles et les mieux irriguées. Et il concentre les ressources sur les exploitants les plus aisés, qui ont les moyens d’adopter avec le plus d’efficacité les nouvelles variétés et les nouvelles techniques. Il y a là une rupture avec la politique antérieure, dont le principe était de répartir l’effort de développement de façon uniforme à travers le pays, et de viser non seulement au progrès des techniques agricoles, mais à l’amélioration globale de la qualité de la vie dans les campagnes.

La croissance de la production céréalière indienne s’accélère de façon sensible sinon spectaculaire : on passe globalement de 95 à 130 millions de tonnes par an entre 1967/1968 et 1980/1981. Bien entendu, les disparités régionales de croissance ont donc été plutôt aggravées (en faveur du Pendjab, du Haryana, de l’Ouest de l’Uttar Pradesh, des deltas rizicoles du Deccan). Néanmoins l’Inde a pu faire face aux immenses besoins alimentaires engendrés par l’accroissement de sa population. Au milieu des années 1970, l’autosuffisance alimentaire, l’un des principaux objectifs de la politique économique du pays, est atteinte.

Le bilan est plus mitigé du point de vue des effets sociaux de la révolution verte. Les études d’impact confirment dans l’ensemble l’enrichissement plus rapide des plus riches, et la stabilité, sinon la progression, du pourcentage de ruraux vivant au-dessous du seuil de pauvreté (beaucoup de petits tenanciers sont expulsés, beaucoup d’ouvriers agricoles ont été chassés de leur emploi par la mécanisation). Mais on s’est rendu compte rétrospectivement qu’il fallait nuancer cette critique. Bon nombre de petits exploitants, avec le temps, se sont lancés également dans l’aventure, et si la révolution verte a tué des emplois agricoles, elle en a aussi créé de nouveaux. En tout cas, cette révolution verte n’a finalement pas “ viré au rouge ” comme on l’annonçait.

A l’époque, néanmoins, cette politique était violemment critiquée par l’opinion radicale, et cette critique a trouvé une expression politique lorsque Indira Gandhi, au début des années 1970, adopte un discours anti-pauvreté à connotation populiste pour faire échec à l’opposition de l’aile conservatrice du Congrès. Une troisième stratégie agricole voit alors le jour, sans que la révolution verte soit pour autant abandonnée. Cette stratégie vise en priorité à secourir les couches défavorisées dans les régions agricoles à risque, et à faciliter pour les paysans pauvres et sans terre l’acquisition d’équipements, la recherche du travail, l’accession à une formation professionnelle. Cette nouvelle stratégie prend la forme concrète de programmes d’aide aux petits exploitants, de développement des emplois ruraux,  d’assistance aux régions agricoles en difficulté, d’amélioration du niveau de vie des plus défavorisés.

En fait, les deux stratégies (“ révolution verte ” par l’investissement dans l’agriculture d’un côté, développement des emplois ruraux et lutte contre la pauvreté de masse de l’autre) sont désormais poursuivies par tous les gouvernements successifs. Cette orientation moins dirigiste que celle des décennies antérieures, même si l’Etat demeure tout de même un moteur essentiel de l’effort de développement, fait l’objet d’une sorte de consensus dans les années 1980. C’est le tournant libéral de la politique économique indienne à partir de 1991, dont je parlerai en finissant, qui lui imprimera une nouvelle inflexion.

Quel est le bilan de ces deux voies complémentaires de développement rural qui ont été mises à l’épreuve, l’une principalement caractérisée par l’approche institutionnelle et les réformes de structure, l’autre par l’accent sur l’investissement et la technologie ? Ce bilan est à la fois impressionnant et décevant. Il faut ici donner quelques chiffres. Le potentiel d’irrigation, de 1950 à 1985, est passé de 10 à 30 millions d’hectares (c’est-à-dire de 17% de la surface cultivée vers 1950 à plus de 30% au milieu des années 1980 – on arrivait à 35% en 1991). La consommation moyenne d’engrais chimiques à l’hectare, qui dépassait à peine 0,5 quintal en 1950, atteint 47 quintaux en 1985 (et 72 aujourd’hui). Les variétés à haut rendement, qui occupaient 2 millions d’hectares en 1950, en couvrent 55 millions en 1985 (elles occupent aujourd’hui 65% des superficies de céréales, et 87% de la superficie du blé). La mécanisation de l’agriculture progresse également de façon de plus en plus rapide : il y avait 9000 tracteurs en 1951 et 1,5 millions en 1991 (1 pour 123 ha cultivés), 109.000 pompes et puits tubés motorisés en 1951, et 14,2 millions en 1991. L’accès des paysans au marché s’est considérablement amélioré. Enfin et surtout, la disponibilité de grains alimentaires par tête d’habitant est passée de 365 à 483 g par jour (norme : 482 g) entre 1950 et 1985 (elle a un peu baissé depuis : 474 g en 1994).

Ce sont là des réalisations considérables, surtout si l’on considère que la population indienne a plus que doublé pendant le même temps (361 millions en 1951, 846 millions en 1991). Cependant ces progrès restent en deçà des potentialités de production du pays, et sont nettement inférieurs aux résultats obtenus à la même époque dans d’autres pays en voie de développement, par exemple en Asie orientale (Chine comprise). Ils sont d’autre part très inégalement répartis à travers l’espace indien, l’essentiel de l’effort ayant été concentré sur les zones les plus riches, alors que des régions surpeuplées et figées dans des structures sociales oppressives comme l’Inde orientale (est de l’Uttar Pradesh, Bihar, Bengale occidental, Assam, Orissa côtier) ont continué à stagner.

Par ailleurs les études montrent que les inégalités sociales dans le monde rural ne se sont pas atténuées, même si les programmes de lutte contre la pauvreté ont donné dans certaines régions des résultats appréciables. Ceci étant, il n’est pas prouvé pour autant que ces disparités se soient significativement renforcées, ce qui est déjà un résultat appréciable. On ne peut fournir aucune preuve empirique concluante qu’un processus de polarisation sociale rapide et global soit en cours.

Cette relative stabilité de la structure de la société rurale n’empêche pas qu’il se soit produit des évolutions qualitatives à l’intérieur des différentes catégories. Les exploitants aisés, principaux bénéficiaires des politiques de développement agricole, sont de plus en plus de véritables entrepreneurs agricoles, qui exploitent leur terre directement avec des salariés, qui répondent rapidement aux opportunités du marché, qui adoptent les technologies modernes accessibles. C’est-à-dire qu’ils s’orientent vers une agriculture de type capitaliste, alors que les gros exploitants dits “ semi-féodaux ”, intéressés en priorité par les revenus de la rente et de l’usure, sont maintenant en régression. Ces familles d’exploitants aisés diversifient maintenant leurs activités. A partir des bénéfices de l’agriculture, elles se lancent non plus seulement comme par le passé dans le prêt à intérêt et le commerce des produits agricoles, mais d’autres secteurs d’entreprise comme l’agroalimentaire, les transports, la petite industrie, voire l’exploitation de cinémas, etc. Leurs enfants font des études et entrent dans les professions libérales, qui ne sont plus un domaine réservé des castes lettrées. Cette diversification présente pour elles le double avantage de circonscrire le risque financier lié aux aléas de l’activité agricole, et de renforcer les connexions économiques et politiques dont elles disposent en milieu urbain. Lorsque cette catégorie sociale, comme c’est souvent le cas, contrôle les institutions locales du monde rural et occupe une place prépondérante dans les assemblées et les gouvernements d‘Etats, son pouvoir à l’échelon régional devient quasi hégémonique.

La paysannerie moyenne, celle des exploitants familiaux, qui a tiré avantage elle aussi des politiques de développement rural, évolue à son tour vers une agriculture d’allure capitaliste. Mais elle est toutefois loin d’en tirer un profit comparable, parce qu’elle ne peut réaliser les mêmes économies d’échelle, et ne commercialise en général qu’une partie de sa production. En revanche chez les pauvres et les prolétaires des campagnes, de multiples formes de dépendance informelle subsistent, notamment en raison de l’endettement, que les dominants locaux utilisent toujours pour imposer à leurs débiteurs miséreux et insolvables des conditions de servage déguisé (bonded labour), comme par exemple au Bihar, en dépit des interdictions légales. Cette dépendance est sans cesse aggravée par l’inflation démographique, la faim de terre et le chômage, qui frappait encore plus de 15 millions de ruraux en 1983.

A côté des progrès et des difficultés spécifiquement agricoles, il faut dire un mot de la modernisation générale du monde rural. L’amélioration des conditions de vie dans les campagnes est lente mais indiscutable. Le développement des transports et des communications a fortement contribué à désenclaver le village physiquement et culturellement. La croissance rapide du trafic et des services routiers a multiplié les échanges avec les villes. La radio est maintenant omniprésente et la télévision à travers le pays rural. L’expansion du réseau éducatif et les campagnes d’alphabétisation de masse ouvrent l’univers de l’écrit à un pourcentage toujours grandissant de la population, et notamment aux femmes, qui en étaient traditionnellement plus largement exclues que les hommes (il y avait en Inde 210.000 écoles primaires en 1950/1951, et 548.000 en 1988/1989). Le réseau sanitaire rural du gouvernement (agents de santé publique villageois, dispensaires de jour, cliniques, maternités, pharmacies), quelles que soient ses insuffisances, s’est considérablement étendu. Il faudrait parler aussi de l’électrification des campagnes (3600 villages ont l’électricité en 1950, et 470.000, soit 80% du total en 1990), de l’adduction d’eau, de l’amélioration de l’habitat rural, priorités anciennes du gouvernement, qui ont fait de très grands progrès. L’éventail des marchandises disponibles dans les villages s’est grandement diversifié. Les établissements de divertissement, et notamment les cinémas, se sont multipliés. Etc., etc.

L’effet cumulé de toutes ces évolutions équivaut à une lente révolution dans les conditions de la vie rurale. Mais -on en revient toujours là- le bénéfice de ces évolutions, pour le moment au moins, est loin d’être uniformément réparti dans la société, ce qui tend plutôt à renforcer les inégalités qu’à les atténuer. Et ces progrès ne sont pas non plus distribués de façon homogène dans l’espace, des différences très importantes subsistant entre les régions où le développement agricole a été le plus assisté et les autres.

En tout cas, le village indien est maintenant de plus en plus ouvert sur le monde. Non seulement il est pénétré de toutes parts par les influences extérieures, mais il est impliqué dans la vie politique, économique et sociale régionale et nationale. Avec les progrès de la commercialisation de l’agriculture, la conjoncture mondiale des produits agricoles exerce une influence sur l’économie villageoise. Les migrations quotidiennes, saisonnières ou de longue durée vers les lieux d’embauche, vers les villes, parfois même vers l’étranger, multiplient les liens avec l’extérieur, et familiarisent les ruraux avec la vie urbaine. L’électorat paysan indien a largement assimilé une culture démocratique de type moderne (M. Zins, je pense, en parlera tout à l’heure). La diffusion des médias met le village en prise sur l’actualité nationale. Même les modes de consommation ruraux (de biens, de services, de loisirs) commencent à évoluer selon des normes qui viennent du monde urbain. Seule la paysannerie pauvre reste pour une large part en marge de ces progrès, faute de moyens pour en profiter réellement.

Cet englobement de l’agriculture dans l’univers du marché, cette ouverture du village sur le monde qui s’ensuit, vont probablement s’amplifier en cette fin de siècle sous l’effet de la Nouvelle Politique Economique lancée par le gouvernement indien en juillet 1991. Les économistes indiens, dans leur majorité, doutent aujourd’hui qu’on puisse obtenir une diminution réelle de la pauvreté rurale par des politiques d’incitation et d’assistance mises en œuvre par l’Etat. Et la stratégie des programmes de développement rural, qui consistait à déverser sur la population paysanne des subventions dont seule une faible partie  atteignait véritablement ses destinataires, a amplement fait la preuve de ses limites. Beaucoup estiment que le remède le plus efficace est de rechercher un taux de croissance de la production sensiblement plus élevé, et qu’alors seulement les bénéfices filtreront enfin de façon effective jusqu’aux plus démunis. (Il n’est cependant toujours pas démontré que la croissance agricole peut produire un tel effet d’entraînement général sur les revenus, et qu’elle profite à tous et pas seulement aux mieux lotis).

L’objectif de la nouvelle politique est d’accéder à cette croissance plus rapide par la libéralisation et la déréglementation de la vie économique. L’un des corollaires logiques de cette stratégie est le désengagement économique progressif de l’Etat (alors que le secteur public en Inde jouait depuis l’Indépendance un rôle de tout premier plan). Le secteur agricole n’est pas visé prioritairement, puisqu’il relevait déjà presque entièrement du secteur privé. Néanmoins l’agriculture reste profondément dépendante de l’investissement public en matière d’irrigation pérenne, de drainage, de prévention des inondations et autres risques naturels (érosion des sols, salinisation), de recherche et d’enseignement agricole, d’électrification rurale, de crédit à la production. Ce rôle de l’Etat est d’autant plus essentiel que la faiblesse de la taille moyenne des exploitations réduit à peu de chose les surplus de revenus que la moyenne des exploitants peut réinvestir dans la terre. D’un autre côté, il est certainement souhaitable d’en finir avec le réflexe du paysan qui attend tout de l’Etat bienfaiteur au lieu de chercher à prendre en main son propre destin. Si la Nouvelle Politique Economique est pleinement appliquée à l’agriculture, celle-ci est condamnée à s’ouvrir beaucoup plus largement encore qu’elle ne le fait au marché international, et du même coup, pour être compétitive, à améliorer ses rendements, ce qui implique une consommation plus intensive d’intrants (fournitures agricoles), et donc de crédit, et d’une façon générale une accélération du mouvement vers la modernisation. Le coût social et politique de cette mutation risque évidemment d’être lourd. On évoque par exemple maintenant l’éventualité d’une abolition des plafonds de propriété foncière institués par les lois de réforme agraire pour libérer davantage la croissance agricole.

La question reste ouverte de savoir dans quelles conditions une telle évolution est conciliable, au moins à terme, avec l’objectif d’élimination de la pauvreté de masse dans les campagnes, ainsi qu’avec la préservation de l’environnement, qui devient une préoccupation dominante. En tout état de cause, si cette ligne politique est maintenue, il est certain que la fin du deuxième millénaire va représenter, pour le monde rural indien, un tournant historique décisif.

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LA POLITIQUE INDUSTRIELLE  Monsieur Mannan BHATT
Représentant de l’Inde à l’ONUDI 

In the industrial development strategy that  India had formulated at the beginning of our independance, there are different views expressed, but one needs to undertstand that was envisaged at the time of Independance 50 years ago ; it did in many ways restrict indian companies to compete, but at the same time the so called socialist policy that made India a closed economy, in effect enabled our industry, our indigenous industry, to come up in a way, in a manner ; 6 years ago, when we opened up to the world, India perhaps is one of the rare country in the 3rd world, so called Third World, which can absorbe technologies which are the most advanced in a matter of short time. Which is why,in any paper written by foreign institutions advising about investment prospects in India, it is also said in the French papers I have with me, remember who you go to India do not think that you can sell a finished product in India because India has a very strong industrial base. It is ,thanks to these 40 years perhaps of concentrating, on promoting the indigenous Indian industry which has enabled us today to invite and attract the most advanced technologies in all the sectors. In the morning, we have heard excellent presentations on the different aspect  of the Indian economy ;;my colleague here has spoken on the rural economy. I will concentrate on the Small and Medium Enterprises (SME) in India, which constitute 40 % of the industrial production in India today. The role of UNIDO is to accelerate industrialization of developing countries by the help of the developed countries. As a delegate of India in France, my mission is to promote small and medium entreprises from France who would like to work with India in different sectors. We had in India recently conducted studies which show that small and medium entreprises in India are not only important to the Indian economy in the development of its industry but small sector including tiny industries is a component of the industry which is about 40 % of industrial production, 7 % of GNP and 35 % of Direct Export.
This small industries sector also contributes very significantly towards the dispersion of industrial development. Despite all the achievements, it is also known that small and medium entreprises sector in India faces many challenges.
These are due to the technological obsolences. Relatively poor product quality, information deficiency and inadequate management systems in several subsectors.of our industry. Most of these entreprises compete. only on the basis. of low cost of labour, and not through the improvement of their products, technologies and skills. with Indian economy on the path of liberalization, they need to achieve competetiveness, and global level has become a matter of primary concern .We have observed that the top down broadsway assistance program have proved to be inadequate in achieving the new competetive objectives. It is also believed that isolated firms will be able to cope.with these problems individually. So what we have now in India ? There are in all about 350 Small and Medium clusters in India.We have all over India agglomeration of industries which are related to the same sector. These contribute directly and indirectly towards 60 % of India exports. They have large employment potential and acount for significant share of the Nation’s output. These boosters are agglomerations of firms producing related ranged goods,for example, leather products or machine tools or cut diamonds in a single locality. Some of them are very large indeed, for example, the diamond cluster in Surat in Gujarat, in the western part of India, employs 300.000 people. So does the cotton network in Tirupur in Tamil Nadu. The average  Small and Medium entreprises cluster, of course, is smaller than these, still often exhibiting the interfirm production specialisation and network of mutual subcontracting ,that is charateristic of many clusters, and adds to the efficiency of the production. Initiatives based on these small and medium entreprises clusters, small or large, are therefore believed to have a high potential to affect the nation’s industriel development. Moreover such initiatives can be built around private sector efforts by these Small and Medium Enterprises themselves and their associations with gouvernment banks and technical institutions taking a supporting role. It is in the opinion of UNIDO that international experience over the last 10 years, also have demonstrated that base the of success of this approach in both the industrially developed and the developing world. Now in India we see the same trend coming up and going down. For the past several months,the Small and Medium branch of UNIDO with financial support from UNDP and active cooperation of several major public and private institutions in India, has been conducting a major study field of SME clusters in India, pinpointing the business operations, problems and potentials.The findings of the study confirm the promise of the cluster based approach to small and medium development. For example at the cotton net work cluster in Tirupur which is already export oriented ; the time is ripe we feel, for direct business cooperation between the firms in this cluster and those in the same sector for example in Italy and France. From their interaction, the Tirupur SME’s will learn to become themselves pro-active in design matters, setting fashion, instead of, as now, mostly reacting to trends and markets over which they have little or no control. The industrial policy. established since 1991 has opened practically all the sectors of our economy and perhaps should not come on the latest budget, it is the new proposed budget ;it has further reduced tariff barriers from 50 % to 40 % ,and in many ways, it would go in a long way to improve the SME sectors of France which have been quite active over the last 2 or 3 years vis à vis their prospects in India. At this point ,I would like to lay the floor open and if there are any questions I will be glad to answer.

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L’INDE DEVANT LA MONDIALISATION DE L’ÉCONOMIE Monsieur Jean COUSSY
Chercheur associé au CERI 

Depuis 1991 l’essentiel des discussions politiques et économiques en Inde tourne autour de la mondialisation de l’économie et de la régionalisation de l’économie internationale. Ce n’est pas spécifique en Inde mais c’est particulièrement important en Inde du fait que pendant plusieurs décennies, l’Inde a choisi une politique qui était rigoureusement opposée à elle qui s’impose actuellement dans l’ensemble du monde. Alors ce que je voudrais essayer de regarder c’est très rapidement de rappeler la rationalité de la stratégie d’autosuffisance qu’a pratiquée l’Inde, puis de voir pourquoi et comment il lui a été impossible, ou elle ne souhaite pas tout au moins, maintenir cette politique et accepte une politique d’ouverture et d’insertion dans les régions économiques et troisièmement de voir un petit peu les résultats de cette nouvelle politique, strictement du point de vue de la mondialisation et de la régionalisation. En ce qui concerne d’abord l’histoire des décennies de développement auto-centré ou autosuffisant, on demande actuellement de considérer que cette politique a été une erreur après l’avoir beaucoup vantée, on passe à un excès contraire, et je ne cherche pas ici ni à la réhabiliter ni à l’accuser ; je veux simplement revenir sur cette histoire pour montrer l’importance des changements qui sont demandés à l’Inde par ce changement économique, par l’abandon de cette tradition. En ce qui concerne le développement auto-centré, tout d’abord il faut rappeler que les objectifs étaient parfaitement cohérents, que c’était une politique qui a échoué dans d’autres régions, dans des pays plus petits, mais que dans le cas de l’inde c’était une politique plausible et qu’elle avait une rationalité. Elle avait une rationalité d’abord parce qu’elle répondait à plusieurs objectifs simultanés. C’était une stratégie de développement, il s’agissait d’utiliser le fait que l’Inde est un pays de grande dimension qui avait un marché interne ; c’était un refus d’accepter la spécialisation internationale et de laisser l’Inde dans les respects des avantages comparatifs acquis. C’était une volonté d’avoir des industries et aussi d’avoir des biens d’équipement, et de fabriquer même ses biens d’équipement ; c’était d’éviter les crises de paiement extérieur mais c’était aussi un choix idéologique, un choix idéologique qui était nationaliste, notamment de la part de Nehru qui était marxiste, notamment de la part de la Commission du Plan et de Malanovis et qui était dépendantiste au sens de l’histoire de la pensée économique de la décolonisation. C’était justement une stratégie de la décolonisation : il s’agissait de lutter contre la dépendance, de se protéger contre l’extérieur que l’on trouvait trop puissant, et à l’intérieur  de l’Inde de maintenir un secteur traditionnel. C’était encore un choix diplomatique. Il s’agissait de jouer des alliances avec les pays en voie de développement et éventuellement avec l’Union Soviétique, les USA tout au moins avec une grande méfiance vis à vis des USA et de l’Europe, une assez grande méfiance aussi à l’égard des pays asiatiques que l’on trouvait trop liés aux USA. C’était enfin un choix stratégique ; il y avait une vision politique de grande puissance, de pays croyant , estimant qu’il avait des responsabilités régionales, et c’était un choix de politique intérieure. Il y avait un compromis entre les cadres marxistes et les industriels importants ; c’était une association entre le gandhisme économique et la volonté de modernisation. Quels étaient les instruments de cette politique ? Oh ils étaient très simples. Ils étaient employés dans tous les pays du monde, notamment dans les pays en développement à l’époque. On voulait avoir peu de relations avec l’extérieur, et l’Inde, grâce à son marché, a réussi, je dis bien réussi, parce qu’aujourd’hui on considère toujours comme une faiblesse à n’avoir que 0,5% du marché mondial. C’était une volonté de peu exporter ; c’était très faible effectivement d’avoir 0,5% du marché mondial pour un pays comme l’Inde ; c’était aussi réduire les importations. On avait des taux de protection extrêmement élevés, des obstacles non tarifaires aux importations. On cherchait à faire, ce que l’on appelait la substitution aux importations, dans un premier temps on a voulu faire cette substitution d’importations avec des investissements étrangers, puis peu à peu on est passé à une méthode plus radicale dans ce sens que les conditions mises aux investissements étrangers, les conflits avec certaines entreprises transnationales, ont fait que la substitution aux importations s’est faite avec des capitaux nationaux, et cela posait problème, on y reviendra. Je précise tout de suite que , même dans cette période d’autosuffisance, il y avait des relations avec l’extérieur qui ont été importantes même si quantitativement les flux étaient faibles.
La révolution verte, les importations des biens d’équipement, les relations avec l’URSS et l’aide extérieure étaient quand même importantes et a joué un rôle assez décisif.
Deuxième aspect d’instrument de politique économique : une vision non régionale. L’Inde n’a pas choisi de prendre des partenaires privilégiés dans son environnement immédiat. Le but était de diversifier les partenaires ; le but était de faire de la coopération avec tous les pays en développement, de privilégier peut-être un peu la relation avec les pays socialistes ; il n’y avait pas beaucoup, il n’y avait qu’une institution, et encore elle est venue tard, d’intégration régionale autour de l’Inde. C’était l’Association des pays d’Asie du Sud, qui, ce n’est un secret pour personne, n’a pas eu beaucoup de résultats. Les relations avec les autres pays d’Asie étaient faibles, notamment avec les pays de l’Asie du Sud-Est. Il n’y avait aucune volonté particulière d’avoir des relations avec elle, et on continuait à avoir des relations avec les pays déjà développés pour des exportations de type traditionnel.

Les résultats de cette politique ont un petit peu paru dans les exposés précédents, mais pour ce qui nous intéresse, disons tout simplement, la dimension de l’économie a réussi tout de même à faire que cette politique a donné un taux de croissance relativement bas- 3,5% disait-on, mais régulier, beaucoup plus régulier que dans beaucoup de pays en développement. C’était un taux de croissance qui était obtenu avec maintien de la démocratie, ce qui était rare à l’époque. C’était un développement qui a réussi à créer une industrie à l’abri des protections. On a effectivement réussi à produire un certain nombre de biens d’équipement, on a parlé tout à l’heure de la montée de la production agricole. Restaient les inégalités au sein de l’Inde, mais il y avait des relations entre Etats. Il y a une centralisation et une répartition des ressources dans un ensemble très important, et tout d même on peut dire puisqu’on va parler de la régionalisation, que l’Inde elle-même se considérait comme une région, et une région qui était très avancée du point de vue des courants entre finances publiques des Etats, quoi qu’on pense de la répartition. Alors pourquoi cette politique a été abandonnée, oui enfin abandonnée d’abord progressivement dans les années 80, et puis à partir de 1991. Il y deux raisons : d’abord l’essoufflement interne du mode d’expansion, et deuxièmement, ce qui se passait à l’extérieur. Essoufflement interne, comme l’a dit un auteur indien, les rendements décroissants de cette politique, c’était que le taux de croissance de 3,5%, qui n’était pas nul, était faible si on comparait la croissance démographique de 2,5%, et faible si on comparait aux voisins. Le taux d’investissement restait autour de 20% ; dans certains pays voisins ,il était de 40%. La productivité était stagnante, comme l’ont démontré des experts indiens ; la production globale de l’Inde était stagnante. La pauvreté, tout le monde le sait, demeurait, et il est apparu des goulots d’étranglement, notamment dans l’infrastructure, les télécommunications, l’énergie et l’eau, qui sont encore là, et qui empêchent vraiment de décoller. Par ailleurs il y a eu des crises agricoles, des crises industrielles, des crises financières comme dans d’autres pays, mais la crise financière a débouché sur une crise de l’endettement qui a amené l’Inde à recourir aux services des institutions de Washington qui ont, comme partout ailleurs, poussé à un ajustement structurel. Alors cet ajustement structurel était demandé depuis très longtemps par des auteurs indiens, par toute une école néoclassique indienne, disons de libéraux indiens, qui soit en Inde, soit à l’extérieur, avaient fait les meilleurs manuels d’économie classique, et qui étaient tout prêts à proposer un ajustement. Ceci dit, il y a eu une pression extérieure, une pression de l’extérieur, c’est à dire, la situation internationale extérieure.

D’abord il y a eu la montée des petits pays extravertis. Cela a été une surprise pour tout le monde, tout le monde le sait maintenant, mais à l’époque cela a beaucoup surpris ; les petits pays ont réussi, en développant des marchés extérieurs, notamment aux Etats-Unis, à profiter des marchés et aussi des investissements japonais. Ils ont eu un taux d’investissement élevé, une croissance rapide de la productivité, un Etat fort mais ce que l’on appelle amical au marché et ils ont atteint des taux de croissance dont on ne rêvait pas en Inde. Donc à partir de ce moment-là, on s’est aperçu, bien que c’était peu explicité, que la dimension des grands pays n’était pas forcément un atout. On avait beaucoup insisté dans les années 60 sur l’atout de la dimension des Etats. Là il semble apparaître que, à part le biais du commerce international, des investissements internationaux, on peut avoir une croissance beaucoup plus rapide, et en fait ce sont des touts petits pays qui ont fait le décollage. A partir d’un certain temps, ces petits pays ont servis de modèles à de grands pays dans l’ASEAN ; l’Indonésie n’est pas un petit pays et bien sûr la Chine. Donc on a maintenant un rythme de développement avec des taux de croissance élevés, avec un taux d’épargne qui est quelque fois le double de celui de l’Inde, il n’est plus possible de l’ignorer.

On a un autre aspect du phénomène mondial, qui la mondialisation du marché des capitaux. Elle signifie qu’il est sans doute possible d’attirer des investissements considérables, de trouver des marchés d’exportation, et notamment avec l’aide des ces capitaux étrangers, d’avoir un taux de croissance accéléré. Mais on sait que, par contre, si on accepte ceci, si on veut faire ceci, il faut accepter les exigences des investisseurs, qui sont la libéralisation d’entrée et de sortie des capitaux, assurer la crédibilité financière en ayant un équilibre financier des finances publiques, et assurer la compétitivité des entreprises.

Autre transformation, la libéralisation des échanges mondiaux notamment la signature de l’Uruguay Round, la création de l’Organisation Mondiale du Commerce, posent des problèmes à un pays qui jusqu’à présent se sentait maître de ses tarifs douaniers, et qui doit penser qu’il peut se trouver devant des rétorsions s’il n’abaisse pas ses tarifs.

Enfin, je l’ai dit, l’intervention des institutions de Washington, qui a été décisif sur la date, peut-être pas sur le fait, sur la date de la nouvelle politique, et la recomposition de des régions plurinationales c’est à dire qu’on a eu d’une part des effondrements de certaines régions notamment l’URSS, et d’autre part l’apparition de régions, pour qui concernait l’Inde, d’une part les pays développés dans le cadre de l’Association nord-américaine ou l’Europe dans le cadre de l’Union Européenne, ont paru constituer, ,je mets çà entre guillemets, mais ont paru constituer des forteresses protectionnistes. Les pays asiatiques ont dans l’ASEAN et l’APEC, l’APEC étant l’Association du Pacifique, essayaient de créer des régions, et l’Inde s’est trouvée menacée de perdre des régions auxquelles elle appartenait, et de ne pas appartenir à aucune région. D’où l’idée de répondre, en acceptant les principes de la politique économique des autres pays.

C’est mon dernier point : la réponse de l’Inde aux défis de la mondialisation et de la régionalisation.
En ce qui concerne la mondialisation, la réinsertion dans l’économie mondiale, les instruments ont été d’abord une annonce solennelle des réformes ; à partir de 1991, l’Inde passe son temps à parler pour l’intérieur, mais aussi il faut bien le dire, pour l’extérieur en insistant sur la discontinuité de sa politique. C’est pour cela que je disais tout à l’heure, j’exagère peut-être un peu, les erreurs d’autrefois puisqu’on veut absolument prouver qu’on a changé de politique. On veut passer d’une économie d’autosuffisance en économie ouverte, et on montre qu’on accepte le programme d’ajustements structurels de la Banque mondiale, peut-être pas tout à fait déclarée tous les jours mais enfin disons qu’il y a une très grande parenté entre la forme des ajustements structurels et les réformes.

A l’égard de l’extérieur, plus concrètement on va abaisser les tarifs et les obstacles montés aux importations ; ils ont déjà sensiblement baissé. On va libéraliser les entrées et les sorties des capitaux. On va multiplier les incitations aux investissements directs. On va essayer de simplifier les procédures, réduire les exigences à l’égard des entreprises transnationales, notamment en ce qui concerne les impératifs d’exportation ou les impératifs de transfert de technologie. On va essayer d’atteindre la crédibilité financière en prenant des engagements sur la réduction des déficits budgétaires, ce qui n’est pas tout à fait réalisé dans les Etats. On va prendre l’engagement de privatiser les entreprises publiques et d’attirer les capitaux étrangers dans le financement des entreprises privées crées. On va faire, on a projeté récemment une réforme fiscale en fonction, en faveur des détenteurs de capitaux. Ces mesures se font progressivement. Le débat actuellement c’est effectivement de prouver qu’on fait ces changements, ce qui fait une atmosphère un peu curieuse c’est à dire qu’on a des freinages sociaux à ces changements mais jusqu’à présent les gouvernements ont insisté sur le fait qu’ils allaient continuer, que la demande était irréversible et que l’on a un débat permanent entre les investisseurs étrangers et l’Etat indien et les Etats de l’Union qui essayent de prouver et de démontrer qu’il est dans ce cheminement. Quels sont les résultats obtenus jusqu’à présent ? Ils ne sont pas négligeables : le taux de croissance est passé à peu près à 6 ou 7%, selon les années, on ne sait pas très bien cette année, mais c’est entre 6 et 7%, c’était 3,5%-c’est déjà mieux. Croissance des importations, ce qui est normal, puisque d’une part il y a une croissance du PIB, donc de la demande, et que par ailleurs il y a une baisse des tarifs. Beaucoup plus intéressante, la croissance des exportations qui est très forte et très rapide. La croissance des exportations est très forte ; elle ne couvre pas la croissance des importations. Il y a encore un accroissement du déficit de la balance commerciale mais il y a une amélioration des échanges dans leur ensemble, un accroissement de l’ouverture.

Pour l’homme politique macroéconomique, il y a incontestablement réduction du déséquilibre au Centre, mais ce n’est pas achevé et incontestablement il n’y a pas de réduction très sensible de comportement des Etats. En ce qui concerne l’attraction de capitaux étrangers, là c’est clair, il y a très peu de capitaux étrangers.

Ils sont venus beaucoup plus vite qu’on ne le pensait et beaucoup moins qu’on ne l’espérait. Disons qu’on était presque à zéro, maintenant on est à peu près à deux milliards de dollars US d’investissement par an. Le gouvernement espérait arriver à un régime de croisière de 10 milliards de dollars par an ; on n’est pas rendu, il y a effectivement là une erreur statistique : il y a les investissements déclarés et acceptés par l’Etat indien qui tournent autour de 10 milliards mais il n’y a que 1/5 qui est réalisé, et donc il y a effectivement 2 milliards. Il faut dire tout de même par rapport à la Chine, la Chine c’est quand même 40 milliards, je me trompe. Disons que c’est un rapport très fort et on a, dans l’ensemble des pays en développement, l’Inde est encore un pays qui attire relativement peu les capitaux. Les investissements directs se sont nettement accrus ; on a obtenu des investissements des Indiens non résidents (NRI) qui sont passés de 63 millions à 715 millions de dollars c’est à dire multiplié par 10, mais il est de fait qu’un certain nombre d’investissements plus qu’on ne le croyait, ne sont pas des investissements directs mais sont des investissements de portefeuille i.e. que cela fait monter la Bourse de Bombay mais montre bien que ce sont des capitaux qui sont très sensibles à n’importe quel facteur psychologique, et les pays qui amorcent le processus dans le cadre où se trouve actuellement l’Inde, essayent, que ce soit le Mexique ou l’Afrique du Sud etc… font très attention à ce qu’il n’y ait pas trop d’investissements de portefeuille par rapport aux investissements directs.

L’assistance extérieure est très importante. Le résultat est que pour la 1ère fois cette année, la dette extérieure de l’Inde a diminué.
Dernier point : l’intégration dans les régions. J’ai dit tout à l’heure pourquoi l’Inde craignait l’isolement, soit par risque de perdre des marchés, soit par risque de ne pas avoir des alliés. Elle a cherché d’une part d’avoir des relations institutionnelles avec des régions et d’autre part avoir des relations économiques.

Pour les relations institutionnelles, il y a trois projets. Il y a un projet de renouveler les relations au sein de l’Asie du Sud. Deux modes sont prévus, qui sont tous les deux lancés, à tout hasard ; deux types de relance : l’un c’est la relance de l’Association existante soit en créant un accord préférentiel soit même en créant une zone de libre-échange, ce qui inclurait le Pakistan, soit une 2ième voie qui semble être cherchée simultanément, avoir des accords bilatéraux avec les pays de l’Asie du Sud de façon à ne pas être bloqué par le problème indo-pakistanais.

2ième projet important : l’Association pour la coopération régionale sur le pourtour de l’Océan Indien. Cet Indian Ocean Ring est un projet qui a été développé par l’Afrique du Sud et l’Inde auxquels se sont joints très vite l’Australie et un très grand nombre de pays, puisqu’on a évalué à 35 pays le nombre de pays qui pourraient être intéressés. C’est un traité qui est discuté depuis plusieurs années , et qui a été signé au mois de mars dernier, et qui, l’institution est pour le moment à l’Ile Maurice, c’est un projet intéressant non pas par ses résultats immédiats, on pas aussi par le côté idéologique que quelque fois il revêt et l’opposition en fait, il y a une certaine volonté d’un certain nombre de pays de répondre à l’Association du Pacifique mais cela ne correspond pas très bien au problème de l’Association du Pacifique, mais par contre c’est un lieu de concertation politique et économique entre un grand nombre de pays en développement qui semblent déjà avoir des discussions intéressantes au niveau de la coopération quotidienne.

Enfin troisième projet : là, ce sont les relations avec l’ASEAN. Je vous rappelle que l’ASEAN, ce sont les pays principaux : la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie et Singapour, qui étaient très tendues puis il y a eu des essais de contact, et maintenant l’Inde a réussi à être full dialogue partner, ce qui la met dans une position qui n’est pas très privilégiée, puisque les Etats-Unis je crois, la Chine je sais , en est mais c’est une manière de renouer, et les relations se sont améliorées.

Et cela m’amène au dernier point : les relations régionales économiques. Alors il y a très nettement la Russie. C’est une éclipse importante, il y a des échanges autour de 15 à 20%. Peut-être qu’il y aura, j’ai mis le mot d’éclipse, je n’ai pas mis le mot de disparition. Les Etats-Unis, il n’y a aucun projet d’union régionale avec les Etats-Unis bien sûr mais il faut bien constater que ce sont les Etats-Unis qui sont le 1er fournisseur des importations indiennes, le premier acheteur d’exportations indiennes et le 1er investisseur en Inde. Donc il y a des relations qui sont toujours, qui n’ont gardé leur caractéristique politique, stratégique ancienne mais qui sont entrain d’évoluer très nettement. L’Union Européenne, là aussi, les échanges sont beaucoup plus importants que les relations diplomatiques ne semblent l’indiquer ; il n’y a pour le moment aucun projet de zone ; il y a des coopération mais il n’y a pas de projet net institutionnel. Alors reste l’Asie. C’est là qu’il y a de grands changements, là-dessus j’ai terminé. Il y a 3 groupes d’Asie qui ont montré un intérêt à l’Inde et l’Inde a montré un intérêt à ces groupes d’Asie :

1° les nouveaux pays industrialisés- Corée, Hongkong, Singapour, Taiwan- Là, les échanges se développent très vite et on a déjà 11% des exportations indiennes qui sont vers cette région et 7% des importations, ce qui fait que c’est un avantage pour l’Inde. C’est un lieu où elle est excédentaire. Pour les pays de l’ASEAN, la région qui est la plus dynamique dans ses relations avec l’Inde, là on a déjà 8% en gros des échanges indiens se fait avec l’ASEAN. C’est une croissance continue, il y a un développement des échanges mais aussi des investissements réciproques, l’idée de faire des entreprises conjointes ; les investissements ne sont pas encore énormes- c’est 5% – mais il se passe vraiment quelque chose de ce côté-là. Reste le Japon. Le Japon dont on attendait beaucoup, et qui dans un premier temps, a effectivement répondu, puis dans un deuxième temps a montré une très grande prudence vis à vis de l’Inde, à se laisser doubler, si j’ose dire, par les Etats-Unis et l’Europe en ce qui concerne les investissements, mais les derniers mois montrent une volonté de la part des Japonais de venir, et notamment ils ont fait des déclarations après avoir été très durs du point de vue des exigences dans l’accueil de leurs investissements ; ils ont fait deux gestes très nets : l’un c’est d’accroître leur aide publique qui est très importante, et deuxièmement de signifier que quand ils font de l’aide publique c’est en général qu’ils vont faire des investissements privés par la suite.

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L’INDE, LA PLUS GRANDE DÉMOCRATIE PARLEMENTAIRE Monsieur Max Jean ZINS
Chargé de recherche au CERI 

Voilà, donc je vais parler du sujet précis : la plus grande démocratie parlementaire, l’Inde. ; je parlerai des questions de démocratie politiqueet non pas de démocratie sociale.

Je m’en tiendrai au régime politique. C’est vrai, l’Inde est la plus grande démocratie politique du monde, au niveau de la façon dont elle vote, au niveau du droit d’expression, au niveau parlementaire et du droit des partis politiques à travailler librement dans ce pays. C’est en effet la plus grande démocratie du monde. Tout d’abord on peut souligner la profondeur de l’aspiration à la démocratie en Inde ; d’où elle vient ? car cela ne s’est pas fait tout seul ; çà vient bien avant l’indépendance. La démocratie indienne dans sa forme actuelle, elle commence à se forger au cœur de la lutte de l’Indépendance nationale. Dans le processus de lutte nationale contre le colonialisme que les Indiens inventent peu à peu ce qui va devenir leur démocratie après 1947. Pour comprendre l’un des aspects essentiels de la démocratie d’aujourd’hui, je crois qu’il faut remonter au moins, et sans doute il faut remonter plus loin encore, au moins au début de ce siècle. Au début de ce siècle, un conflit assez important, très important au sein du Parti du Congrès, qui est déjà le grand parti de l’Indépendance nationale de l’Inde, au sein de ce parti donc se développe un conflit entre ceux qu’on va appeler, pour aller plus vite les modérés et les extrémistes. Les modérés, ce sont des gens qui modérément favorables à l’indépendance dans la mesure où ils sont beaucoup plus autonomistes qu’indépendantistes, ces modérés-là reconnaissent à l’Empire britannique un certain nombre de mérites, encore une fois pour parler très vite, et notamment dans tous les domaines qui tournent autour de la laïcité ou même plus généralement de l’intervention de l’Etat dans le sens du bien public si je puis dire ; et ces gens-là modérément indépendantistes sont en revanche très convaincus que seule la laïcité et un régime démocratique peuvent permettre à l’Inde de maintenir son unité dans le cadre de sa diversité. C’est, disent-ils, parce que l’Inde est diverse qu’il faut lui reconnaître sa pluralité, et la seule façon de reconnaître sa pluralité pour qu’elle reste unie, c’est de développer un Etat parlementaire de démocratie parlementaire, de démocratie partisane et également un Etat laïc, où la religion, la façon de penser de la majorité ne doit pas s’imposer aux minorités, sinon celles-ci risquent de partir. Et face à ces modérés, on pourrait dire que la famille Nehru s’incarnait en grande partie dans ce courant, face à ces modérés, on a ce qu’on appelle les extrémistes qui développent eux aussi des intéressantes, et ils sont plus farouchement contre les Britanniques que les autres. Ils sont beaucoup plus pour l’indépendance que pour l’autonomie. Ils veulent y arriver beaucoup plus vite et pour y arriver beaucoup plus vite, précisément aimeraient pouvoir rassembler autour de la majorité des gens en l’Inde, un thème fédérateur, celui de l’indépendance ; et compte tenu du fait que l’Inde est à majorité hindoue, ils estiment que la seule façon d’aller le plus vite possible c’est d’hindouiser au maximum les slogans politiques, et de faire du Parti du Congrès, un parti avant tout dominé par l’idéologie politique hindoue, instrumentaliser l’hindouisme à des fins politiques pour aller plus vite et rassembler donc le maximum de gens ; et à ce moment se pose un problème c’est qu’en Inde il y a des minorités très importantes, et notamment une minorité très importante qui est la minorité musulmane qui ne peut pas se reconnaître dans ce schéma. Dans des conditions difficiles du début du siècle qui sont celles des tentatives de division du Bengale par les Britanniques notamment, les modérés vont finalement parvenir à l’emporter. Ils l’emportent en 1907 à l’issue d’une scission très importante du Parti du Congrès dont je pense que les échos se font encore percevoir aujourd’hui. Les modérés parviennent à se maintenir à la tête du Parti du Congrès mais ces gens-là font partie d’une élite restreinte urbaine, peu mêlée au peuple. Et c’est vrai qu’ils l’emportent et c’est vrai que leur politique, le fait qu’ils l’emportent va avoir des conséquences très importantes. Mais en même temps elle ne va pas leur permettre de développer le Parti du Congrès de façon populaire et massive, et une partie du conflit politique indien de l’entre deux guerres est marquée par ce conflit entre modérés et extrémistes, conflit qui tend à affaiblir la place du Parti du Congrès dans le jeu politique national. Il va falloir l’arrivée de Mahatma Gandhi au lendemain de la 1ère guerre mondiale, son arrivée en Inde après son long séjour en Afrique du Sud pour donner au mouvement d’indépendance nationale indien la dimension qu’il a encore beaucoup aujourd’hui, je veux dire sa dimension de masse. Le fait que des millions de gens  sont maintenant portés dans la vie politique nationale, et ces gens-là se portent dans la vie politique nationale autour du Parti du Congrès, mais autour de quels thèmes ? Pour schématiser, moi j’explique et j’essaie de comprendre comme çà l’importance du Mahatma Gandhi par rapport au sujet qui nous intéresse. Mahatma Gandhi c’est l’homme qui arrive finalement à dépasser le clivage entre modérés et extrémistes du début du siècle mais qui le dépasse dans un sens, je le trouve très net, qui le dépasse dans un sens qui est favorable au type d’entité politique que défendaient les modérés. Il fait accepter par l’Inde le projet des modérés : Inde parlementaire, Inde laïque qu’une bonne partie des extrémistes refusaient d’accepter. Il le fait accepter le Mahatma Gandhi précisément en allant vers le peuple, en prenant en compte une dimension populaire, une nouvelle dimension populaire de l’Inde, en s’incarnant dans sa façon de vivre, dans sa façon d’être, dans sa façon de penser, de parler à une partie des masses paysannes. Et il devient dès lors très difficile à un Indien d’accuser le Mahatma de ne pas être un vrai Indien parce qu’il défendrait les idées qui sont celles de la laïcité ou qui sont celles d’un régime pluripartisan ou politique démocratique sur le plan politique. Il va y avoir d’ailleurs une détestation des milieux les plus farouchement prohindous à l’encontre du Mahatma ; une détestation sans doute d’autant plus forte qu’ils ne peuvent précisément pas le mettre en accusation sur ce point-là d’être modéré. Comme on sait, en 1948, le Mahatma va finalement être assassiné par des fanatiques appartenant à l’extrême droite hindoue. Mais dans l’intervalle durant l’entre deux guerres, il a donné au Parti du Congrès une base de masse qui pour la 1ère fois fait entrer des millions de gens dans la vie politique nationale, et permet à l’Inde en 1947 quand elle devient indépendante d’adopter très vite un système parlementaire et un mode de fonctionnement politique qui apparente l’Inde finalement aux démocraties des pays occidentaux industrialisés.
Deux mots là-dessus : un mot sur la Constitution tout d’abord, qui est l’une des bases du régime démocratique actuel indien. Elle va être élaborée de 1947 à 1950 à l’issue d’un processus constituant extrêmement méticuleux. On dit souvent que les Indiens prennent comme modèle le modèle britannique.. C’est vrai qu’ils s’inspirent de ce modèle mais pas seulement de ce modèle ; mais ce qui est beaucoup plus vrai c’est de dire que la façon dont les Indiens rédigent leur Constitution, l’une des plus longues du monde, c’est une façon qui pour eux de servir les intérêts de leur pays. Et la Constitution indienne c’est pour eux quelque chose qui doit être profondément adaptée aux conditions indiennes. Donc ce n’est pas un décalque d’un modèle étranger ; c’est quelque chose qui se veut profondément, qui est d’ailleurs en grande partie profondément adaptée aux conditions indiennes. Alors disons que la problématique essentielle de cette Constitution, sans rentrer dans les détails des clauses juridiques de cette Constitution, la problématique essentielle c’est comment concilier unité-diversité, et je crois qu’au fond on retrouve en Inde très souvent cette problématique sur énormément de points. Comment faire tenir ensemble un pays si divers ? Comment prendre en compte cette diversité pour qu’il reste uni ? Comment s’asseoir sur la diversité pour conforter l’unité ? Il y a une dialectique de l’unité et de la diversité qui est propre à l’Inde. L’une des raisons précisément du régime parlementaire de l’Inde c’est cette réponse.

Imaginons par exemple un régime présidentiel. Un certain nombre de personnes ont défendu cette idée en 1947. Il aurait fallu un Président de la République élu au suffrage universel. Il y a encore des gens qui défendent cette idée en Inde. Mais si l’Inde se dote d’un système présidentiel, le Président de la République Indienne va être automatiquement un homme du Nord, un homme du Sud, un homme de l’Est, un homme de l’Ouest. Et forcément cet homme unique qui va incarner l’Inde va poser des problèmes quant à la diversité de ce pays. Il faut, et c’est ce que les Constituants ont décidé, il vaut mieux un Parlement avec plus de 500 députés qui, dans sa diversité parlementaire, reflète le mieux possible la diversité indienne. Donc ce sera un régime parlementaire pour cette raison-là ; et ce sera aussi une Union d’Etats, relativement plus centralisée que décentralisée où l’on va essayer de tenir compte au maximum  des volontés de décentralisation qui s’expriment dans le pays tout en maintenant un Centre assez fort pour amener l’ensemble. Tout le problème du fédéralisme indien, il est là ! C’est aller trop fort dans le sens de la centralisation ou pas assez. C’est çà le problème. La solution qui est prise en 1947, en 1950 quand la Constitution sera promulguée, je pense , c’est celle qui va somme toute le plus loin possible dans le sens de la centralisation tout en ne blessant pas de façon nette les sensibilités régionales qui peuvent s’exprimer. On va avoir un Gouvernement central responsable devant le Parlement central doté en pratique de pouvoirs très importants, et la personne du Premier Ministre en Inde, personne qui sera toujours très importante, on aura un Président de la République qui ne sera pas seulement l’émanation des 2 Chambres, comme c’était le cas sous la IV ième République en France, mais qui sera élu par un Collège électoral assez vaste, donnant une assise, une légitimation du Président de la République qui peut lui permettre de jouer éventuellement un rôle en cas de crise ou en cas de dernier recours, et c’est ce qui s’est produit à plusieurs reprises, et qui peut se produire encore dans certaines occasions en Inde, donc un Président qui est important. Via le Président, les Gouverneurs dans chaque Etat, qui sont nommés par le Président, qui sont en fait l’œil du Gouvernement central dans chaque Etat. Donc on a un système relativement centralisé avec des domaines législatifs à la fois du Parlement central, du Parlement des Etats, et puis des deux à la fois, qui donne quand même plus d’importance au Parlement central qu’au Parlement des Etats. Donc un système plus centralisé. En même temps, on a dans chaque Etat des Assemblées législatives élues au suffrage universel, avec dans chaque Etat des gouvernements responsables devant ces Assemblées, et un Premier Ministre provincial qu’on appelle un Chief Minister, qui est responsable devant son Etat. Et peu à peu, au cours de l’histoire indienne dans les années 50 et 60, les Etats se sont de plus en plus dessinés autour des frontières linguistiques, ce qui a renforcé le sentiment des gens d’appartenir à un Etat distinct, doté de son autonomie dans le cadre du fonctionnement général étatique indien. On a donc au niveau général de l’Inde des institutions et un fonctionnement politique qui permet à la démocratie indienne d’exprimer son unité et sa diversité. Cà, c’est dans le domaine de la Constitution.

Dans le domaine du système politique, l’Inde va élaborer dès 1947 un système politique centré autour du Parti du Congrès. Très souvent à l’époque, on trouve beaucoup d’auteurs, et notamment des auteurs américains qui s’inquiètent de cette existence d’un parti dominant unique, le Parti du Congrès, qui selon eux, pourrait porter atteinte à la pluralité et la démocratie politique indienne. Cela n’a pas été le cas. Au niveau de la démocratie parlementaire, dans la mesure où le Parti du Congrès lui-même était extrêmement pluraliste et où, à l’intérieur du Parti du Congrès fonctionnaient des tendances qui s’organisaient finalement quasi partis, et qui entretenaient des rapports avec l’opposition, parvenaient à donner à l’Inde une image, pas seulement une image, de pluralité, respectant le pluralisme indien tout en permettant au Gouvernement central indien de bénéficier, au Parlement donc, d’une majorité lui permettant d’être stable. Donc on avait un système permettant à un gouvernement la stabilité, et permettant d’exprimer en même temps dans le pays les diversités au travers des diverses factions du Parti du Congrès. Ce système-là, quand on le regarde en détail, n’allait pas de soi. Ce n’est pas quelque chose qui s’est fait facilement, mais çà s’est fait quand même relativement rapidement entre 1947 et 1950. Les dirigeants du Parti du Congrès arrivent, avec une grande intelligence, arrivent finalement à jeter les fondements de ce système politique et de leur Constitution. Et on peut dire qu’à partir de 1950 le jeu politique indien, ses règles essentielles sont posées. Les règles constitutionnelles sont encore valables aujourd’hui pour l’essentiel ; en revanche les règles du jeu politique, non ! Là, il y a une profonde évolution, une profonde évolution qui, sur le long terme cependant n’a jamais altéré le fonctionnement de la démocratie parlementaire indienne. Dans la mesure où l’Inde est un des pays du monde  où l’on vote le plus souvent, le plus fréquemment ; au Parlement central, on vote minimum tous les 5 ans, et souvent plus quand il y a des dissolutions anticipées de l’Assemblée, et puis dans chaque Etat de l’Inde on vote également tous les 5 ans et parfois plus quand il y a aussi des dissolutions anticipées, si bien que dans ce pays il ne se passe pas d’année quasiment où des dizaines de millions d’électeurs ne sont pas appelés aux urnes. On a vraiment l’exemple de la plus grande démocratie parlementaire du monde.

Cela dit, à partir des années 60-début des années 70, le système politique indien commence à se gripper. Pour résumer, pour dire ce que je pense sur l’ensemble de cette question, il se grippe beaucoup parce que le paysage social et économique indien change. A partir des années 60, et c’est ce que Jacques Pouchepadass nous a rappelé tout à l’heure, de nouvelles élites paysannes montent sur le devant de la scène bénéficiant de réformes agraires. Et ces paysans, il y a aussi des petits et moyens entrepreneurs de type moderne qui se développent, ces nouveaux venus sur la scène politique font entendre désormais leurs voix ; et finalement, ce qui grippe la démocratie indienne, la démocratie parlementaire indienne, c’est le fait que de plus en plus de gens entrent dans la valse démocratique indienne si je puis dire. Tant que la démocratie indienne était fondée sur le jeu d’élites sociales fondamentalement issues des couches moyennes urbaines qui arrivaient autour de leurs objectifs à convaincre l’ensemble du pays qu’il fallait les suivre, la démocratie parlementaire indienne finalement ne marche pas trop mal. Elle marche bien même. Le système congressiste marche très bien. Dès le moment où une partie de la paysannerie commence à rentrer en jeu, les rapports se tendent parce que ces nouveaux venus sur la scène politique, notamment cette paysannerie aisée, elle s’intéresse à tout désormais : elle s’intéresse aux prix des produits, elle s’intéresse au coût du pétrole qu’ on met dans le tracteur, et donc à la politique extérieure, elle s’intéresse à beaucoup de choses, elle veut dire son mot, et son mot, elle le dit de façon dont elle peut le dire, elle manie une langue régionale, elle ne va pas parler Anglais, elle manie des choses qu’elle connaît : les castes, la religion, les choses comme ça, ce qui fait que la politique indienne devient de plus en plus heurtée, et parfois même de plus en plus violente, et que se développent à l’intérieur du Parti du Congrès et dans le pays des tendances à la division. Il va falloir une période extrêmement tendue, celle des années 70, pour que le Parti du Congrès éclate. Très rapidement, très schématiquement à rappeler, un mouvement d’opposition se développe contre le gouvernement d’Indira Gandhi. Celle-ci estime à mon sens à tort n’avoir d’autre choix que de recourir à l’Etat d’urgence qui va faire glisser l’Inde dans une période de pouvoirs quasi dictatoriaux pendant 2 ans, va contribuer à faire éclater totalement le Parti du Congrès. Une partie de l’opinion publique va désormais rejeter le Parti du Congrès. En 1977, celui-ci pour la 1ère fois de son histoire, va perdre les élections, et une coalition le remplace. Et à partir de 1977, on a en Inde non plus le système congressiste qu’on a eu pendant 30 ans mais un règne de coalitions plus ou moins stables qui se succèdent. De 47 à 77, on a en  Inde.

3  Premiers ministres : Nehru, Shastri et Indira Gandhi qui se succèdent à la tête du Gouvernement.. De 77 à aujourd’hui c’est à dire en 20 ans, on en a 8, y compris Gowda, celui qui vient de sauter hier soir. 8 Premiers ministres en 20 ans contre 3 en 30 ans. On a déjà un indice de l’instabilité politique indienne qui se développe. Deuxièmement, on a ce même indice au niveau des Etats ou au niveau des Etats l’instabilité se développe, les équipes se succèdent, et de plus en plus fréquemment le Centre est obligé d’intervenir dans la vie politique des Etats, soit parce qu’il n’y a plus de majorité possible, soit il y a des situations de violence ou de chaos qui se développent, qui font qu’on est obligé de dissoudre l’Assemblée de l’Etat, de placer l’Etat sous le contrôle du Président de la République, en fait du Premier Ministre au niveau central, et en attendant que la situation se restaure ou qu’une solution se dégage, eh bien l’Etat n’a pas d’Assemblée. On a donc une vie politique en Inde aujourd’hui extrêmement contrastée. On a d’un côté une Constitution qui dure toujours et dont les grands équilibres sont,  semblent-ils, toujours valables du moins aux yeux de la majorité de la population, et on a un système politique de plus en plus fragmenté avec une instabilité galopante dans le cadre d’un pays où de plus en plus de gens entendent participer au jeu politique ; car aujourd’hui ce n’est pas seulement la paysannerie aisée ou les petits et moyens entrepreneurs qui veulent rentrer dans la vie politique, ce sont maintenant les gens les plus pauvres qui commencent à s’organiser. Là aussi comme ils peuvent ou comme ils l’entendent autour en général de l’organisation des castes très souvent, qui commencent à s’organiser, commencent à se battre, et le régime politique devient maintenant de plus en plus heurté, violent, parfois corrompu. Ca témoigne d’un pays où de plus en plus de gens qui votent de plus en plus, parce que le nombre de votants ne cesse de s’accroître d’élection en élection en Inde ; ces gens veulent faire entendre leurs voix, et ces voix se font entendre maintenant dans énormément de directions si bien que , si je m’en tiens à la démocratie parlementaire indienne, à ce thème-là, je crois qu’ on peut dire que la démocratie parlementaire indienne aujourd’hui subit des pressions importantes.

Est-ce que l’Inde va pouvoir longtemps, disons 10 ans, 15 ans, ou aussi longtemps en tout cas que ce qui s’est écoulé depuis 1947, pouvoir longtemps continuer à subsister sur la route qu’elle s’est donnée depuis 30 ans, vraiment je ne le sais pas ; je trouve que la question est posée. Et le fait que de la poser, à mon avis, montre quand même que des choses importantes sont entrain de se passer dans ce pays. Néanmoins, je crois qu’aujourd’hui ce qu’on voit c’est toujours dans le cadre de cette problématique :unité-diversité. Un pays qui s’agite, un pays parfois qui ne sait pas trop où il va au niveau de l’électorat. On cherche les meilleures solutions, on ne les trouve pas forcément toujours, mais un pays qui, sur le fond, me semble relativement attaché à son unité. Ce qui m’avait le plus frappé l’année dernière quand cette coalition de 3ème force qui était arrivée au pouvoir, celle qui vient de tomber aujourd’hui, c’est qu’elle exprimait fondamentalement la coalition de partis régionalistes. Pratiquement tous les partis de la coalition au pouvoir actuellement ont une tonalité régionaliste. Même les Communistes, par exemple, qui ont des thèmes évidemment nationaux, constituent en fait une force régionaliste dans la mesure où ils ne sont importants que dans 2 ou 3 Etats. Tous ces partis régionalistes s’allient ensemble pour diriger l’Inde, et aucun d’entre eux ne souhaite l’éclatement du pays. On a toujours un attachement en Inde très important à l’unité alors même que la diversité, le régionalisme tendent à s’accroître. C’est pour moi l’essentiel de ce qui caractérise l’Inde aujourd’hui dans le domaine politique.

Est-ce que ça peut durer ? est-ce que ça va durer ? Encore une fois, je ne sais pas. Mais je pense que ça peut durer ; je pense que si l’Inde arrive à maintenir sa démocratie, si de plus en plus de gens s’estiment pouvoir être défendues ou protégées ou préservées par un régime fondé sur la liberté de vote et la liberté de créer des partis politiques que l’on veut, et la liberté de discuter, si ces gens-là estiment que c’est la façon de faire, alors on trouvera toujours qu’il est plus intéressant de rester ensemble que de se diviser. Je crois qu’on en est toujours là en Inde, et cette problématique là, donc de la démocratie parlementaire, elle se pose, et elle est posée en des termes qui permettent, je crois, d’être sur l’avenir immédiat en tout cas relativement confiant dans le fait que l’Inde a continué à rester unie ; elle va continuer à rester une démocratie politique.

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RELIGION ET LAÏCITÉ EN INDE Madame Violette GRAFF
Chercheur associé au CERI 

Je dois dire que je suis d’autant plus heureuse de parler de ces problèmes aujourd’hui que d’habitude. Quand on me demande d’aborder ces questions, c’est pendant ou au lendemain d’émeutes , et on n’a que des nouvelles dramatiques à donner. Les médias, comme vous le savez, en France ne s’intéressent vraiment à ces problèmes-là que s’il y a au moins 100 morts, et c’est une joie au contraire d’aborder le problème communautaire, intercommunautaire, le problème du sécularisme indien, après et pendant, et espérant que ça continuera, une période d’harmonie tout à fait exceptionnelle ou en tout cas qui n’a pas été marquée, qui n’a été marquée par aucun incident violent depuis le choc considérable qu’a été l’affaire d’AYODHYA. Donc nous pouvons en parler à froid. Je ne dissimule quand même pas , et je pense que vous le savez, que c’est un sujet sensible ; je ferai attention de ne choquer personne mais il y a tout de même un certain nombre de choses qu’on ne peut pas contourner. Je pense que, vu de ce que vous êtes tous, qu’il n’est pas nécessaire de rappeler la toile de fond, la composition sur le plan religieux de l’Inde, les grandes familles religieuses ; je pense que vous toutes ces indications en tête, je dirai même les statistiques essentielles ; et tout ce qui touche au comportement de chaque grande communauté, de chaque grande famille religieuse, vous les connaissez, je le suppose aussi bien sinon mieux que moi.

Je remonte donc à une période que Max vient d’aborder. Comme j’entendais mal je dois dire que j’espère ne pas répéter ou en tout cas de façon sans doute un peu différente ce qu’il vient de dire sur les premières années de l’Inde indépendante. L’Inde indépendante a fait le pari fou, généreux, contradictoire de se donner une Constitution laïque, vous me permettrez de dire séculariste. D’ailleurs j’ai beaucoup de peine à parler de laïcité, d’autant plus que notre laïcité à la française est tout de même assez différente du sécularisme indien. Donc, les autorités indiennes ou plutôt les responsables indiens avaient fait dès avant l’indépendance ce choix d’une importance majeure de se donner une Constitution laïque et de faire place égale à toutes les communautés religieuses composant la population du pays. C’était courageux et cela pose problème parce qu’enfin on décidait d’instaurer sans contrainte politique donc , avec un régime ouvert et parlementaire sans contrainte politique  une justice véritablement égalitaire au sein d’une société où la tradition brahmanique, je pense que nous en sommes tous d’accord, avait institutionnalisé l’inégalité. Un pari lourd d’illusions également que ce pari de la laïcité, puisque selon ses leaders qui ont précédé, enfin ses leaders d’avant l’indépendance, et c’était là le fond du débat avec la Ligue musulmane, qui avait conduit la Ligue à formuler la théorie des deux nations. Pour ces leaders congressistes, l’Etat devait et pouvait observer une neutralité absolue entre les diverses religions pratiquées sur le sol national. Et malgré les horreurs de la partition, les drames qui ont accompagné le partage, la confrontation avec le Pakistan, rien n’a pu détourner les autorités du chemin qu’elles s’étaient proposées. Je ne reviens pas sur le rôle de Gandhi et sur les différentes tendances à l’intérieur du Parti du Congrès. La situation était telle en 1947 que les minorités religieuses très importantes n’avaient en fait guère d’autre choix  après la sécession des provinces à majorité musulmane, elles n’avaient guère d’autre choix que de se mettre sous la protection expresse de l’Etat laïc. Le sécularisme devenait véritablement un acte de foi de la part de tous.

C’est ainsi que la Constitution promulguée donc en 1950 garantit à chaque Indien qu’il est un citoyen semblable aux autres, et qu’il ne doit y avoir aucune discrimination pour des raisons qui seraient fondées sur la langue, la race, la caste, etc.. .De même, c’est là que je vais en venir, chaque citoyen dans l’expression de ses convictions religieuses est assuré d’une totale liberté de conscience, de profession de sa foi ; ce qui est tout de même quelque chose d’assez extraordinaire et qui n’est pas sans poser de sérieux problèmes par la suite. Qu’est-ce que cela veut dire que de tels droits et de réelles libertés, lorsqu’ils sont par ailleurs assortis de statuts collectifs concernant langue, culture et écriture particulière. Il y a des minorités qui combinent des droits individuels et des droits collectifs. Cela peut alarmer les autres. C’est tout ceci qui pose problème dans la mesure même où dans ce pays qu’est l’Inde, ce n’est pas seulement la foi religieuse mais précisément aussi tous ces symboles qui imprègnent chaque geste de la vie quotidienne, où le problème qui se pose n’est pas celui d’une quelconque séparation entre l’Etat et l’Eglise mais beaucoup plus celui d’attitudes différentes de la vie, et encore plus la crainte farouche, viscérale qu’éprouve chaque communauté, majoritaire ou minoritaire, il n’y a que des minorités finalement en Inde, la crainte farouche qu’éprouve chaque communauté devant toute démarche qui pourrait menacer sa spécificité. Dès lors chaque minorité se crispe sur des privilèges et des tabous allant contre ses propres intérêts. Nous aurons l’occasion d’en parler. On va de malentendu en malentendu, et aux deux niveaux où fonctionnent les institutions politiques, au Centre le pouvoir fédéral a une certaine politique, plus ouvert, plus généreuse que dans les Etats où on applique un peu à reculons les directives concernant beaucoup de sujets mais en particulier celui de la pratique laïque. Difficultés dans les Etats où l’on est soumis, plus directement soumis aux groupes de pression qui se font moins entendre à Delhi qu’à Lucknow ou Ahmedabad ou Hyderabad. L’Etat, c’est certain, l’Etat fédéral ne peut pas tolérer, au nom d’un pluralisme religieux le développement des contestations, d’agitations qui entravent le processus normal, et quand les graves questions se posent c’est évidemment au Centre que l’on intervient, comme ce qui s’est passé au Pendjab par exemple.

Où commence, où s’arrête le religieux ? Quelques exemples devraient me permettre d’illustrer mes propos : je reprends l’énoncé de l’Article 25 de la Constitution  qui implique donc le droit de profession, de pratique et de propagation libre de la religion. Qu’est-ce que ça veut dire cependant que l’atteinte à l’ordre public, à la moralité et à la santé qui limite justement ces droits ? Où cela commence-t-il ? C’est tout le problème des « provocations » entre hindous et musulmans par exemple, provocations qui peuvent être à l’origine d’émeutes graves, : musique devant une mosquée, apparition d’un porc au milieu d’une congrégation en prière, Ramadan en 1980 à Ahmedabad par exemple abattage intempestif d’une vache, voire simple bousculade, c’est comme ça qu’ont commencé les émeutes d’Ahmedabad, bousculade d’un troupeau de vaches par quelques musulmans : il y a eu 100 morts officiels dans les jours qui ont suivi. Beaucoup d’autres causes s’additionnaient ; je ne parle que des provocations initiales. Mais alors qu’est-ce que c’est justement l’atteinte à l’ordre public ? La notion même de religion doit être définie. La plupart des religions pratiquées dans le pays, nous venons de le dire, sont beaucoup plus que des religions au sens qui leur est généralement reconnu aujourd’hui en Occident. Une juridiction civile peut-elle admettre que la liberté de religion s’étende à tous les actes d’un individu du matin au soir, et de la naissance à la mort, c’est une vraie question. En fait il est généralement admis que chaque citoyen indien peut accomplir tel rite extérieur, porter tel vêtement ou se livrer à des transactions qui lui conviennent si elles sont prescrites par sa religion. Mais tout ce qui, dans la Constitution réserve l’avenir, n’est pour l’instant, en ce qui concerne par exemple la sujétion éventuelle des musulmans à un code civil uniforme qu’une menace périodiquement évoquée. Elle n’en soulève pas moins des passions.. Vous avez tous entendu parler de la célèbre affaire Shabanu, qui a secoué l’Inde en 1986, qui a en fait marqué un tournant grave et durable dans les relations intercommunautaires en 1985-1986. L’affaire Shabanu : à la suite d’un jugement de la Cour Suprême qui ignorait délibérément la Charia, et qui contrairement à tous les usages, octroyait une pension alimentaire à une vieille femme répudiée. Cette affaire a fait énormément de bruit, et le gouvernement a dû opérer une retraite précipitée et a fait voter une loi au Parlement qui revenait à entériner la suprématie de la Charia. Donc l’Article de la Constitution qui prévoit un ralliement volontaire au Code civil uniforme reste toujours ouvert, mais en fait ne fonctionne pas pour l’instant dans la direction de son application.
Quelques autres débats qui ont touché des cordes extrêmement sensibles. Dès 1980 par exemple, après un détournement d’avion, la question s’est posée pour savoir s’il ne convenait pas d’interdire aux Sikhs de continuer à porter leur sabre, le kirpan, qui est un des 5 symboles obligatoires de leur appartenance à la communauté sikh. J’ai cru comprendre que l’usage maintenant est que, comme pour les couteaux et les ciseaux que nous laissons tous avant de prendre l’avion au moment où nous montons  nos bagages, j’ai cru comprendre qu’il en était de même pour le kirpan sikh.

En 1986, une controverse d’un autre type éclate. Des enfants de Kérala, appartenant à la secte des Témoins de Jéhovah ,( qui n’est pas chrétienne) ont refusé de chanter l’hymne national à l’école. Est-ce qu’on doit, est-ce qu’on peut s’incliner devant ce genre d’interdit ?
En 1987, il s’agit d’encore bien d’autre chose. Une affaire de SATI au Rajasthan qui soulève une intense émotion. Vous vous souvenez tous de cette affaire dramatique. Volontairement ou pas cette jeune veuve s’est-elle immolée, ce n’est pas la question que je pose ici. Il s’agit de savoir si les autorités civiles doivent s’incliner devant ce que d’aucuns considèrent comme un rite hindou respectable. C’est par exemple ce qu’a dit à l’époque le Sankaracharya de Puri. Le Parlement, pour sa part, a tranché et condamné la pratique de SATI de la façon la plus catégorique. Mais enfin il y avait eu des députés au Rajasthan qui s’étaient impliqués dans l’affaire en soutenant en fait le village où la SATI avait été pratiquée. Bon, il s’agit là d’un cas extrême, bien sûr. Mais il illustre le trouble profond que ressentent tant de groupes et de communautés dont les statuts sociaux religieux divers souffrent de l’irruption de la modernité et de la remise en question de leurs relations traditionnelles. Comment expliquer autrement l’émotion ou la colère que les conversions d’intouchables à l’Islam ou au Christianisme, suscitent périodiquement. Et comment expliquer aussi, qu’en dépit d’un retard économique et culturel préoccupant, notamment à l’égard de l’enseignement, les musulmans s’attachent aussi farouchement à leurs écoles coraniques. Les autorités officielles pour leur part ont les mains liées et elles ne peuvent guère intervenir. Dans le 1er cas, l’Article 25 défend la liberté de propagation de la foi ; dans le 2ième cas, c’est l’Article 30 qui reconnaît à toutes les minorités religieuses ou linguistiques le droit de fonder et d’administrer des établissements d’éducation de leur choix. Tout ceci existe dans les autres pays ; ce n’est pas particulier à l’Inde. Vous savez les débats autour de l’école libre en France, vous savez le débat autour du fameux foulard islamique. Il n’est pas aisé de trancher. Il est difficile à l’Etat et aux partis politiques de savoir quelle est l’attitude raisonnable à prendre, sinon l’attitude polémique.

On voit en fait qu’il y a les institutions, et qu’il y a les hommes. Il y a des propositions souvent sages, et il y a ce que l’on en fait. Il y a des familles, des communautés qui coexistent paisiblement depuis des siècles et il y des les exigences du développement. Tout ceci introduit des facteurs de tension très sérieux. Voyez par exemple le problème que pose dans les villes où les terrains sont extraordinairement chers, à l’heure actuelle ils se sont envolés, l’espèce de scandale que représente les cimetières chrétiens et musulmans au cœur des villes, tandis que la population majoritaire brûle ses morts. Il y a là un très sérieux problème. Un problème bien différent, celui de la natalité incontrôlée qui conduit les hindous à croire qu’ils vont être un jour submergés par les autres. C’est certain que quand on regarde les chiffres, les pourcentages concernant les taux de natalité, ils sont beaucoup plus élevés dans un certain nombre de minorités qu’au sein de la majorité hindoue, qui dénonce bien entendu la polygamie ou la fécondité encouragée. On évoquera aussi, à l’origine de ces tensions, le développement des médias qui ne respectent pas toujours les règles de la neutralité religieuse, l’indiscrétion des haut-parleurs  qui imposent chants ou appels à la prière, au mépris de la tranquillité de ceux qui sont le moins concernés. Une série d’irritations quotidiennes qui ne trouvent leur juste place que si le pouvoir quel qu’il soit ne cède jamais à la tentation de la démagogie, se montre lucide, se montre courageux. Et quelques fois on se demande où est le courage, je n’évoquerai pas, simplement un d’un mot, l’affaire RUSHDIE. Le gouvernement indien avait interdit les « Versets sataniques » bien avant qu’ailleurs, y compris en Angleterre, et le conseil avait été donné directement au Premier Ministre par des avocats musulmans de gauche, qui se rendaient compte que laisser circuler cet ouvrage poserait de très graves problèmes. Tout ceci a fait l’objet d’un débat ensuite, qui rappelle étrangement le débat de nos intellectuels en France.

En fait, c’est bien là qu’est tout le problème. La marge de manœuvre du gouvernement qui relativement très étroite, et s’il est un domaine où l’Inde paie durement le prix du pari qu’elle a fait en se donnant des institutions parlementaires, c’est bien celui-là. La dérive est évidente depuis , je dirai les années 80, la fin des années 70, les débuts des années 80, car vie politique oblige.

Un régime parlementaire, ça veut dire des élections, ça veut dire qu’ un député remet son mandat en jeu quelles que soient les pressions, quelles que soient les magouilles, quelle que soit la petite ou la grande corruption. Il n’empêche que le député retourne périodiquement devant son électorat. ; il faut gagner les élections. Quelles tentations en Inde, je dirai plus qu’ailleurs, et je ne parle pas d’argent en l’occurrence du tout. Mais pour emporter les élections dans le respect des institutions démocratiques, le scrutin majoritaire condamne à jouer des clivages mêmes que l’on se propose de faire disparaître. Je ne sais pas si vous lisez la grande presse indienne, je n’ai accès qu’à la presse de langue anglaise en période préélectorale mais vraiment actuellement tous les calculs, toutes les prévisions, toutes les enquêtes sont faites en fonction des appartenances de caste et de famille religieuse de l’électorat donné, dans une circonscription électorale donnée. Et le candidat est choisi en fonction de ces équilibres. Donc on se bat contre ces clivages mais en même temps on est obligé d’en jouer : c’est très grave.

Trois minutes pour évoquer la trajectoire des gouvernements indiens depuis 1986, date fatidique où d’une part donc le poids de la Charia a été officiellement reconnu par le gouvernement fédéral, et pour faire bonne mesure, les portes, les grilles de la mosquée d’AYODHYA ont été ouvertes au culte hindou. 1986 est vraiment une date clé, et ç’a été l’ouverture de la boîte de Pandore. Je ne vous parlerai pas, je pense que vous savez bien ce qu’est le Bharatiya Janata Party, qui à bien des égards, redonne sa fierté à une Inde qui se sentait humiliée par ses minorités. Mais le BJP s’est évidemment engouffré dans la brèche ouverte à ce moment-là par Rajiv Gandhi personnellement par ignorance, par bonne volonté mais malheureusement avec un retour de flamme dramatique, et à partir de ce moment-là, vraiment la situation est devenue très vite dramatique. En deux mots, comment dire, en 1989, les émeutes ont commencé de façon très sérieuse. Sur l’affaire d’AYODHYA, les gouvernements sont tombés comme des mouches. Les briks, les shanyas ont eu raison de Rajiv Gandhi aux élections générales de 89 bien qu’il soit allé jusqu’à promettre l’instauration du règne de Ram, ce qui en pays laïc posait tout de même problème, et lui a coûté très cher, et ils auront raison de son successeur V.P.Singh qui tentera vainement d’enrayer la dynamique hindouiste et qui tombe en 1990 au moment d’émeutes dramatiques autour d’AYODHYA, les premières émeutes, et qui ont été aussi graves que celles de 1992. Et il s’en faudra de peu que ces tensions intercommunautaires n’aient raison de Narashima Rao, l’énigmatique Premier Ministre que le Parti du Congrès s’est donné en 1991, et qui en 1992, a titubé sous le choc de la démolition de la mosquée. Vous connaissez la suite. Le choc éprouvé au lendemain d’AYODHYA, l’affaire de Bombay, je ne parle des massacres bien sûr, des pogroms mais surtout de ces bombes qui ont explosé au mois de mars 1993, et ont brusquement figé le pays dans un état d’attente et d’inquiétude, qui a ouvert cette période de calme étonnant que l’on constate depuis.

Est-ce à dire que le sécularisme indien se porte bien, on en discute beaucoup, à l’heure actuelle c’est un sujet de débats dans toutes les Universités, dans les milieux politiques, à la télévision, les bouquins sortent. On en parle beaucoup sur le plan théorique, sur le plan concret. Vous savez que la coalition qui est arrivée au pouvoir en 1996, y est arrivée pour avoir largement construit son programme sur l’hostilité au BJP. C’est pour cette raison-là qu’elle avait obtenu le soutien du Parti du Congrès. Qu’en sera-t-il demain ? Là-dessus on ne peut que poser la question comme Max. Je ne pense pas que le parti qui parviendra au gouvernement , de toute façon, n’aura pas une majorité suffisante pour infléchir vraiment les choses. On ne peut que souhaiter que cette paix continue, et que, entre ce que le BJP appelle le pseudo-sécularisme du Parti du Congrès, ce que le BJP pratique c’est à dire un sécularisme positif, celui que suggèrent beaucoup de voix qui parlent haut et fort actuellement et qui insistent pour qu’on abandonne une laïcité pure et dure, façon marxiste, qui ne convient pas à l’Inde et qui ne respecte pas assez les valeurs traditionnelles, on ne peut qu’émettre des hypothèses, même pas des hypothèses, enfin des espoirs concernant l’entente intercommunautaire, et une pratique saine de la laïcité.

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LA FEMME EN INDE

Madame Brigitte TISON  Université de Créteil

L’Occident a longtemps gardé une image de la femme en Inde tout à fait particulière : celle qui représenterait son idéal de la féminité caractérisé à la fois par la beauté, la douceur et la force.

On citera ce qu’a si bien écrit madame Rose VINCENT dans Mohini ou l’Inde des femmes (Le Seuil) à propos de leur beauté : “ en Inde, ce sont les femmes que l’on remarque d’abord. Elles sont partout. Leurs costumes animent les paysages, éclairent la grisaille poussiéreuse des villes. Rajasthani, Mahrati, Adivasi, leur sari vif comme la fleur en fait des oiseaux au plumage vivant. En Orissa, elles sont flamands roses sur l’émeraude du riz. Au Tamil Nadu, elles sont biches, gazelles, faons… Remarquables et remarquées, dans les champs comme dans les villes… ”.

Le même auteur parle plus loin de leur douceur : “ les femmes en Inde sont douces, détendues ”, puis de leur réserve : “ pour un rien, elles baissent les yeux, comme l’oiseau craintif. ”

Quant à leur force on ne peut qu’évoquer la figure emblématique d’Indira Gandhi qui en fut une illustration célèbre, elle qui ne cessait de redire que : “ la femme indienne pouvait tout faire, donner son avis sur tout… elle qui avait tous les droits ”.

Cela ne doit pas nous empêcher de nous réinterroger sur cette triple alliance “ beauté, douceur, force ” ni de nous laisser réinterpeller. Ainsi quand Madame Shabana Azmi, journaliste, écrit dans l’Hindoustan Times, en mars 1988 : “ la glorification de la femme indienne peut constituer un piège éminemment dangereux qui se referme sur elle. En l’appelant “ Devi ” ou “ Savitri ”, en l’idolâtrant, on lui vole toute possibilité de se défendre, de se battre ou de faire respecter ses droits ”. Tant il est vrai que l’image de la femme indienne qui a été renvoyée plus récemment à la société occidentale n’est plus celle de cette femme de rêve, de cette femme rêvée mais s’est transformée en une victime idéale. Victime de la belle-mère, de la belle-famille (on a relevé jusqu’à 700 décès accidentels par mois à Delhi, en 1983, de jeunes épouses). On ne peut plus continuer à se retrancher derrière une représentation de l’exotique, en confectionnant une image partielle ou globale par l’addition des particularités observées. La réalité féminine est ailleurs même si elle peut sous-entendre un peu tout cela aussi.

Avant de l’évoquer telle qu’elle est devenue dans l’Inde contemporaine, nous voudrions rappeler brièvement les acquis de la femme indienne au cours de l’histoire du pays. Et nous commencerons d’abord par rappeler l’histoire de Yajanavalkya dans le Brhadaranyaka Upanishad.

Yajanavalkya est un roi. On raconte qu’il a deux épouses. Celles-ci se nomment respectivement Maitreyi et Katyayam. Maitreyi s’entendait en sciences de la vie, tandis que Katyayam restait dans l’horizon ordinaire des femmes. Selon le point de vue que l’on privilégie, on peut lire cette histoire de la femme indienne comme une longue lutte d’émancipation ou au contraire comme la lente détérioration de sa condition et de son statut depuis l’âge d’or mythique de l’époque des Védas. Il y aurait, en effet, eu une,  voire des périodes, au cours de l’histoire indienne où les femmes auraient joui de beaucoup de droits. Elles auraient eu accès à l’étude des textes, aux rites culturels, au choix de leur époux…

En fait, rien n’est moins sûr quand on se reporte aux textes de références. Ils sont ambigus, parfois contradictoires. C’est le cas du Code de Manu. On peut y apprendre que “ les femmes sont des divinités qui président dans les maisons, que là où elles sont honorées, les dieux se plaisent ”. Ailleurs, on lira dans le même Code que “ la femme a le statut d’une servante de son époux… ”.

Ce dont on est plus certain, c’est du consensus qui semble s’établir très tôt en ce qui concerne le rapport du masculin au féminin, le mariage de ces deux éléments le ciel, masculin, la terre, féminin, du dieu et de sa parèdre (shakti) nécessaire pour que la vie soit possible. “ Le divin est un couple, l’analogue du couple humain, l’homme ou la femme ne peut s’en rapprocher qu’en cherchant à reproduire ce couple originel ” (cité dans Introduction à l’hindouisme, Bardeau, 1981).

Tout au cours des siècles, la femme indienne est soumise d’abord à son père en tant que fille, à son époux et à la famille de son époux, à son fils, également une fois devenue mère. C’est une femme fidèle et chaste. Son modèle, c’est Sita, l’héroïne du Ramayana. Le récit est le suivant : Rama, son époux, sur ordre du père abandonne son trône et s’exile. Sita décide de l’accompagner bien que l’on ait essayé de l’en dissuader. Car le chemin est dangereux. Et, en effet, elle va être enlevée par Ravana (roi de Ceylan). Il la garde dans son jardin des plaisirs, tente de la séduire mais en vain. Sita demeure la femme fidèle et chaste de son époux. Savitri incarne, elle aussi, la fidélité à son époux. Le sachant condamner à mort, elle insiste pour l’épouser. D’autres femmes se feront “ sati ” autrement dit brûlées vives à la mort de leur époux, ou se jetteront comme les femmes bengalis dans les flots du Gange pour échapper aux sévices de l’armée (1971-1972 au Bengale).

Longtemps, la femme indienne demeure soumise aux interdictions de la famille dans laquelle elle est entrée, elle a des tâches très spécifiques à accomplir. Elle est assignée à un certain rôle, à certaine fonction. Le principe de séparation existe partout et apparaît comme constructif de son identité (par exemple le “ purdah ” dans le Nord de l’Inde).

Il faut ajouter à cela qu’il existe cependant des différences selon les castes d’appartenance. Les femmes de basses castes apparaissent plus indépendantes économiquement et socialement que les femmes brahmanes plus liées à des tabous stricts, selon les régions (Nord, sud), selon les religions…

Les acquis vont commencer avec l’ère des grandes mutations de l’Inde, au XIXè siècle. L’influence des idées réformatrices s’appuie sur la raison et le progrès. Les valeurs d’égalité et de droit de la personne émergent. Ce qui n’est pas nouveau.

Ce qui est, en revanche, nouveau, c’est que ces valeurs sont produites par des transformations économico-politiques, idéologiques, exogènes à la société indienne et légitimées par le pouvoir colonial britannique.

La famille indienne devient dès lors l’enjeu des forces de changement et, en particulier, la place et le rôle des femmes. On va remettre en question la crémation des veuves et l’ostracisme social dont elles ont été l’enjeu, l’infanticide féminin, les mariages d’enfants, l’éducation des femmes confinées dans le gynécée.

La naissance du nationalisme à la fin du XIXè siècle radicalise les enjeux de la lutte et les femmes deviennent progressivement d’objets de cette lutte sujets et acteurs dans le mouvement de l’indépendance du pays.

En 1870 l’Infanticid Act  remet en cause le mode de reproduction sociale des groupes concernés. Son interdiction juridique est nécessaire mais non suffisante pour supprimer des pratiques profondément ancrées dans les mentalités, puisque l’infanticide persiste sous des formes non cachées et non déniées.

A cette époque des personnalités comme Ram Mohan Roy (1772-1833) défendront la situation de la femme dans la famille et dans la société ; ils feront campagne contre le sacrifice des veuves, les mariages précoces, la polygamie, l’héritage, etc.

En 1856, le remariage des veuves est voté, Ranada. Une autre personnalité veut améliorer le sort des veuves (1872). Ces mouvements ne touchent que l’élite urbaine.

En 1927 on assiste à la naissance de la All India Women’s Conference. Celle-ci implantera des antennes dans cent sites différents de l’Inde.

En 1939 et 1940, les femmes acquièrent les mêmes droits que les hommes. Sous l’impulsion de Nehru. Mais la plupart des statuts qui définissent la réalité féminine au quotidien seront obtenus après l’indépendance du pays en 1947.

Depuis cinquante ans, plusieurs décrets, lois vont améliorer son sort.

Nous citerons pour mémoire :

En 1954-1956, la parution du code hindou de la famille.

On y trouvera en autres décrets :
– l’âge du mariage alors fixé à quinze ans pour les filles, dix-huit pour les garçons.
Cet âge légal sera reporté en 1976 à dix-sept ans pour les filles et vingt-trois ans pour les garçons ;
– la légalisation du divorce ;
– l’interdiction de la polygamie ;
– les droits à parts égales de succession établie, etc…

En 1961, l’interdiction de la dot.

Elle est devenue l’objet de trop de surenchères. La société accorde plus d’importance à présent au statut social qu’aux valeurs religieuses et morales. Les parents de la jeune fille cherchent donc à lui procurer la meilleure famille possible. Pour cela, ils proposent une dot qui consiste en un certain nombre d’appareils utiles à la vie moderne (réfrigérateur, voiture, chèque…) et les parents comptent sur la beauté de leur fille pour la vendre au plus offrant. Si cette dot n’est pas remise en temps à la famille du jeune homme, celle-ci s’arroge le droit de vie et de mort sur la jeune épouse. En 1984, un amendement va renforcer l’interdiction de cette pratique. Elle continue d’exister actuellement en 1997 avec les mêmes inconvénients.

Pour résumer le rôle, la place, le sort de la femme en Inde, aujourd’hui et en général. Il ne s’agit, bien sûr, que d’évoquer certains aspects de cette réalité, car la condition féminine indienne est très diversifiée selon que l’on est hindou ou non (musulmane, sikh, parsie…) selon que l’on se situe dans telle ou telle appartenance, etc.

On peut constater
:Dans le registre de la fécondité.
L’évolution des mariages et le passage lent du groupe familial élargi (grands-parents, parents, enfants) à la famille nucléaire (parents, enfants). Cela est rendu plus réalisable avec l’habitat moderne (l’appartement isolé en immeuble).

Le taux de mortalité infantile qui a chuté sous l’influence des soins médicaux très performants, le taux de natalité qui a diminué, lui aussi, suite aux gros efforts de régulation de la fécondité.

“ Là où le bât blesse encore ”, comme l’on dit, c’est dans la considération accordée à la fille par rapport au garçon. Ce qui fait que dans certaines régions, le nombre d’hommes se situe bien au-delà du nombre de femmes (1000 hommes pour 972 femmes). Est-ce que cela signifie qu’en ces régions l’infanticide des petites filles se perpétue encore ?

Dans le registre de la scolarisation.

On a pu constater que de très gros efforts avaient été faits pour scolariser tous les enfants. Le taux de scolarisation reste néanmoins plus élevé pour les garçons que pour les filles bien plus élevées à la ville qu’à la campagne. Si, en ville seulement 15% des femmes n’ont pas été scolarisées, en revanche, en milieu rural, ce sont parfois 80% et plus d’entre elles. Quand on sait que l’Inde est un pays de villages, on a raison de s’informer à ce sujet.

En 1981, un homme sur deux avait été scolarisé. Encore aujourd’hui d’un Etat à l’autre, il existe une grande disparité (dans L’état du Kerala, la scolarisation garçons et filles, est quasi totale, alors qu’au Rajasthan le taux est de 20 % et il varie selon les castes (Economic Developement and social Opportunity, Drèze J. Sena, Delhi, Oxford,1995).

Dans le registre de l’emploi.

Toutes ces dernières années, suite au déclin des artisanats domestiques (tissage, décordage…) l’activité professionnelle féminine s’est réduite.

A la campagne on estime à 30% les femmes qui sont agricultrices et à 52% celles qui sont des salariées agricoles (participation au repiquage du riz, travaux de terrassement…).

Dans le registre du statut matrimonial.

L’évolution du statut social -l’ascension sociale, autrement dit- a parfois pu conduire à un enfermement et d’autant que le rôle de gardienne des valeurs est un rôle que la femme n’a cessé d’assumer. Les outils modernes ont pu contribuer, contribuent à cela (exemple : les magnétoscopes).

En ville, 40% des femmes sont alphabétisées, 1% est diplômé et sur cent actives, il y en a soixante-cinq qui enseignent dont cinquante sont dans l’enseignement primaire, quinze sont des employées et vingt ont des activités libérales (Histoire de la famille, volume III, R. Lardenois). Une nouvelle définition de la “ femme accomplie ”, a vu le jour ces dernières années, grâce à une presse féminine qui publie en anglais “ beautiful working woman ” et qui s’oppose à la presse féminine traditionnelle.

Cependant force est de constater que si l’éducation est nécessaire pour permettre aux femmes de mieux se réaliser elle n’est pas suffisante. Tout dépend comment le capital est utilisé sur le marché du travail et sur le marché matrimonial.

Nous avons déjà mentionné la pratique de la dot et de ses conséquences qui mettent parfois la jeune femme indienne dans une situation insoutenable.

L’enjeu de la société indienne d’aujourd’hui et de demain est-il un enjeu lié à la place qui sera faite à la femme ou est-il d’abord et avant tout un enjeu économique comme l’écrit Suneet Vir Singh dans l’Hindoustan Times (1988).

En conclusion.

On peut dire qu’il existe, encore, actuellement, un fossé entre les privilèges et les droits politiques et économiques des femmes en Inde tels qu’ils ont été définis par le législateur et ceux dont elles jouissent dans la réalité. La femme qui est, en théorie, l’égale de l’homme d’après la Constitution indienne est encore loin de cet idéal. La femme active est confrontée à de multiples problèmes chez elle et au travail. La situation d’infériorité (cf. études de G. poitevin et H. Rairkar Village au féminin, éditions l’Harmattan) qui est celle des femmes bien souvent en Inde résulte des contradictions dans la société.

Si elles ont pu jouer un rôle important tant qu’elles ont contrôlé les opérations de production, avec l’apparition de nouvelles technologies, les commandes sont passées aux mains des hommes et de ce fait, elles ont été reléguées dans un statut de dépendance et de subordination à nouveau. Beaucoup ont émigré et continuent d’émigrer vers la ville où elles acceptent des emplois de bas niveau et disqualifiants parfois. La persistance de normes sociales traditionnelles face aux attributions nouvelles qui sont les leurs créent des difficultés d’adaptation. Elles se trouvent soumises à de plus grandes tensions psychologiques.

Les hommes acceptent qu’elles travaillent car c’est une aide financière sensible à l’amélioration du quotidien, mais en même temps ils refusent d’abandonner bien souvent leur place de “ chef ”. Ils ne participent pas à tout ce qui fait la vie domestique journalière (tâches ménagères…). Par ailleurs, la hiérarchisation extrême de la société indienne ne facilite pas leur accès à des rôles impliquant un pouvoir décisionnaire.

Elles qui représentent 48% de la population active et de la main d’œuvre, leur participation réelle à tous les niveaux de la vie permettra leur libération et leur pleine réalisation en même temps qu’elle facilitera l’évolution économique.

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis cinquante ans. Il en reste encore à faire.

Et il est souhaitable que les femmes de plus en plus deviennent à part entière et dans un partenariat complémentaire les acteurs de l’avenir de l’Inde.

En assumant ces responsabilités et en gardant ces rôles, c’est l’honneur de toute une société qui est maintenu, c’est l’ordre du “ dharma ” qui est respecté.
Je vous remercie de votre attention.

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Remerciements

avec le soutien de:
Office de Tourisme Indien
State Bank of India
BANK OF INDIA
Restaurant Aaradhana

La fafi remercie très chaleureusement Mesdames Violette GRAFF et  Brigitte TISON,  Messieurs Ranjit SETHI, André Lewin,  Francis DORE,  Keba Birame CISSE,  Chiranjeev SING,  Jacques POUCHEPADASS, Mannan BHATT,  Jean COUSSY, et Max-Jean ZINS qui ont consacré leur temps et leur réflexion pour cette Journée de l’Inde.

La fafi remercie particulièrement Maryse CROATTO pour son travail  bénévole de dactylographie et de mise en page à partir des enregistrements des intervenants.

Top Haut

Solidarité avec l’Orissa 2000

Devasmita Patnaïk- danse Odissi

 

Vendredi 30 Juin 2000
Palais de l’Unesco
la fafi présente

 

1ère PartieDevasmita PatnaïkDanse Odissi
Exposition: Projet Pascim Kachcha

2ème PartieSudha Raghunathan Chant Carnatique

Bilan

Reconstruction de l’école de Paschim Kachcha 2000

Le 29 octobre 1999, L’Inde subit un cyclone exceptionnel, sur la côte Est, plus particulièrement dans l’Etat d’Orissa. Des vents de 250km/h et un raz de marée avec des vagues de huit mètres détruisent tout sur leur passage, tuant des milliers de personnes. La commmunauté indienne en France, à l’instar de la diaspora indienne à travers le monde, va répondre à l’appel de détresse des sinistrés.
Un “Comité Orissa” est constitué, réunissant des bonnes volontés de tous horizons, à l’instigation de la Fédération des Associations Franco Indiennes (FAFI).

Concrètement, les fonds récoltés par votre participation aux frais de cette soirée vont permettre de reconstruire une école à  ” Paschim Kachcha “, village de 10000 habitants, à 15km de Cuttack, 2ème plus grande ville d’Orissa.
Suivi et transparence sont les maîtres mots de cette opération de réhabilitation.Vous pourrez suivre la réalisation de vos efforts conjugués sur notre site internet 

Aidons les enfants à retrouver l’accès à l’Education et à l’Espoir!

 


Sudha Raghunathan  et ses musiciens
Doraisamy Swaminathan – Violon
Palladan Ramachandran Ravi – Mridangam
Ramakrishnan Raman –  Morsing

Récital de chants carnatiques


 Bilan

 Nous tenons d’abord à remercier au nom de la fafi tous ceux qui ont bien voulu participer à cette soirée
exceptionnelle!

La soirée de solidarité avec les sinistrés de l’Orissa, organisée par la Fédération des Associations Franco
Indiennes ( fafi ) pour la reconstruction de l’école de Paschim Kachcha (Orissa, Inde), sous le Haut
Patronage de l’Ambassade de l’Inde à Paris et le parrainage de la Mairie de Paris, a commencé à 20h30 par
l’allocution de bienvenue du Président.

Un public chaleureux et averti a apprécié l’excellente performance de danse Odissi de Madame Devasmita
Patnaïk, qui a non seulement recréé avec talent, sensibilité, lyrisme, et  la précision de ses mouvements, les
gracieuses figures sculptées dans les célèbres temples de Konarak et Mukteswar en Orissa mais qui a aussi
expliqué au public de manière didactique les différentes poses et  pas de la danse Odissi.

Un entracte d’environ vingt minutes a permis  à tout le monde de se restaurer rapidement et de visiter
l’exposition sur le projet de “Paschim Kachcha” conçue par Monsieur Patrice Pierrot.

Madame Sudha Raghunathan, accompagnée de ses musiciens, a captivé par sa voix mélodieuse tout le
public: elle a enfilé des chants carnatiques, comme des perles, avec une suprême assurance dans sa technique, mêlant avec talent et virtuosité une  interprétation attrayante, une communication musicale pleine de charme ,
une voix claire et des efforts incessants pour souligner chaque aspect de sa création , pas à pas , des plus
basses aux plus hautes octaves, et inversement. Elle a transporté  le public et s’est transcendée
elle-même à tel point que le récital a continué une heure de plus que prévu au  programme.

Des fleurs et des châles furent offerts à tous les artistes, et des remerciements chaleureux par le 1er
Vice-Président clôturèrent la soirée.

Encore merci, à nos sponsors:

STATE BANK OF INDIA, RESTAURANT AARAPANA, NEW CHOLA VOYAGES, NEW SHAMINA,TRIVENI.

Bilan financier: 
Recettes: Sponsors: 6000F + billets vendus: 36200F =  42200F

Dépenses: Location de la salle, frais de transport (artistes), imprimerie, assurances, publicité, châles et fleurs: 30617,31F
La somme de onze mille cinq cent quatre vingt-deux francs (42200F- 30617,31F = 11582,69F) a été
envoyée à notre partenaire en Inde “Internatinal Foundation for Human Development” pour qu’elle soit reversée
au projet de reconstruction de l’école de Paschim Kachcha.


Solidarité avec le Gujarat 2001

 

Dimanche 17 juin 2001
Théâtre du Gymnase
Paris
La FAFI présente

 

Programme

Le 26 janvier 2001, l’Inde subit un tremblement de terre dévastateur dans l’Etat du Gujarat, tuant et blessant des milliers de personnes et détruisant des milliers de villages.La communauté indienne ainsi que les amis de l’Inde constituent un Comité Gujarat réunissant les bonnes volontés de tous horizons sous le haut patronage de la Fédération des Associations Franco Indiennes ( fafi )

Concrètement, votre participation et les dons collectés vont permettre de reconstruire une école publique au Gujarat, en collaboration avec NAGIN (17 avenue d’Italie, 75013 Paris. Tél. 01 53 94 08 06) et l’ONG PRATHAM.

Suivi et transparence sont les maîtres mots de cette opération de réhabilitation. Vous pourrez suivre la réalisation de nos efforts conjugués sur notre site Internet: www.fafi.org

Aidons les enfants à retrouver l’accès à l’Education et à l’Espoir !


 

 

 Sitar Gaurav Mazumdar

 

Odissi Kavita Dwibedi

La soirée de solidarité avec le Gujarat a été un succès : la FAFI fera un compte-rendu complet et publiera le bilan dans cette page en Septembre 2001.

La FAFI remercie tous les membres du Comité Gujarat, ses associations membres, ses sponsors et le chaleureux public qui se sont mobilisés.


TAGORE 2002

 Programme  Tagore et le poète tamoul Bharati
 Tagore et sa poésie  Tagore l’homme universel
 Arbre généalogique  Bibliographie
 Tagore un ami de la France  Tagore philosophie et spiritualité
 Poèmes de Tagore  Amitiés françaises de Tagore
 Pourquoi Tagore ?  Tagore et la poésie bengalie moderne
 Approche tagorienne de l’éducation  Tagore peintures indiennes et modernité

 

TAGORE ET LA FRANCE 
Samedi 16 mars 2002
Palais de l’Unesco
 Programme

 

PROGRAMME

9h30-12h30 Colloque-débats (Salle XI) Modérateur: Jean Naudou

Tagore, homme universel : MmeSharmila Roy
Tagore et la poésie : Mme Saraju Gita Banerjee
Tagore, philosophie et spiritualité : M.Prithwindra Mukherjee
Tagore, Romain Rolland et la France : MmeFrance Bhattacharya

14h30-18h30

Tagore et l’Education : M. Bikas C. Sanyal
Tagore, peintures indiennes et modernité : Mme Judith Ferlicchi
Rabindranath Tagore1861-1941 film : M.Sylvain Roumette ( documentaire en présence du réalisateur )
Tagore et le poète tamoul Bharathi : M.B. Dassaradane

20h30- 23h00 Soirée artistique et culturelle dédiée à Tagore

Danses par le groupe Swarna Surya Mme Sivaselvi Sarkar
Poèmes M. Philippe Benoît
Amar Bella chorégraphie :(JatindraK.Singh) Mlle. Angela Sofia Sterzer
Poèmes gestuels           récitant: Jean Mourat              Mlle Maria Kiran
Phoule Phoule chorégraphie A.Sofia Sterzer: MlleAngela Sofia Sterzer
L’homme infini par le théâtre de Ruisseau Libre
Musiques  chants Bauls du Bengale      PabanDasBaul-Mme Ourmimala Sen

 


POURQUOI TAGORE?

La tradition indienne reconnaît deux formes d’intervention de la Conscience divine pour accélérer l’évolution terrestre: celle d’une incarnation complète mais rare (avatâra) ; et celle, plus fréquente, des meneurs d’hommes de stature exceptionnelle (vibhûti), dont César, Shri Chaitanya, Akbar, Shivaji, Napoléon, Râmmohun Roy, Itô Hirobumi……. Compte tenu des compétences et des contributions de ces dernières personnalités, il est tentant, voire légitime, d’inclure Rabindranath Tagore parmi ces bienfaiteurs de l’humanité. S’il avait choisi la vocation d’un homme d’Etat, l’histoire l’aurait sans doute placé à côté de Périclès. Incarnation de la beauté – beauté physique, beauté intellectuelle, beauté dans ses paroles et ses actes – il avait cherché à soulever un peuple esclave, englué dans la misère et la laideur, à l’aide d’une pédagogie régénératrice et un culte du Beau jusqu’aux détails de la vie quotidienne, grâce à une langue qu’il a façonnée et située à la catégorie supérieure de l’expression humaine la plus moderne, à travers des milliers de chants et poèmes. Rarement le souci de qualité a été aussi proche de celui de la quantité de productions d’un artiste. Professant un esprit sans crainte et la dignité qui prime, boulimique de voyages – dans des conditions aujourd’hui inconcevables -passionné par la diversité de la mentalité et la culture humaines, il a fait plusieurs tours du globe. Convié autant par des princes de tous les domaines et de tous les pays de son temps, on l’a vu partager avec un amour égal le modeste couscous de tribus bédouines: se considérant, avant l’heure, un citoyen du monde, personne ne lui était étranger. La très vaste littérature laissée par lui en bengali demeure encore inédite dans d’autres langues. Il est temps que l’humanité de ce nouveau siècle prenne mesure de ce patrimoine et y trouve un nouveau message pour sa découverte de l’avenir.

Prithwindra MUKHERJEE 

 CNRS  

 


TAGORE
Un ami de la France
.

Le centre de gravité de l’Empire britannique des Indes se trouvait jadis à Calcutta sous les feux du Bengale. Aujourd’hui l’ancien Comptoir français, Chandernagor, continue de vivre non loin de la capitale politique et culturelle de l’Etat du Bengale.

Les Symboles de la France qui voguaient dans l’imaginaire des Patriotes indiens étaient, sans trop se perdre dans le détail, encourageants: Révolution de 1789, Abolition de l’esclavage en 1848, Déclaration des Droits de l’Homme, ROUSSEAU, LAMARTINE, HUGO, etc…

Celles et ceux qui voulaient libérer l’Inde du joug colonial britannique n’étaient pas non plus sans savoir que le Pays des Droits de l’Homme faisait partie intégrante du Club des Puissances coloniales.

Les Gouvernants français, après 1815, se contentèrent de jouer un rôle sans grande envergure dans les cinq minuscules territoires: Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanaon et Pondichéry comme chef-lieu.

DUPLEIX, lui, avait rêvé d’offrir sur un plateau en or massif l’Asie à la France, après avoir conquis militairement, diplomatiquement, politiquement l’ensemble du Triangle indien.

L’un de mes amis aime fredonner cette chanson de TRENET: “Rêves mouvants. Que reste t’il de tout cela?” Le jeune Rabindranath TAGORE, en 1881, habita un certain temps chez l’un de ses frères à Chandernagor où régna, comme ailleurs, la culture de la bureaucratie à la française. Elle était loin de respecter la devise républicaine: Liberté, Egalité, Fraternité.

“Chacun sait que la bureaucratie ne pourra jamais être un lieu d’union entre les hommes. Que la “cire” officielle ne saura jamais sceller un attachement réciproque; qu’il est pénible pour les êtres humains d’avoir à recevoir des faveurs de casiers animés et des concessions de circulaires imprimées qui informent et ne parlent point”. TAGORE “La religion du Poète” Paris 1924.

LES TAGORE furent des francophiles. L’un des frères de Rabindranath a même traduit quelques poèmes de Victor HUGO. Dans sa jeunesse, le futur Prix NOBEL du Bengale a lu Notre-Dame-de-Paris et Quatre-vingt-treize, en anglais, bien entendu.

La France s’intéressa, dès le XVIIIe siècle, à l’Inde philosophique. De nombreuses traductions des textes anciens en sanskrit datent de cette époque. Bernardin de SAINT-PIERRE a offert au public français “La Chaumière indienne” où il met en scène un Indien, dit de “basse caste” et un Anglais à la recherche de la sagesse humaine.

Au XIXème siècle des Poètes comme LAMARTINE, LECONTE DE LISLE, des Historiens comme Jules MICHELET, furent captivés par la noblesse, par la musique, la poésie, la rêverie contenues dans les oeuvres anciennes de l’Inde antique. Ils apprirent à aimer l’Orient indien.

LAMARTINE, amoureux d’Elvire puis de l’Orient, écrivait: “La nature ne m’a pas fait pour le monde de Paris. Il m’afflige; il m’ennuie. Je suis né oriental et je mourrai tel”. Et dans son recueil périodique, les Entretiens familiers de littérature, il se mit à peindre avec les divines couleurs et les douces larmes de son coeur, des tableaux ravissants égayant le silence de l’Inde.

C’est un bel et poétique hommage à la civilisation indienne rendu par un grand Poète romantique et un Homme politique français de 1848.

MICHELET trouva son bonheur en humant l’air frais du Ramayana.

Au XXème  siècle Romain ROLLAND, si sa santé n’avait pas été trop atteinte, serait certainement allé en Inde, véritable berceau des Sages et des Rishis. Il s’est mis en quelque sorte au service de cette Inde. Il ne s’est jamais rendu dans le pays de Sri RAMAKRISHNA, de Swami VIVEKANANDA, de Mahatma GANDHI. Il a écrit la biographie de chacun de ces êtres exceptionnels, nés sous l’oeil de l’Himalaya et dans la chair de l’Hindouisme et du Bouddhisme.

Il a parfaitement compris la nécessité d’instaurer un dialogue sincère entre l’Occident et l’Orient. Certains comme Henri MASSIS, inquiets, croyaient que la renaissance de l’Occident était étroitement liée à celle du christianisme: “Ou bien l’Occident trouvera sa force de réagir et restaurera son intégrité par une renaissance du christianisme, ou bien l’Occident aveuli, désintégré sera livré sans défense à l’Orient, convaincu de la supériorité, impatient de l’imposer”. (Dans “l’esprit international” octobre 1927 – page 563).

TAGORE a semé les graines de l’amitié dans le coeur d’un grand nombre d’Humanistes indiens et français.

Romain ROLLAND ne s’est jamais permis de se considérer comme un éminent spécialiste de l’Inde, simplement un ami sincère de l’Antique Orient qu’est le pays de BOUDDHA, de VALMIKI, de VALLOUVAR, d’AVEYAR, etc…Le cinéaste français Jean RENOIR aimait se présenter comme un spécialiste de non spécialistes.

Romain ROLLAND a maintenu, tout au long de sa vie, des relations épistolaires avec un certain nombre d’érudits indiens. Il les a toujours défendus contre leurs adversaires et leurs faux amis.

Des intellectuels français ont critiqué sévèrement la rencontre entre MUSSOLINI et TAGORE. Sournoisement orchestrée par les “indianistes” d’origine italienne, FORMICHI et TUCCI manipulés par les fascistes.

L’auteur de Jean-Christophe écrit le vendredi 16 juillet 1926 à son ami Jacques MESNIL :
“.Vous parlez de TAGORE sans justice, ni justesse. Les amis de Paris peuvent penser de lui ce qu’ils voudront. Je le respecte et je l’aime. Il n’a nullement prononcé les paroles d’hommage à MUSSOLINI auxquelles vous faites allusion. C’est une invention pure et simple de la presse fasciste”.

Et dans son Journal il sculpte fraternellement le vrai visage du Poète indien: “Il fonde dans l’ Inde une Université asiatique, où il veut attirer de grands professeurs de tous les pays d’Asie, et mettre en contact des étudiants européens avec des étudiants hindous. Malgré sa charmante politesse, on voit qu’il est parfaitement convaincu de la supériorité morale et intellectuelle de l’Asie, surtout de l’Inde sur l’Europe. L’Europe, dit-il, est comme un bon ouvrier qui a fabriqué un bel instrument de musique. Mais la musique, il n’est pas capable de la faire. La musique, c’est la part de l’Inde”.

TAGORE a composé des mélodies pour ses poèmes. Souvent un Poète est à la fois musicien, peintre et chanteur.

Hermann de KEYSERLING s’est toujours souvenu des “nobles figures des TAGORE aux traits fins et spiritualisés, avec leurs loges aux plis pittoresques”.

Il a saupoudré comme des diamants sur les pages de son Journal de voyage de philosophe ces mots: “ABENINDRANATH, le peintre de la famille, me faisait penser aux types qui autrefois avaient orné Alexandrie. Rabindranath, le poète, donnait l’impression d’un hôte venu d’un monde plus haut et plus spirituel. Jamais peut-être je ne vis autant de substance spiritualisée, condensée dans l’âme d’un seul homme… Et maintenant je saisis d’un seul coup d’oeil tout ce que sont la vie hindoue, la sagesse hindoue et la musique hindoue.”.

TAGORE n’a pas eu que des admirateurs et amis en Europe et en France. Ses adversaires étaient peu nombreux, certes, mais faisant parfois partie comme CLAUDEL de la notoriété parisienne. Celui-ci utilise des mots amers et discourtois dans sa lettre du 25 novembre 1913 adressée à GIDE:
“Je me défie beaucoup de Rabindranath TAGORE. Ce que j’en ai lu me paraît assez écoeurant et je méprise tellement ce genre d’Asiatique”.

André GIDE, c’est incontestable, a traduit merveilleusement, en français le Gitanjali. L’offrande lyrique continue toujours de charmer tous les Francophones.
Cependant, il ne peut pas être considéré comme un grand ami de TAGORE et de l’Inde. Les relations entre l’auteur de la Maison et le Monde et celui de la Porte étroite n’ont pas pu franchir l’horizon où se rencontrent normalement un auteur et un traducteur.

GIDE et ROLLAND n’ont pas regardé l’Inde dans la même direction. GIDE a écouté et apprécié l’agréable murmure de Gintanjali et ROLLAND s’est intéressé à tout ce qui touchait à l’Inde.

Daniel HALEVY (1872-1962), essayiste français, a trempé sa plume dans l’encre des désespoirs sombres et des convulsions.
“Et sa figure ne s’oublie pas. Prestance, costume, beauté, en lui tout impose”. Puis il ajoute:
“TAGORE est un vaincu. L’Allemagne est vaincue”.

L’idéalisme de TAGORE recouvre un désir de vengeance. Ce même désir dont l’Allemagne est tenté, rongé peut-être.

Si nous voulons travailler à restaurer quelque culture, quelque harmonie européenne, méfions nous des Asiatiques. Ces gens-là nous haïssent et leur haine clairvoyante nous a si bien compris! Notre force, ils le savent, nous vient de nos moeurs civiques et de nos institutions juridiques. (Revue de Genève – Janvier 1922 – pages 95 et 96).

Romain ROLLAND ami de tous les assoiffés de Liberté, de Justice, de Fraternité, sous les reflets de la lumière de l’espoir a souhaité une véritable collaboration des intelligences entre l’Asie et l’Europe.
“Je voudrais que désormais l’intelligence de l’Asie prît une part de plus en plus régulière dans les manifestations de la pensée d’Europe” (Cahiers Romain ROLLAND).

Le Prix NOBEL indien et le Prix NOBEL français ont toujours chanté l’Amitié entre tous les Peuples. Ils n’ont pas cherché à diviser le monde en deux hémisphères: l’un peuplé d’êtres civilisés et supérieurs, et l’autre peuplé d’êtres sauvages et inférieurs.

Le Philosophe et le feu Président de la République de l’Inde S. RADAKRISHNAN a très bien compris leur intime, profonde et principale idée: “Les grands dons imaginatifs et artistiques de ces deux importants représentants de la pensée de notre temps a servi à entretenir l’unité entre les hommes et à sauver le monde du fléau de la guerre. Bien qu’ils fussent d’origines très différentes, l’un indien, l’autre européen, tous deux devinrent les avocats d’un humanisme universel. (Cahier R. ROLLAND TAGORE et R.ROLLAND – Lettres et autres Ecrits).

Humanisme universel: c’est la conclusion d’une alliance sincère entre les cultures, les traditions, les religions, les idées, les richesses économiques et spirituelles de toute l’humanité. Il est ouvert sur la volonté commune. Humanisme universel n’est ni occidental, ni oriental, mais interculturel et spirituel. Humanisme universel signifie avant tout Paix universelle. Elle ne peut naître que dans l’esprit des hommes.

L’acte constitutif de l’UNESCO dit “Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix”.

Parmi d’autres français comme l’auteur du voyage intérieur qui ont toujours su établir un dialogue amical avec TAGORE et avec l’Inde, on pourrait citer, Anna de NOAILLES, Louis GILLET, SAINT JOHN PERSE, Sylvain LEVI.

Ecoutons ce dernier parler affectueusement de son ami TAGORE :
“Et ce mémoire composé à son intention pour célébrer le 70ème anniversaire de sa naissance, évoque avec plus d’intensité que jamais dans ma mémoire les jours heureux que nous avons, ma femme et moi, passés près de lui entre octobre 1921 et août 1922. Appelé par son choix à  inaugurer l’enseignement de l’orientalisme à la manière occidentale dans l’Université de Visva-Bhâratî qu’il fondait à ce moment, j’y ai appris beaucoup plus que je n’y ai enseigné. Par GURUDEV, comme nous l’appelons là-bas, par l’élite de savants et de disciples qui se sont groupés autour de lui et qui vivent de son inspiration, j’ai connu dans sa réalité vivante cette âme de l’Inde que l’étude des textes m’avait appris à admirer”

(Mémorial Sylvain LEVI, MCM XXXVII – Paul HARTMANN Editeur – Paris V – page 398).

SAINT JOHN PERSE né sur le sol guadeloupéen, diplomate, poète, Prix NOBEL de littérature, a élaboré soigneusement un très beau message à l’occasion de la célébration en France du centenaire de naissance de l’Ame de la devise républicaine française.
“Associer la pensée française à une commémoration de Rabindranath TAGORE, c’est témoigner la fidélité française aux plus hautes conceptions d’un humanisme universel.

La France lui redit sa fidélité à tout ce qu’il aima d’elle. Et le grand pèlerin des Indes reprend sa route parmi nous. De cette voix qui fut propre et qui vous fut tôt reconnue, que la modulation se fasse encore entendre à hauteur d’âme de notre temps”.

Jeune diplomate il a eu l’occasion de rencontrer à Londres TAGORE.

Louis GILLET (1876-1943), Académicien, chargé de la rubrique des Lettres étrangères à la Revue des Deux Mondes est l’auteur de quelques belles pages sur TAGORE.

“On sait que depuis quelques temps le grand poète hindou Rabindranath paraît en train de prendre dans la pensée contemporaine une place analogue à celle qu’occupait naguère Léon TOLSTOI. Le public devient attentif à cette voix de l’Orient… Le grand vainqueur du monde, ce n’est pas ALEXANDRE, c’est CAKIA-MOUNI” (Louis GILLET – Lettres Etrangères – Paris 1924, pages 82 et 95).

La Comtesse de NOAILLES écrivait François MAURIAC “Cette jeune femme illustre prêta sa voix à toute une jeunesse tourmentée. Sa poésie fut le cri de notre adolescence. (F. MAURIAC « Les Nouvelles Littéraires » 6 mai 1933).

Anna-Elisabeth de BRANCOVAN, Comtesse Mathieu de NOAILLES (1876-1933), Poétesse influencée par les Parnassiens, par Victor HUGO, par PROUST, COCTEAU, Maurice BARRES; Membre de l’Académie Royale belge de langue et de littérature françaises, se laissa séduire par les poèmes et la personnalité de TAGORE ainsi que par l’éveil éternel de l’Inde.
Dans l’un des poèmes elle chante ainsi:

“Telle l’Inde, où l’on voit cheminer dans l’arôme
Des peuples aux pas veloutés”.

Suzanne KARPALES a décrit dans un style naturel la rencontre entre Anne et Rabindranath.

“Ce fut Anna de NOAILLES qui annonça sa visite. Elle était ravissante… et tous les hommes étaient à ses pieds; aussi arriva t’elle en conquérante, ce qui me valut un spectacle inoubliable : TAGORE planant de plus en plus devant une Anne qui s’évertuait à le conquérir…
Finalement TAGORE fit comprendre à sa visiteuse qu’ils étaient deux poètes, que leur, rencontre n’était qu’une rencontre de poètes et devait le rester”.

Entre TAGORE et Anne de NOAILLES naquit une vive et sincère amitié.

Jean COCTEAU ne fait pas une grande différence entre l’amour et l’amitié quand il écrit que l’amitié entre homme et femme est délicate, c’est encore une manière d’amour”.

Anna de NOAILLES a préfacé, en 1930, l’exposition d’aquarelle de TAGORE à la Galerie Pigalle.

“L’oeuvre picturale de TAGORE s’amassait autour de lui comme une foule dansante… De sa main, couleur de blanche palombe, il écrivait ses poèmes, et dans les marges du manuscrit, enivré soudain par un ineffable élixir, il se sentait entraîné loin de l’étroit et vigoureux labeur, et livré aux forces indomptables de l’imagination”. Albert THIBAUDET, Pierre Jean JOUVE, Jules BLOCH, Marcel MARTENET mirent leurplume au service de TAGORE. Ils firent connaître son oeuvre au public français.

La nature “lui révèle une divinité qui est en lui-même, qui est à la fois son double, son génie et l’être total qui englobe toute la nature, qu’il connaît par intuition sans demander à le définir (Jules BLOCH “Hommage de la France” Paris 1961 – page 56).

Bernard PAULY, dans les colonnes d’une Revue Littéraire, compare HUGO à TAGORE. “D’une certaine manière on pourrait le rapprocher de Victor HUGO, poète, dramaturge, romancier, théoricien, social, homme politique enfin. Encore Rabindranath TAGORE est-il peut-être à la fois plus mystique et plus réaliste que Victor HUGO”. (“Nouvelles Littéraires” 30 novembre 1961).

Et Mathilde NIEL, dans une fort intéressante allocution faite dans le cadre de la célébration du centenaire de TAGORE, disait: “La pensée de TAGORE rejoint celle de BERGSON qui voulait des sociétés ouvertes, des morales ouvertes. (France-Inde n° 42 – 1961).

Le centenaire de TAGORE, en 1961, fut célébré un peu partout à travers le monde, et particulièrement en France.

En voici quelques précieuses lignes extraites de “L’ouvrage Hommage de la France” édité par l’Institut de Civilisation Indienne. Qu’il en soit remercié!

“Ce qu’il avait perdu, c’était le rêve dans la solitude, la jouissance intime de l’artiste, non point sa nature et, s’il l’avait perdu, c’était pour nous l’avoir donné tous: les hommes de tout l’Univers”. (Jean FILLOZAT).

“Il était indispensable que la France honorait de façon éclatante l’oeuvre d’un écrivain qui appartient en premier lieu à l’Inde, mais aussi à l’humanité, et à la France en particulier où TAGORE avait su se faire de nombreux et illustres amis” (M. Lucien PAYE, Ministre de l’Education Nationale).

“Il Y avait eu aussi le coup porté par la guerre aux valeurs morales de l’Occident. TAGORE introduisait un air frais et pur. Il rétablissait avec la nature des rapports sains et directs”. (Louis RENOU).

“Il reflète l’idéal humain de TAGORE qui est de vivre et de laisser vivre dans l’amitié et la coopération de tous les peuples du monde, le respect et la considération réciproques, l’effort commun en vue de construire un monde où chaque individu – Européen ou Américain, Asiatique ou Africain – soit garanti dans sa dignité d’homme, dans son droit de vivre en Asiatique ou Africain – soit garanti dans sa dignité d’homme, dans son droit de vivre en homme civilisé ans un monde civilisé”. (M. Humayun KABIR, Ministre des Affaires Culturelles et de la Recherche Scientifique du Gouvernement indien).

“Et la France, avec tant d’autres nations, est heureuse de commémorer un noble écrivain dont l’oeuvre revêt une signification universelle…

S’en étonneront ceux-là seulement pour qui Orient est synonyme de pensée confuse et fantastique. La vérité est que les traditions indiennes, les langues indiennes, dans le sillage du sanscrit, sont saturées d’intellectualité. TAGORE bénéficiera, d’autre part, d’une culture anglaise poussée, dont on connait les hautes exigences”. (Olivier LACOMBE).

Il est encore temps de bâtir sur les écrits, sur les gestes, sur les actes, sur les souvenirs, sur les rêves, sur les espoirs des Penseurs du rang de TAGORE, de Romain ROLLAND un véritable Pont culturel, amical, fraternel entre l’Inde et la France, entre l’Orient et l’Occident, entre la Science et la Spiritualité, entre la Divinité et l’Humanité, entre l’Illusion et la Réalité,

“Il faut que le poète, aux semences fécondes
Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,
Pleines de chants, amour du vent et du rayon,
Charmantes, où soudain l’on rencontre un lion”.

(Victor HUGO “Les Contemplations” Paris mai 1842).

Les Poètes, quels qu’ils soient, surtout lorsqu’ils ressemblent à HUGO et à TAGORE, sont des Prophètes qui invitent fraternellement l’humanité victime de son caractère fataliste et fondamentaliste, à sortir de son sommeil et admirer le lever du soleil sur les Pitons de l’Amour, de l’Amitié, de l’Espérance.

 

 



L’HOMME UNIVERSEL
TAGORE

” Le même fleuve de vie qui court nuit et jour à travers mes veines court à travers le monde et danse en cadence.
C’est la même vie dont la joie fuse à travers la terre légère en innombrables brins d’herbe, et qui éclate en tumultueuses vagues de feuilles et de fleurs.
C’est la même vie que flux et reflux se rejettent dans l’océan berceau de la naissance et de la mort.
Je sens mes membres glorifiés, au toucher de cette vitalité. Orgueil! le battement de vie des âges danse en ce moment dans mon sang.”

( L’offrande lyrique )

Cette communion profonde, que Tagore a ressentie en lui, accompagna ses pensées, ses actions, ses convictions tout au long de sa vie. Dans ses réminiscences, il la décrit comme une expérience de grâce reçue un beau jour à Calcutta en voyant la vie couler autour de lui, bruyante, chaleureuse et palpitante. En 1879, il avait alors 18 ans, Romain Rolland témoigne que :” Pour Tagore, l’humanité toute entière est un seul Etre, dont chacun sent en lui l’Unité. Au dessus de l’homme individuel, il voit toujours présent le grand être: Dieu”
Cette sensation du lien profond avec son entourage le dotait d’une capacité aiguë d’observation, de participation, de partage. Voici un extrait de son oeuvre, intitulé “Personnalité”:
Dès l’aube de notre histoire, les poètes et les artistes ont glissé les couleurs et la musique de leurs âmes dans le cadre de l’existence. Et par elle, j’ai appris avec certitude que la terre et le ciel sont tissés avec les fibres de l’esprit de l’homme qui est en même temps l’esprit universel. Si ce n’était pas vrai, alors la poésie serait trompeuse et la musique une illusion, et le monde muet ferait rentrer le coeur de l’homme dans un silence absolu. Le Grand Maître joue, le souffle lui appartient, mais l’instrument est notre esprit au moyen duquel il fait jaillir des chants de sa création; c’est pour cela que j’ai su que je ne suis pas un simple étranger se reposant dans l’auberge de cette terre sur le chemin de mon parcours de l’existence, mais que je vis dans un monde dont la vie est liée à la mienne.

Ce n’est pas seulement une jubilation euphorique vis-à-vis de cette unité fondamentale car elle lui exigeait une grande vigilance et un sens profond de responsabilité. A partir de 1890, dès lors chargé de la gestion du domaine familiale, il connut les problèmes sociaux des villageois du Bengale.

Plus tard, il crée “Sriniketan”: le centre de réhabilitation rurale sachant que le vrai pouls de l’Inde était dans les villages. En 1905, devant la décision de Lord Curson qui était de diviser le Bengale en deux parties, il manifesta et chanta en protestation dans les rues avec ses frères musulmans. Victime d’un système éducatif anglais trop rigide, Tagore crée sa première école pour enfants, où l’enfant cohabite en parfaite harmonie avec la nature. Là-bas, il invita des artistes, des musiciens, des intellectuels, des enseignants du monde entier et réalisa son rêve, celui de créer une université appelée “Visva Bharati” où le Monde se retrouve dans un seul nid.

Pendant cette période, il visita le Japon (en 1916) lors de la montée de l’impérialisme, il en fut scandalisé. Et avec Romain Rolland, Stéphane Zweig, Roniger et bien d’autres, il décida de participer à la création d’un nouveau groupement de libres esprits d’Europe et d’Asie, en vue d’élaborer la Maison de l’Amitié Mondiale pour avoir ensemble un foyer et des archives internationales et participer à la publication des éditions européo-asiatique. C’était en 1925.

Tagore a toujours possédé l’espoir de vaincre la maladie et la pauvreté du peuple de l’Inde. Il pensait que les remèdes se trouvaient dans les connaissances scientifiques, car selon lui” grâce à l’étude scientifique et logique, nous progressons toujours vers la réalisation de l’universel dans son aspect physique”. Il s’opposait avec véhémence à l’aveugle traditionalisme qui paralysait le progrès de l’Inde vers le modernisme. Cette attitude anti-nationaliste fut mal comprise par plusieurs pays et même par des compatriotes.

Patriote, ardent défenseur de l’héritage de l’Inde, admirateur de la tolérance et de l’humanité des sages du Moyen-Age comme Kabir, Dadou ou Nanak, Tagore tenait à une vision humaine de la vérité. Il trouva l’écho de cette conviction dans les chants des Bauls, les chanteurs mystiques du Bengale. En 1930, à Oxford, il donna une conférence sur la Religion de l’homme, d’après lui:”je sens que je viens enfin de trouver ma religion, la religion de l’homme, parmi lequel l’infini est défini comme humain, comme quelque que chose de proche qui demande à être aimé et soutenu”.

En 1941, dans l’Inde colonisée, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, alors que le fascisme claironnait son message de haine,Tagore laissait son dernier message “Crépuscule du siècle” :

“Le Moi affamé de la Nation éclatera dans une violence de furie par sa propre gourmandise éhontée. Car il a fait du monde sa pâture, et le léchant, le mâchant et l’avalant en grosses bouchées. Il enfle et enfle jusqu’a ce que, au milieu de son orgie impie, la flèche du ciel descend et perce son coeur grossier.
Cette lumière ardente et rouge sur l’horizon n’est pas la lumière ton aube de peine, ma mère patrie. C’est la lueur du bûcher funéraire qui brûle en cendres la vaste chair l’égoïsme de la Nation morte par ses propres excès.Ton matin attend, derrière la patiente obscurité de l’Orient, doux et silencieux.
Sois vigilante, Inde. Apporte tes offrandes d’adoration a cette aurore sacrée. Que le premier hymne de sa bienvenue résonne par ta voix. Chante :
Viens. paix, fille de la grande souffrance de Dieu. Viens avec ton trésor de contentement, le sabre de la fortitude, et la douceur couronnant ton front.
N’ayez pas honte, mes frères, de vous tenir devant les orgueilleux et les puissants, avec votre blanche robe de simplicité: Que votre couronne soit d’humilité; votre liberté, la liberté de l’âme. Bâtissez le trône de Dieu chaque jour sur l’ampleur aride de votre pauvreté, Et sachez que ce qui est monstrueux n’est pas grand, que l’orgueil n’est pas éternel.”

Notre terre a connu beaucoup d’épreuves et a appris beaucoup de choses parfois très douloureuses. La douleur continue; les fractionnements, le conflit communautaire nous guettent. Les paroles prononcées par Tagore demandent encore et encore d’être interprétées, réfléchies et vécues

Sharmila Roy

 


Rabindranath Tagore et sa poésie

(Exposé résumé)  par Saraju Gita Banerjee

 

Plus de 60 ans ont passé après la disparition de Tagore.
Aujourd’hui, le moment nous semble propice pour redécouvrir son œuvre qui continue de passionner les critiques littéraires et les chercheurs au Bengale.

Ses œuvres complètes comptent plus de 300 titres dont une cinquantaine reviennent à la poésie. Cette œuvre se situe entre 1878 et 1941; on y trouve pour l’essentiel la poésie lyrique, les chants, mais aussi des contes et des ballades, poèmes en vers libre, poèmes en prose, de micro poèmes comparables au haïku japonais et des compositions dans des genres de son innovation propre.

Il est également l’auteur-compositeur d’un répertoire de plus de 2000 chants lyriques, répertoire qui compte plusieurs centaines d’interprètes de par le monde.

Comment caractériser cette œuvre aussi ample et à dimensions multiples?

Ancrée comme elle est dans la tradition indienne, dans le terroir du Bengale, comment a-t-elle pu toucher les lecteurs des pays et de cultures si éloignés, de si diverses sensibilités? Répondre à ces questions et une tâche complexe.

Cependant, suivant son évolution sur 2 siècles on peut observer que la poésie de R. Tagore représente sa recherche ininterrompue du sacré au travers de l’existence.

elle chante la Beauté; elle explore le temps, les limites du langage
elle est faite de ce qui fait vivre l’homme.

Les trois Poèmes suivants sont extraits du dernier ouvrage paru en 1997 aux éditions Gallimard sous le titre
« l’Esquif d’or » de Tagore en première traduction directe du texte bengali par Gita.Banerjee

Premier baiser Prathama cumbana

L’offrande des chants Gitanjali

Billets Lipikâ

PREMIER BAISER

Prathama cumbana

Muettes les aires du vent baissèrent les yeux,
les oiseaux qui chantaient se turent tous,
le vent se coucha – le clapotement
d’eau se figea net dans le ruisseau,
le bruissement des arbres s’évanouit
au sein de la forêt.

Au bord désert de la rivière étale
avec les ombres du soir descendit
le bord du ciel sans éclat
sur la terre ébahie.

A ma fenêtre isolée au milieu du silence
ce fut l’instant de notre premier baiser;
aussitôt à tous les échos retentit
le concert des conques et clochettes
d’un culte à quelque sanctuaire.

Un frisson courut à travers
le pays infini des corps célestes
et à nos yeux des larmes montèrent.

24 juillet 1896

 

 

L’offrande des chants

Gîtânjali

PAR LES NUÉES DE SHRÂVANA

Par les nuées de shrâvana (1)
profondes, enténébrées
tu arrives aujourd’hui
ô ami, à pas secrets
comme la nuit insonore
à tous les regards dérobé.

L’aube aujourd’hui attend
paupières closes,
le vent continue de l’appeler en vain.
Qui donc a caché
de ces nuages troubles
le bleu pur et franc de l’espace nu?

Nul oiseau ne chante
dans les clairières,
Ies maisons restent portes closes.
Qui es-tu voyageur
de ce chemin sans passant?

Ô ami solitaire mon amour,
mon logis demeure ouvert;
ne passe donc pas
comme un rêve devant moi,
ne te détourne pas
le cœur indifférent.

Bolpur, 1910

Shrâvana : 

quatrième mois du calendrier luni-solaire correspondant à juillet août, mois de grandes chaleurs et de fortes pluies.

 

Billets

Lipikâ
UNE PETITE JOURNÉE
Ekti din

Cet après-midi-là me vient à l’esprit. La pluie tombante s’épuisait de temps en temps, puis une brusque rafale la ranimait à nouveau. Il faisait sombre dans la chambre, et ce temps ne donnait pas envie de travailler.

Je pris mon instrument et commençai à jouer un air en râga Mallâr (1) – un chant de la saison des pluies.

De la pièce à côté elle vint jusqu’à ma porte puis repartit.
Peu après elle revint et resta devant la chambre. Enfin elle entra lentement et s’assit.
Elle avait entre les mains un ouvrage de couture – la tête penchée elle se mit à coudre.
Ensuite elle s’arrêta, regardant par la fenêtre vers les arbres embrouillés.
Il cessa de pleuvoir; mon chant se termina. Elle se leva et s’en alla se coiffer.
C’est tout, rien que cela. Rien que cet unique après- midi-là enchevêtré dans la pluie, le chant, le farniente et la pénombre.
Cela ne fait pas une histoire contant le destin des rois et des empereurs, des récits de guerres et de conflits – il Y en a tant et tant.
Mais un simple petit fragment du conte d’un après-midi qui restera caché comme une précieuse perle dans l’écrin du temps. Deux êtres seulement en connaissent l’existence.

1919

Mallâr : nom d’un râga dans la musique indienne du Nord, bâti sur le thème de “la saison des pluies et la nostalgie des amants loin l’un de l’autre “, thème dont il évoque l’ambiance émotionnelle.

 


TAGORE: PHILOSOPHIE ET SPIRITUALITE

Prithwindra MUKHERJEE
(CNRS)

Devendranâth Tagore, père du Poète, avait été élevé à proximité familiale de  Râmmohun Roy et, ayant hérité de celui-ci la responsabilité de l’hindouisme réformé (brâhmo), il avait fondé sa quête du sacré sur les principes monothéistes connus Comme la philosophie du Védânta (ou la quintessence des Véda). Dès son enfance, le Poète avait été initié par son père autant aux versets des Upanishad, qu’aux notions de l’Esprit suprême ou l’Absolu (purusha) qui transcende l’univers tout en étant à la fois le corps et l’âme de tout objet animé ou inanimé: sarvam khalvidam brahma (‘tout ceci est le Suprême’), tattvamasi (‘Tu es cela’ ou ‘tu es Cela’). Il savait que l’Absolu ou l’Un non-qualifié se manifeste en multiples pour son jeu(lîlâ): pour participer à ce jeu, la vie minérale, végétale, animale ou cérébrale -, apparaît à partir de la Joie, se déroule dans la Joie, avant de s’unir définitivement dans la Joie. Le non-qualifié, en se manifestant, devient le Vrai, le Bien, le Beau (satyam, shivam, sundaram).

En complément à cette ascèse de la Connaissance, le Poète avait reçu de son père, également, un épanouissement esthétique dans la poésie mystique des Sûfi (notamment de Hafez qu’il lisait dans le texte original). Désireux de rencontrer Dévéndranâth, Shrî Râmakrishna – la personnification de la Conscience divine – lui avait rendu visite, l’avait prié de dénuder son torse et, s’était émerveillé à l’examen des traces de vermillion sur sa poitrine: ce fut pour lui l’indice que Dieu affirmait sa présence à travers cette peau claire. Il convient de se rappeler que Râmakrishna, autodidacte et absorbé dans la présence divine intérieure, inventait sans cesse les rites lors du culte de la divine Mère. Il avait atteint une magie du langage parlé, pouvant révéler les plus hautes vérités contenues dans les Ecrits védiques.

Le Poète aussi, autodidacte, inventait sans cesse les rites du culte divin et il avait atteint le sortilège inégalable d’un langage poétique écrit. Il n’adhérait à aucun formalisme rituel. En plus de l’affirmation des Upanishad, so ‘ham (‘Je suis Cela’), il s’était engagé, au contact des Bâul, à chercher l’Homme-dans-le- cœur (man ‘ér mânush, qui se réfère directement à la vision insân-ul-kâmel connue des Sûfi): là s’accumulaient des siècles de traversée de la nuit mystique célébrée dans la poésie vishnuite médiévale dédiée à l’Amour divin.

A ce brassage s’ajoutait l’attachement de Tagore à la poésie romantique anglaise. Plus que l’objet d’un paganisme élémentaire, la nature cosmique était pour Tagore une passerelle menant l’individu vers l’Absolu. De même que Shelley – Make me Thy lyre, even as the forest is – toute sa vie semblait aspirer à devenir la lyre du Divin, ou le luth, ou la conque, ou bien, même la flûte de bambou; qui autre, mieux que Tagore, a su décrire la sonorité musicale d’une danseuse céleste extirpant dans son passage le Silence à sa transe:

ShabdamayÎ apsara-ramanÎ
Géla chali, stabdhatâr tapobhanga kari…

rappelant l’envoûtement d’un pays de sommeil- mystique – cher à Wordsworth:

Breaking the silence of the seas
Among the farthest Hebrides.

Toute sa vie durant, Tagore par son élan psychique a su poursuivre, ininterrompu, son cheminement spirituel. D’aucuns, hâtivement et à tort, ont cru y trouver une parenté avec la pensée de Bergson; tandis que chez celui-ci l’élan vital de l’évolution ne fait place à aucune téléologie, pour Tagore la finalité consiste à s’unir au Seigneur de la Vie (jîvana-dévatâ).C’est une spiritualité : d’un extraterrestre intégralement beau qui semble avoir quitté l’ambiance harmonieuse de sa belle planète; il a traversé cette terre des hommes – en champion d’un peuple frappé par la laideur extérieure et morale durant des siècles d’esclavage – pour consumer avec sa torche tout ce qui entrave la beauté; enfin il a regagné sa demeure céleste, laissant derrière lui des bénédictions multiples et durables pour la postérité.

En hommage à cette spiritualité, je présente trois échantillons où l’expérience de Tagore – poète avant tout – atteint trois paroxysmes d’acuité. Je viens de les traduire à votre intention.

En voici le premier:

Ses pieds – que ne peut atteindre ma pensée 
Mes 
chants parviennent à les effleurer.
Grisé 
par ma mélodie, je me perds,
Et mon Maître, je Le traite 
d’Ami.

Le second est extrait du recueil révolutionnaire balâkâ, réflexions du Poète sur le passage du Temps et sur le devenir humain, dans le contexte de la Première Guerre mondiale. Frappé par l’identité de certains passages de ce poème aux dynamiques du Sacre du Printemps que Stravinsky composait en cette même année, situé à dix mille kilomètres de Tagore, je vous laisse apprécier l’universalité d’inspiration qui était à l’œuvre:

Et j’écoute derrière ce silence
Dans l’espace, dans: l’eau et sur le sol
De tels bruissements d’ailes, impétueux, agités
La végétation
Se ronge les ailes par-dessous son ciel terrestre;
Sous l’obscurité de la terre, qu’importe leur destination 

Déploient des ailes de germes
Des milliers d’essaims de semences
Ce soir je contemple

Cette chaîne de montagnes,
Cette forêt qui s’envole à coups d’ailes ivres
D’îles en îles, d’inconnus à d’autres inconnus.
Aux battements d’ailes des constellations
Sursautent les ténèbres à l’écoute des sanglots de lumière.


Et, pour terminer, voici le dernier échantillon:

Méditation

A CHAQUE INSTANT, TOUTE MA PENSÉE
TE COMMÉMORE,
DANS LA SOLITUDE PAR-DELA LE MONDE,
JE TE FAIS FÊTE,
TU ES LÀ, M’ AYANT DÉPOUILLÉ DE
MA VIE, DE MA MORT.

JE NE TROUVE GUÈRE TES RIVES-
DE MÊME QUE JE NE TROUVE POINT DE PAREIL
À CET AMOUR QUE JE PORTE EN MOI-MÊME.
TEL LE SOLEIL PARVENU AU ZÉNITH,
TOUT CET ÉLAN DE MON CŒUR
SEMBLABLE À UN ŒIL FIGÉ POUR UN INSTANT
S’ARRËTE EN CONTEMPLATION.
REGARD INSONDABLE, IMMENSE, SANS PASSIONS,
NE CONNAÎT NULLE LIMITE:

TU ES PAREIL AU CIEL GÉNÉREUX,
JE RESSEMBLE À CET OCÉAN SANS BORNE,
VIENT DÉFERLER AU MILIEU DE NOUS DEUX
LA PLEINE LUNE BÉATIFIQUE.
DE JOUR, DE NUIT, Tu ES PACIFIQUE,
TANDIS QUE JE SUIS AGITÉ SANS CESSE,
INASSOUVI, VAGABOND:
PLUS JE CONTEMPLE, À CHAQUE HORIZON,
TOI ET MOI, NE FAISONS QU’UN.

TRADUCTIONS INÉDITES DE PRITHWINDRA MUKHERJEE


Les amitiés françaises de Rabindranath Tagore

France Bhattacharya
professeur émérite de bengali, Inalco

Les liens de la famille Tagore avec la France remontent au milieu du XIXe siècle. En effet, à la suite de Rammohun Roy, son ami, le grand- père de Rabindranath, Dwarkanath, s’était rendu à Paris, à deux reprises. La cour de Louis-Philippe avait été éblouie par sa munificence. Dans la famille Tagore, l’intérêt pour la langue et la littérature françaises s’était maintenu chez certains enfants du sage Debendranath. Mais il appartint à Rabindranath, le plus jeune des fils et le plus illustre, de renouer avec la France lors de plusieurs ; visites que l’on peut dater des années 1890, 1920-21, 1926 et 1930.

Le premier voyage du poète fut très bref mais suffisant pour que Tagore visitât l’Exposition Universelle et montât à la Tour Eiffel. Il aima Paris, sa taille qu’il jugea imposante, ses lumières et la beauté de ses édifices. Le voyage en train depuis Brindisi et le passage du Mont Cenis lui inspirèrent une comparaison encre un torrent de montagne et les Français qu’il qualifia de “rapides, agités, enthousiastes, aimant à rire et bavards”

C’est au cours du second voyage qu’il fit vraiment connaissance de ceux qui allaient être ses amis français. Il était déjà auréolé de la gloire du Prix Nobel, et quelques traductions de ses oeuvres avaient été faites dans notre langue, parmi lesquelles L’offrande lyrique, traduite par André Gide,à la demande de Saint John Perse. Poète renommé, Tagore était aussi celui dont les discours contre la passion nationaliste et l’appel à la coopération culturelle entre l’Asie et l’Europe avaient trouvé des échos chez certains intellectuels de chez nous. Le plus fervent défenseur de ces mêmes idées était Romain Rolland, de cinq ans plus jeune que Tagore, et lauréat, lui aussi, du Prix Nobel. Il admirait Tagore avant même de le rencontrer. L’amitié encre ces deux êtres d’exception est fort bien documentée grâce à la publication de leur correspondance et à celle du Journal Inde de Rolland. En dehors des échanges épistolaires, les deux amis se sont longuement rencontrés et entretenus en 1921 et en 1926. Ils ont pu s’exprimer sur beaucoup de sujets: le sort du monde et la politique, la colonisation britannique, odieuse à l’un comme à l’autre, mais aussi la littérature et la musique que tous deux aimaient avec passion. Il est touchant de lire les efforts qu’ils faisaient pour s’initier à l’univers culturel de l’autre, malgré les distances et les différences de milieu d’origine. Rolland était ce que nous appellerions aujourd’hui un militant, même si son Jean-Christophe lui avait valu une grande réputation de romancier dans les premières décennies du vingtième siècle. Tagore était poète avant tout, même s’il s’engagea dans le tourbillon du monde pour la défense de ses valeurs, l’éducation des jeunes de son pays et l’amélioration du sort de ses cultivateurs.

A partir de 1921, Tagore eut besoin de beaucoup d’argent pour son université, Visva-Bharati, mais plus encore d’enseignants de valeur qui acceptassent de s’y rendre. Il sut attirer à Santiniketan le grand indianiste français, Sylvain Lévi, qui ne refusa pas d’y passer plusieurs mois, au tout début : de l’entreprise, pour mettre sur pied l’enseignement des études bouddhiques. Il y donna des cours de sanscrit, de chinois et de tibétain, et y fit des conférences sur l’histoire de l’Inde devant Tagore, lui-même. A l’époque, Sylvain Lévi était déjà professeur au Collège de France, mais il n’hésita pas à quitter quelques mois sa prestigieuse chaire pour se rendre à ce qu’on appelait alors “l’ermitage”, perdu dans la campagne du Bengale. Le 23 décembre 1921, il assista à l’inauguration de l’université internationale que le poète avait voulu fonder.

Albert Kahn, richissime entrepreneur et philanthrope, reçut à plusieurs reprises chez lui, à Boulogne sur Seine et dans sa villa de Cap Martin, le poète et sa suite. Des photos et un petit film gardent le souvenir de cette amitié. Ce fut Albert Kahn qui présenta Tagore à la Comtesse Anna de Noailles, poétesse célèbre. Andrée Karpelès, peintre et amie fidèle de la famille Tagore, organisa avec Anna de Noailles et Victoria Ocampo, l’exposition de cent vingt peintures du poète à la galerie Pigalle en 1930. Andrée Karpelès traduisit plusieurs textes du poète que son époux, Monsieur C.A. Hôgman, publia aux Editions Ophrys dans la belle collection” Feuilles de l’Inde”.

Il n’est pas question de mentionner les nombreuses personnes de notre pays qui ont eu l’honneur et la chance de rencontrer le poète. Nous avons voulu parler d’amitié, ce qui est autre chose. Mentionnons, toutefois, que dans les dernières années de la vie de Rabindranath, Christine Bossenec résida à Santiniketan.
La France célébra dignement le centenaire de la naissance de Tagore, en 1961, en publiant de nouvelles traductions de son oeuvre et plusieurs réimpressions. il reste cependant encore un très grand nombre de pages inconnues au lecteur français. Un Tagore dans la Pléiade avait été envisagé, puis abandonné. Pour connaître le poète, il ne suffit pas d’avoir luL’offrande lyrique, même si c’est un chef-d’oeuvre. il faut au moins y ajouter Cygne, dans la belle traduction qu’en donna Pierre-Jean Jouve avec l’aide de Kalidas Nag, La Maison et le monde, La Religion de l’homme, les Souvenirs d’enfance, et ses admirables nouvelles, sans oublier tout ce qui n’est pas encore traduit en français. La France se doit de rester fidèle à Rabindranath Tagore, cette Grande Sentinelle, comme l’appelait le Mahatma Gandhi.

 


L’approche Tagorienne de l’éducation

Résumé de la participation au colloque sur « Tagore et la France »
par Bikas C. Sanyal

Cet exposé est divisé en trois parties consacrées aux trois phases évolutives de la vision Tagorienne de l’éducation. La première phase, que j’appelle la période diagnostique, va de 1893 à 1901. La deuxième phase, que j’appelle la période d’expérimentation va de 1901 à 1918 et la troisième phase est dédiée à la période de 1918 à 1941.

Les idées de Tagore au cours de la première phase sont fondées sur sa propre expérience éducative en Inde sous le régime britannique, qu’il considérait très inadéquat. Il observa que le seul objectif de l’éducation à cette époque était de produire des employés pour travailler dans les bureaux du gouvernement et dans les entreprises britanniques présentes en Inde. On ignorait la promotion de la créativité, de la liberté, de la joie et et de la reconnaissance de l’héritage culturel du pays; les objectifs fondamentaux d’un système d’éducation national étaient complètement ignorés. L’éducation impartie ne tenait pas compte des derniers progrès de l’éducation venus de l’étranger, même du Royaume Uni. Elle ne réussissait pas à développer une attitude scientifique et un esprit de recherche.

L’enseignement se faisait à travers l’anglais, langue étrangère dont l’apprentissage prenait longtemps avant que les étudiants puissent avoir accès à la vrai éducation et le système restait fermé à des nombreux bons élèves simplement en raison de leur manque de connaissances en langue anglaise. Ceci amena au développement de deux classes: une minorité urbaine suivant une éducation anglaise et une importante population rurale pauvre exclue de l’éducation supérieure et éloignée de la première. L’abîme entre les deux grandit. Le système ne permettait pas le changement social souhaité.

La vision Tagorienne de l’éducation reflétait la tendance nationaliste. Pour lui, l’éducation devait associer l’apprentissage de la langue et l’apprentissage des chemins de la pensée et intégrer l’apprentissage avec la vie et avec l’environnement afin que l’individu puisse se développer.

Pendant la seconde phase (1901-1918), Tagore lance son Ashram School (1901) à Santi Niketan, inspiré par les idées de l’Ancien Indien Tapovana, renforcées par des thèmes modernes, même scientifiques. Il critiquait avec force l’apprentissage livresque et prônait parmi ses étudiants l’apprentissage par des expériences directes avec des gens et des régions différents et par la relation avec tous les peuples, sans oublier une harmonieuse interaction avec la nature (Tapovana, 1910). Il voulait que la langue maternelle soit le moyen d’enseignement à tous les niveaux. En reconnaissant l’inacceptabilité de la proposition, il prépara l’Initiation à l’Anglais en Bengali, destinée aux débutants pour faciliter l’apprentissage de cette langue (1904-1909). A ce moment, il souligna l’importance de l’enseignement des valeurs pour le développement holistique de l’individu, associant le matérialisme à la spiritualité (Dharma Siksha, 1912). La discrimination à l’égard des femmes l’attristait. En 1914, il fait connaître ses idées sur l’émancipation des femmes (Stree Siksha, 1914). En même temps, il encouragea les enseignants à faire de leurs élèves des meilleurs citoyens. Il affirmait que les enseignants ayant un cœur tendre étaient plus efficaces que ceux dont le seul atout était lel1f compétence dans leurs disciplines spécifiques. Après avoir reçu le Prix Nobel en 1913, il fut invité à visiter des nombreux pays du monde et partout y cherchait des nouvelles idées sur l’éducation. Ses expériences internationales le mènent à vouloir apporter le monde en Inde, à travers l’éducation, au-delà des barrières du nationalisme. II pensait créer une institution qui réunirait les cultures du monde et les courants du savoir et croyait que Santi Niketan était cette institution là. La pierre fondamentale de Visva Bharati fut posée le 24 décembre 1918.

C’est pendant la troisième phase, la période de la mise en exécution, que Tagore établit Vishva Bharati où il voulait, dès le début, créer et mettre en pratique le savoir indien sur l’économie, l’agriculture, la santé, la médecine, ainsi que toutes les autres sciences propres au milieu rural environnant, tout en utilisant les meilleures méthodes modernes (1919) En même temps, il signalait l’importance de la coopération internationale pour l’éducation (1919) et invitait les érudits du monde a implémenter ses idées à Santi Niketan. II prôna l’enseignement des sciences nuancé par le propre savoir philosophique et spirituel de l’Inde. Sa frustration lorsque Visva Bharati ne réussit pas à implémenter les connaissances scientifiques pour améliorer la vie rurale, l’amena à établir Sri Niketan pour la reconstruction rurale, avec l’aide de l’Agronome britannique Léonard Elmhirst.

Les idées de Tagore sur L’éducation sont universelles et éternelles. Son engagement était d’utiliser l’éducation pour l’intégration de ceux qui ont tout avec ceux qui n’ont rien, des élites avec les masses, de l’est avec l’ouest, de la théorie avec la pratique, de la science avec l’éthique, du travail avec la joie, de la vie avec la nature et du bien-être matériel avec le développement spirituel. Les idées et les actes de Tagore dans le domaine de l’éducation sont aussi pertinents et importants aujourd’hui qu’ils l’étaient autrefois.


Tagore, Peintures indiennes et modernité

par Judith Ferlicchi

Le 3 mai 1930 eut lieu à la Galerie Pigalle à Paris le vernissage de la première exposition de Rabindranath Tagore, peintre. Elle fut suivie de treize expositions en Europe, aux Etats-Unis et en Union Soviétique au cours de la même année, tandis qu’au Bengale on a su que Tagore peignait seulement après avoir appris qu’il exposait à Paris.

S’il est communément entendu que le poète ne commença à peindre qu’à partir de 1928, ses premiers essais remonteraient à 1924, voire à 1893.

En 1924 Tagore est en route pour le Pérou mais ne peut aller plus loin que Buenos Aires. C’est là qu’il rencontre son hôtesse Victoria Ocampo, la mystérieuse ‘Vijaya’ à qui sera dédié son recueil de poèmes Purabi (1925), le fameux manuscrit sur lequel il effaça, ratura, créant un des premiers exemples de son œuvre plastique. Plus qu’une simple muse pour le poète, Victoria Ocampo fut une des femmes importantes de son temps. Celle qui « a tant fait pour la littérature et le dialogue des cultures », cet écrivain, critique, mécène argentine, fondatrice de la revue Sur a marqué le monde littéraire de l’époque. C’est grâce à elle que fut organisée cette exposition à la Galerie Pigalle. Il nous semble important de mettre l’accent sur cette exposition, mais aussi sur son initiatrice. En 1930, Tagore vient domler une série de conférences en Angleterre. Il arrive en Europe avec ses œuvres, ne sachant pas vraiment ce qu’il en fera. Victoria Ocampo le pousse à exposer. Cette exposition sera un grand succès et le début de nombreuses autres. Elle fera connaître l’œuvre de cet homme qui n’est pas encore certain de la valeur de sa peinture, qui ne sait pas s’il doit se considérer comme un peintre ou non, mais qui jusqu’à sa mort sera obsédé par cette occupation.

L’œuvre peint de Tagore témoigne d’un monde singulier, plein de d’animaux fantastiques, de femmes énigmatiques, de paysages lumineux ou mystérieux, d’une nature à la fois rassurante et étrange; de compositions où les courbes, les volutes, les arabesques et autres spirales alternent avec les lignes géométriques, où la palette est sombre mais les couleurs sont brillantes.

Si ses recherches plastiques ne sont pas étrangères à celles de ses contemporains, indiens ou occidentaux; si pour de nombreux artistes indiens aujourd’hui Tagore est considéré comme étant à la source de la peinture moderne, déjà en 1936 le peintre Nadalal Bose prédisait que Tagore serait difficile à suivre et son œuvre énigmatique demeure sujette à spéculation.

L’accent qui a été mis sur l’importance de ce que les critiques indiens appellent ‘inner impulse’ ne saurait occulter l’importance de l’expérimentation, d’une interrogation quant aux problèmes de construction de l’espace, d’une fascination pour les propriétés de la lumière qui témoignent d’un intérêt pour la « technique ». Même si Tagore était un « amateur », il semble important de mettre l’accent, à l’instar de K.G.Subrarnanyan , sur son exposition aux cultures du monde et donc sur « sa capacité d’absorption qui est retravaillée constamment».

Les idées émises à propos des œuvres exposées à la Galerie Pigalle par le critique Henri Bidou auront un impact tel qu’aujourd’hui encore toute appréciation de l’œuvre peint de Tagore en garde de forts échos. Que l’on voit dans ses jeux de courbes et d’arabesques un « parfum d’Art Nouveau », ou que l’on évoque le primitivisme, le dessin automatique, le romantisme, le lyrisme, l’expressionnisme, le . symbolisme, ou l’art des enfants à propos de ses œuvres; que l’on y voit tout autre chose qu’une quelconque référence à l’Occident, en mettant l’accent sur l’importance du Japon, de la Chine, de la tradition indienne, ou que l’on invoque la musique, le rythme, l’histoire de sa peinture nous renvoie au cœur de celle des avant-gardes et sa popularité en Occident, mais aussi en Inde l’inscrit dans l’histoire de la modernité.

 


 Bharati, le poète tamoul

B Dassaradane

     

Bharati (1882-1921)fut le premier poète à révolutionner la langue tamoule en composant des poèmes pouvant être compris par tous: la littérature tamoule était étudiée seulement chez les rois, les prêtres et les érudits. Il y avait une conception ésotérique de la poésie:

– Bharati devina le danger que cela comportait pour la vitalité de la langue elle-même, ainsi enfermée dans des palais, des temples et des universités. Pour la sauver, il composa des

poèmes pouvant être compris même par des illettrés; il libéra la langue tamoule de sa prison et la restitua au peuple.

Soubramania Bharati est né à un moment où le nationalisme du peuple indien s’affirme de

jour en jour. C’est l’époque où les Tamouls commencent à jeter un regard plein de fierté sur leur passé, se mettent à libérer le présent de la dégradation qui l’avait assiégé peu à peu.

Bharati était la voix de ce nationalisme et de cette nouvelle conscience nationale. Compagnon de route des patriotes engagés dans la lutte pour la liberté et l’indépendance de l’Inde, sa poésie est un hymne à la gloire de l’Inde; elle montre son immense foi dans un avenir

glorieux et reflète son amour passionné pour sa terre natale. Sa poésie nous dévoile son esprit révolutionnaire et militant. En 1908, Bharati fut le premier réfugié politique indien à trouver asile à Pondichéry, ce« coin de France» qui accueillit également Aurobindo Gosh en 1910.

Apôtre de la liberté.

Il hait toute forme de tyrannie qui enchaînerait l’esprit de l’homme; il est convaincu que, seulement dans la liberté, l’homme puisse s’accomplir pleinement.

La liberté s’étend aux hommes d’un pays comme aux nations elles-mêmes: cette vision du monde transcendant les frontières nationales n’est-elle pas l’âme d’un poète universel?

Libération de la femme

Bharati considère que la liberté, oxygène d’une nation, ne peut être le monopole des seuls hommes; sinon la notion même de liberté perdrait tout son sens .11 estimait que la liberté de la

femme était absolument nécessaire à l’indépendance de l’Inde.

Justice sociale

Bharati écrit de nombreux poèmes sur la misère de petites gens et des masses laborieuses de l’Inde. Dans son célèbre poème sur la liberté, il condamne sans appelle système des castes, et indique que la liberté, loin d’être une fin en soi, n’est qu’un moyen pour assurer le progrès social et la justice.

Pour Bharati comme pour Tagore, l’adoration du travail est une obligation morale; tous les travailleurs méritent le respect; il a du mépris pour les parasites et les lâches.

)c. “

Education

Bharati prône l’éducation universelle sans oublier les intouchables, les plus ignorants parmi les ignorants, ceux qui étaient considérés jusqu’alors comme indignes de toute instruction .L’éducation doit s’étendre sans limite à toutes les femmes.

Il exige que l’enseignement soit dispensé en langue maternelle; il invite les enfants à aimer les animaux quels qu’ils soient, utiles ou pas, voleurs ou méchants.

Dans son louange à Lakshmi, déesse de la richesse, il a une analyse originale sur la richesse: les gens pensent que richesse et savoir ne peuvent cohabiter -« la lumière du savoir fuit les riches » Tirouvallouvar, autre grand poète tamoul du 3ièrne siècle- Contrairement à

Tirouvallouvar, Bharati pense que c’est dans la fusion du savoir et de la richesse que réside le bonheur. Quant à la richesse d’un pays, sa seule richesse matérielle ne peut suffire à le rendre prospère: le sacrifice et le travail acharné des hommes et des femmes compte autant.

Un grand combattant contre le système des castes, partisan de la tolérance religieuse et de la paix sociale, champion passionné de la pensée scientifique, ennemi des superstitions et des dogmes révolus, poète de l’émancipation des femmes et des réformes sociales, adversaire

intraitable de toutes les formes de chauvinisme, Bharati avait un profond amour de sa langue maternelle. Il fut un temps où les intellectuels avaient honte de parler en Tamoul. Par sa poésie et sa prose modernes, il a enrichi sa langue et l’a revivifié en introduisant des expressions et des rythmes populaires.

Bharati a vécu 39 ans seulement: il n’a cessé durant toute sa vie à réveiller les masses,

susciter l’espoir et la confiance en eux-mêmes, à les organiser et à les faire entrer dans la lutte pour la liberté et l’indépendance. Il exprima sa vive indignation devant la misère et la

pauvreté dans le monde. Il compara ceux qui luttent contre ces fléaux au « sel de la terre » et aux étincelles de l’esprit de Dieu.

Bharati, par sa langue, est un poète tamoul. Par son pays, c’est un poète national.

Par ses idées, un poète universel.,

 


TAGORE ET LA POESIE BENGALIE MODERNE

Prithwindra MUKHERJEE – (CNRS)

 

Ayant été un point, très significatif, de convergence et de fusion de différentes cultures, ayant toujours favorisé le contact entre peuples et la diffusion de nouvelles synthèses – tendances réputées caractéristiques de la modernité -, l’Inde n’a jamais senti le besoin ni de proclamer sa vitalité créative, ni de sa jeunesse intarissable. Une des dernières synthèses tentées par l’Inde, courant XIXe siècle, résultait de l’assimilation de l’apport européen. Deux expériences

révolutionnaires – deux pas de géant dans ce sens – s’ensuivaient et marquaient

la naissance de Tagore: la parution du méghanâda-vadha kâvya (1861), poème épique de Madhusûdana Datta, et la publication du roman durgésha-nandinî (1865) de Bankimchandra Chatterji. Tous deux ont été félicités d’avoir introduit au cœur du Bengale un souft1e de modernisme, une conscience, une conception, des mœurs venant de quelque part ailleurs. D’après Nolinikânta Gupta, dans une quête plus vaste et plus profonde de l’homme cosmique, l’inspiration

. incandescente de Tagore mènera à bien ce projet et, profondément pétri de sa propre tradition, il fera fondre au creuset de son pays natal les particularités de la culture européenne.l

Au regard de l’observateur attentif, la vie et l’œuvre de Tagore représentent une véritable radioscopie, non seulement de l’évolution de la littérature bengalie –

0 voire indienne – mais, simultanément, celle de 1 ‘histoire socio-politique du sous- continent. Au terme des siècles de tiraillement entre l’autorité des grands

1 Nolinikânta Gupta, rachanôvali (tome 1, sâhityikâ), Calcutta, 1975, p379

Moghols et les forces contestataires (dont celle qui promettait l’avènement d’un vaste empire hindou), le XIXe siècle apporta, enfin, au pays – au contact des commerçants anglais mués en administrateurs par inadvertance apparente – une stabilité sociale et politique inestimable. Dans le sillage de réformateurs zélés – multidimensionnels, apparut Râmmohun Roy (1772-1833), un visionnaire et activiste d’envergure cosmique qui comptait parmi ses admirateurs et amis . Jeremy Bentham, John Stewart Mill et l’Abbé Grégoire de Blois.

Héritier spirituel immédiat de Roy, grâce à une proximité familiale, Tagore hébergeait fermement en lui certaines valeurs auxquelles l’humanité contemporaine restera longtemps attachée: foi absolue dans un Eternel qui est Vrai, Bien, Beau;2 communion émerveillée avec la nature universelle comme un palier menant vers le Divin; dans le quotidien, contemplation de la présence de l’Infini; aspiration pour l’ailleurs, l’inconnu; culte de l’Amour idéal. Dans un corps tant robuste que beau, l’esprit de Tagore – également beau, robuste et jeune – semblait surgir de la beauté avec un élan vital déferlant sur tout, traverser la beauté dans ses expériences de la vie et s’acheminer vers la beauté: sa maîtrise de la sensualité lui avait appris autant à intérioriser qu’à sublimer la jouissance d’une étreinte chamelle, et son réalisme puriste se situait à l’abri de la souillure et de la sueur «< de mon aisselle» telle que s’en vantait, déjà,  Whitman). Le corps pour lui n’était qu’un magnifique support pour un ensemble de réalités subtiles qui donnent à la vie humaine sa signification intégrale. Poète, romancier, pamphlétiste, critique, orateur, compositeur, chanteur, comédien, auteur dramatique et lyrique, chorégraphe, danseur et, enfin, peintre (révélé à l’âge de soixante-dix ans), aucune forme d’expression artistique et intellectuelle ne lui résistait. Sortant la métrique bengalie d’un formalisme limité et monotone, et le langage poétique tant conventionnel que

2 Un des frères aînés du Poète, francophone de renommée, avait traduit sur la demande de leur père – le ‘Grand

Sage’ Débendranâth Tagore – un ouvrage portant ce titre qui s’inspirait de la trinité upanishadique de Victor Cousin, paru en France en 1865.

 

timide, Tagore explora toute la finesse et la vigueur potentielles de cette fille privilégiée du sanskrit, avant de la transformer en un prestigieux véhicule littéraire moderne, digne d’accueillir l’inspir ation la plus audacieuse, de développer le discours philosophique ou scientifique le plus ardu.

Face à l’effondrement brutal et brusque des valeurs – causé par la Première Guerre mondiale -, l’Occident semblait reconnaître en Tagore le porteur d’un message prophétique d’espoir et de salut. En vue de se rendre plus accessible, Tagore dans la traduction anglaise de ses propres poèmes sacrifia sans nul regret toute la richesse et la félicité formelles – rythmique, phonologique, prosodique – au seul profit d’une appréciation sémantique. Les poètes d’avant-garde et enthousiastes – dont Saint-John Perse, André Gide, William B. Yeats, Ezra Pound – servirent d’intermédiaires entre Tagore et l’Occident.

En ce même moment, désireux d’obtenir de Tagore une protection et un réconfort semblables, les poètes bengalis dans leur détresse se tournèrent vers lui, figure carismatique et nantie, trop imposante pour leur existence timide en tant que poètes. Nourris de presque un demi-siècle de manne tagoréenne, très tôt avaient-ils constaté qu’eux-mêmes, ils ne chérissaient aucune des valeurs – à commencer par une croyance théiste – qui animaient Tagore. Dans leur fantasme ils étaient persuadés qu’ils n’avaient rien en commun avec ce beau zombie du XIXe siècle. Décidés de ne pas se contenter de produire des sous-tagore, exaspérés par dépit d’amour et, dans le désordre, ils s’acharnaient sur Flaubert, Zola, Maupassant, Whitman, Tolstoï, Gorki, Barbusse, Romain Rolland, Knut

, Hamsun en quête de soulagement; d’aucuns, plus hardis, découvraient pendant ce temps-là, le rayonnement du corps noir de Max Planck, le Capital de Karl Marx, et la libido de Freud. Coup sur coup, dans les années 20, parurent trois revues anti-tagoréennes – Ka/lol (‘Les Vagues’), Pragati (‘Le Progrès’) et Kâli 0 kalam (‘L’encre et la plume’) – offrant avec provocation véhémente un florilège de morceaux scandaleux, macabres, criards, signés par de jeunes poètes, essayistes et romanciers prometteurs, talentueux: Buddhadeva Basu, Ajit Datta, Achintyakumâr Sengtlpta, Saïlajânanda Mukl1erji, Prabodhkumâr Sânyâl, Prémendra Mitra, entre autres, qui allaient occuper la vedette en un rien de – temps et pour longtemps. En échantillon suffisamment spécifique et présentable, on peut citer Samar Sen:

Je rôde dans le marché aux objets volés, jour après jour. Dès le matin, aux douches publiques, fatiguées,

les prostituées chamaillent. Par la nuit, j’entends des bruits de paquebots

à l’embarcadère de Khidirpur 

Quelque fois, fatigué, il me semble r~fléchir 

dieu de l’amour, je n’arrive pas à m’endormir,

je grille des cigarettes 

Le génie créatif de Tagore n’avait jamais cessé de s’inventer, se renouveler: il soutenait que, de même qu’un fleuve ne demeure pas rectiligne et procède par des méandres, le courant de la littérature, obligatoirement, se modifie en permanence. C’est une modification d’état d’esprit conditionné par les exigences de l’époque. Parvenu au recueil de Gîtânjali (‘L’Offrande lyrique’), à l’âge de cinquante ans – et après trente-cinq ans de production littéraire -, à partir du recueil balâkâ (‘Le Vol de cygnes’), Tagore cassa le sempiternel moule métrique du payâ?, introduisant de phrasées de taille variable où chaque unité – aboutissant en rimes aa, bb – est une expression organique du contenu sémantique et émotif, un enjambement perpétuel et impétueux révélant un appel :- dynamique: « héthâ naJa, héthâ naJa, anya konokhâné» (‘ce n’est pas ici, ce

3 Vers de 14 syllabes, avec une césure après la 8ème, sans enjambement, au schéma de rimes aa, bb etc. Son rôle est similaire à celui de l’alexandrin en français et l’iambe pentamétrique en anglais.

 

n’est pas ici, [c’est] quelque part ailleurs !’). Jugeant son langage de plus en plus inadéquat à transmettre l’évolution de ses expériences, progressivement, de même qu’à l’ extérieur il se débarrassait de ses belles boucles romantiques, il dépouillait ses vers libres. de toute marque de séduction (rimes, assonances, locutions à effet), afin de réduire la langue à la ressemblance du parler quotidien. Lecteur avisé, rendu familier avec certaines pensées motrices axées sur l’inconscient et la lutte des classes, Tagore en fit état avec plus de conviction que n’avaient su faire ses jeunes détracteurs dans leurs manifestes au contenu mal assimilé.

 

Avant de s’éteindre à un âge mûr, secoué par la nouvelle de la Seconde Guerre mondiale, d’une voix pas trop rassurée, Tagore avait proclamé que c’était un péché que de perdre confiance en l’homme. Il n’avait pas attendu l’acuité des épreuves que devrait subir ses compatriotes: spéculations politiciennes sur le sort humain, famines, émuetes, exodes, chômage, dévaluation éthique… A force de lutter contre l’influence omniprésente de Tagore, à force de reconnaître l’impossibilité de s’en défaire, les poètes des générations successives ont, peu à peu, retrouvé une gratitude sereine envers Tagore, afin d’acquérir leur propre langage: économie de mots; infuser dans chaque mot une gamme de significations originales; cultiver des nuances de timbre spécifiques à chacun . des mots utilisés à la manière d’un orfèvre; pratiquer l’ellipse et le hiatus dans la logique d’enchaînement des expériences; créer de nouveaux mythes et symboles tout en empruntant parfois le style sophistiqué de comptines et contes de fées. Voici un poème de Jay Goswâmi, né en 1954 :

Coule la nuit coule la nuit viens la nuit vider la corbeille

J’ai composé les sept chants fends-moi fends mes os mes cuisses,

Brise en deux mon bassin, le corps émasculé conserve toujours la tête

Et danse sur le cirque du monde en désarticulant les mains et les pieds

Et fait éclater la bedaine au feu pour célébrer tes rites ultimes

Ce n’est point l’acteur on le manipule, mille volutes de fumée

Montent sur le cirque du sacrifice un doigt coupé frétille

gratte les arbres 

Frétille ha frétille hô par terre roule un œil vivant

Débarrassée du corps une tête rasée se réjouit de s’extirper des épaules ‘ Pour s’envoler dans l’espace en laissant des traînées de feu

En mordant d’un coup fatal de mâchoires ta corbeille privée de thorax 1

Et ‘abbreuve de salive de fer

Coule la nuit coule la nuit la coulée-mère s’en va vers le Gange… 4

On a l’impression de frôler une nouvelle dimension du sacré, un nouvel hermétisme ésotérique. Une nouvelle incantation des temps à venir s’élève

 

Prithwindra MUKHERJEE

(CNRS).

4 Prithwindra MUKHERJEE, Anthologie de la poésie bengalie, Paris, 1991, p285


Bibliographie

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Mukherjee, Prithwindra : De Waanzinnigen van het Absolute, choix de textes (12 chants Bâul), traduction, introduction, notes et Direction artistique. VPRO- . Radio Hollande, CD, 1990.

Les écrits bengalis de Sri Aurobindo, choix de textes, traduction, introduction et notes. Préface d’Olivier LACOMBE de l’Institut. Dervy-Livres, 1986. 359p.

– Mukherjee, Prithwindra : Chants bâuls, les Fous de l~bsolu, choix de textes, traductions en français et en anglais, introduction, dépouillement ésotérique et notes. éd. Findakly/ Ministère de la Culture, 1985. 235p.

Mukherjee, Prithwindra : Catalogue du Fonds bengali de la Bibliothèque nationale, Préface de Jean FILLIOZAT. Extrait du Bulletin de l’Ecolefrançaise d’Extrême-Orient, Tome LXXII, Paris, 1983, ppI3-48. .

Mukherjee, Prithwindra : Chants Caryâ d’ancien bengali, présentation, traduction, dépouillement ésotérique de 50 chants bouddhistes du Bengale (Xe s.). Enregistrement sur un disque de la reconstitution de certains chants selon les – données musicologiques internes. Cité dans la Bibliothèque idéale de Bernard

PIVOT (éd. 1991). Ed. Le Calligraphe, 1981. 182p. Mukherjee, Prithwindra : “farâsî viplaba ô bânglâr buddhijîvî” (La Révolution française et l’intelligentsia bengalie), in DESH, N° spécial bicentenaire, Calcutta, 15/07/1989, pp.89-94.

Mukherjee, Prithwindra : “Râmmohun Roy, le Père de l’Inde moderne” in Pour les droits de l’Homme, éd. Artis 89, 1989, pp.83-93 (bilingue).

Mukherjee, Prithwindra : Gita Govinda, Livret bilingue avec présentation, analyse pro sodique et musicologique, tableau de 25 râga. Coffret de 4 disques. Auvidis A V 4505, 1982. Grand Prix Audiovisuel de l’Europe. Rééd CD, K7.

Mukherjee, Prithwindra : Chants mystiques des Bâuls, choix, présentation, traduction et notes (bilingues) de textes extraits du Concert au Grand Auditorium de Radio-France diffusé en direct par France-Musique, le 18 juin 1982. Prestige de la musique extraeuropéenne: L’Inde, Vol.9. Musée Guimet! Unesco/ Sonodisc, ESP 8401, 1983).

Mukherjee, Prithwindra : Les Bâuls, Fous de l~bsolu, enregistrement, choix de textes, présentation, traduction annotée (bilingue). Ed. SM, 30.1089, 1982. Rééd CD.

Mukherjee, Prithwindra : “Chants Caryâ” in Tel Quel, automne 1982, pp. 6-10. Mukherjee, Prithwindra : Le Bengale mystique, enregistrement, choix de textes, présentation, traduction annotée (bilingue). Ed.SM, 30.1035, 1980. Rééd CD.

Mukherjee, Prithwindra : “Sur la traduction du bengali” (étude sur la prosodie bengalie) in Colloque sur la traduction poétique par ETŒMBLE. Postface Roger CAILLOIS. Sorbonne/ Gallimard, 1978, pp.196-209.

Mukherjee, Prithwindra : “Dix poèmes en vieux bengali” in Le 24 (revue bilingue de l’Alliance française), Calcutta, octobre 1977, pp.4-17

Mukherjee, Prithwindra : Chants populaires du Bengale, 9 chants extraits des concerts européens de l’Académie Loka-Bhârati dirigée par Ninnalendu CHOUDHURY. 33T. AFCI, 1975.

Mukherjee, Prithwindra : Bengale éternel, enregistrement, choix de textes, présentation, traduction annotée. Arion! CBS, ARN 33T, 251, 1974. – Mukherjee, Prithwindra : “Rabîndranâth TAGORE” in Encyclopaedia

Universalis. 1972 et plusieurs rééd. Mukherjee, Prithwindra : Poèmes du Bangladesh, liaison musicale (improvisée sur une flûte de bambou) et présentation de 9 poèmes extraits de la mini- anthologie, avec la participation de Madeleine RENAUD, Jean-Louis BARAUL T et J .-P. GRANV AL. 45T. Adès, 1972.

Mukherjee, Prithwindra : “Poèmes du Bangladesh”, présentations, choix de textes, traduction in :

1°) Le Monde, 10 décembre 1970 (pleine page); 2°) les Nouvelles littéraires, le 17 décembre 1970; 3°) Europe, avril 1972; 4°) Lettres nouvelles, septembre- octobre 1973.

: Mukherjee, Prithwindra : Farâsidér chokhé Rabindranâth (Tagore vu par le génie français), éditions Rûpâ & Co, Calcutta, 1963, p.115.

– Mukherjee, Prithwindra: “Sri Aurobindo and Rabindranâth” in P.C. Das, Tagore: the Poet of L igh t, Foreword by Dr Sarvapalli Radhakrishnan, Cuttack, 1961, pp141-150

Mukherjee, Prithwindra : Nirvâna Derniers jours du Poète Tagore (Témoignage de Madame Pratimâ Tagore, bru et secrétaire du Poète), 1957 [inédit]

Sen, Sukumar: History of Bengali Literature, Foreword by Jawaharlal Nehru, Sahitya Akademi, New Delhi, 1960

Tripâthi, Dîpti : âdhunik bângalâ kâvya parichaya, Calcutta, 1977

 


Poèmes de Tagore

Preface  The Same Path  Rest  Criteria of Kinship
Gitanjali  The Truth: Its Rejection  For Self and for Others  Undertaking the Task
 Difference  The Pride of Enmity  Reason for Doubt  
 Identity  The Vanity of the Smali  Ungrateful  

 

Preface

short poems included in lhis booklel have been taken from his ‘Kanika’ (‘Small Particles) published exactly a hundred and one years ago. I undertook this venture wholly on my Nana’s (my maternal grandfather Mr. Ferdouse Khan) enthusiasm and I am deeply indebted to him for his time, patience and support. I would also like to extend my gratitude to my respected teacher Prof. Husniara Huq (former Professor of English, Dhaka University), for having taken the time to assist us in reviewing this Rabindranath Thakur (1864-1941), known as Tagore in the West, was one of the pioneers of the lndian ” Renaissance. The work and offering a number of valuable suggestions. Both my Nana and I have enjoyed this project immensely. We hope that our readers will be able to glimpse into the richness embodied in the Bangla language, which we have tried to capture in the translations.

I would like to thank my cousin, Taufiq Hasan, (age: 18), for the beautiful illustrations.

International Mother Language Day

21 February, 2001

(Taskin Saadat) House # 22, Road # 2

Dhanmondi, DhakaBangladesh .’

 

Gitanjali

Tu m’as fait connaître à des amis que je ne connaissais pas. Tu m’as fait asseoir à des foyers qui

– n’étaient pas le mien. Celui qui était loin, tu l’as ramené proche et tu as fait un frère de l’étranger.

Le coeur me faut quand je dois abandonner ma demeure coutumière~ j’oublie alors que là-bas le passé habite encore l’avenir et que là aussi, toi, tu habites.

A travers naissance et trépas, dans ce monde ou dans d’autres, où que ce soit que tu me guides, c’est

toi, le même, l’unique compagnon de ma vie infinie qui, toujours, avec des attaches de joie, relie mon coeur à l’insolite.

Pour celui qui te connaît, nul n’est plus étrange ou hostile: plus une porte n’est fermée. Oh! Accorde- moi cette grâce: permets que je ne perde jamais cette félicité du toucher de l’unique, parmi le jeu de la diversité.

 

Difference
Favour laments “I give but get not ”
Mercy says, “I give but expect not.”

Identity
”Who are you standing there speech less? “asked Mercy.
”I am gratitude” tear filled eyes replied humbly.

 

The Same Path
I shut the door to keep off errors from me,
Truth asks, “Now which will be my path of entry?” 

 

The Truth: Its Rejection
If at night you shed tears for the missing sun,
The sun returns not but the stars twinkle in vain

 

The Pride of Enmity
The Owl proclaims, whenever he finds a pretext
“I have enmity with the sun, don’t you know that?”

 

The Vanity of the Smali
The lily raising its head, says to the pond, “0′ You!
Record in writing, I’ve given you a drop of dew.”

 

Rest
Rest is a part of work, they are bound up together,
Just as eyelid and eye, one is part of the other

 

For Self and for Others
“I spread my light upon the world” says the moon,
“The blemish, I have, however, I keep for my own

 

 

Reason for Doubt
The fake diamond boasts, “Look how big I am!”
That is why we doubt you are not genuine.

 

Ungrateful

The echo mockingly distorts the sound,
Lest his debt to the latter be found.

 

 

Criteria of Kinship
Kerosene Flame said to the humble Earthen Lamp,
“I’ll strangle you if you address me as brother,”
At that time the bright moon appeared in the sky
The Kerosene Flame said, “Hail, my big brother, hail!”

 

 

Undertaking the Task

“Who will take over my task?” asked the evening sun
At this the world stood still like a silent picture
My Lord,” said the earthen lamp, with humility,
I will do whatever is possible for me,”

 

 

 


 Arbre généalogique de la famille Tagore

Le Zéphyr s’installe
Sur la narine
De l’orient
Sur la joue
De l’Occident
Sur le front
Des ciels
Pour chanter
Les Poèmes
Les Rêveries
Les Silences
Les Prières
Les Murmures
Les Harmonies
Les Aphorismes
Du Prix Nobel
Rabindra

Le Surya se lève
Sur Shantiniketan
Dont les portes
Sont ouvertes
Aux Idéalistes
Qui veulent semer
Les graines de l’Amour
Dans une Civilisation
Simple et paisible
Et qui n ‘hésitent pas
A se fier
Aux Paroles et aux Actes
De tous les Sages
De la Planète
Marchant doucement
Vers l’Espérance
Comme Rabindra

Deva KOUMARANE

 

La Journée s’achève
Sur l’Himalaya
Dont les neiges
À la grâce juvénile
Continuent d’offrir
Dans la gaîté
Du pur nectar
Aux ondes du Gange
Vives et gorgées
Du souffle des Siècles
Qui se dirigent
Vers la Mer du Bengale
Imprégnée des Souvenirs
De l’Inde antique
De Ramakrishna
De Vivekananda et de
Rabindra

La Nuit se prélasse
Sur un sari soyeux
Saupoudré de nuages blancs
Et incrusté d’étoiles
Qui regardent
Émerveillées
La ravissante
Pleine lune
Raconter
D’un ton maternel
À une jeune brise
Douce et parfumée
À l’essence du jasmin
La Vie légendaire
De 1 ‘héroïque
Kavignar
Rabindra


MANIFESTATIONS

 1992     1993     1994     1995     1996     1997     1998     1999

 2000     2001     2002     2003

 

1999 15 août : Fête de l’Indépendance de l’Inde dans les jardins de l’Ambassade de l’Inde à Paris

1999 mars conférence bioéthique

1999 avril rencontre des poêtes

1999 25 Avril Sammilani Célébration du 1er Baisakh – Fête de Nouvel an Indien

1999 29 Mai ” LA TRACE des Troupes Indiennes en 14-18 D’ARRAS à BETHUNE

1999 décembre : création du Comité Orissa

2000 février Conférence des personnes d’origines indiennes

2000  4 juin: participation à la Conférence sur la non-violence et Gandhi en Guadeloupe

2000 30 juin : soirée de solidarité avec les sinistrés de l’Orissa à l’Unesco

2000 2 décembre : assemblée générale de la FAFI et création du Comité ” Centre culturel indien ”

2001 juin Une pétition nationale pour la construction du Centre culturel indien a été lancée

2001 17 Juin Solidarité avec le Gujarat théâtre du gymnase Paris

2001 juin entretien avec Monsieur Sibal sur le projet de Centre culturel

2001 27-29 juillet: participation à ” 2nd South Asian Conference : Current Challenges for Voluantary Action “, Hyderabad,

2001 28 août : réunion d’information à Pondichéry

2001 5 décembre : entretien avec l’adjoint au Maire de Paris chargé des Relations internationales et de la Francophonie

2002  9 janvier: entretien avec Monsieur Sibal

2002  27 janvier , France Tamil Sangam organise la fête de Pongal à la Maison de l’Inde (Cité universitaire).

2002 16 mars Tagore et la France Unesco Paris

2003 du 23 avril au 29 avril festival du film indien Brétigny sur orge

 


1992

30 mai 1992                Celebration of poet BARATHIDASSAN’s birth centenary at UNESCO

under the high patronage of Mr. C.V. Ranganathan, Ambassador of India, | Paris
With the esteemed participation of :
Ms. Savitri Kunadi,         Permanent Representative of India to UNESCO
Mr. Era. Nedunzhejian,   Honourable Finance Minister , Govt. Of Tamil Nadu
Mr. K. Gandhiraj,           Honourable Education Minister, Govt. of Pondicherry
Prof. F. Gros,                 Director of The Ecole Française d’Extrême – Orient, Paris

Please find herewith the published Souvenir
Various Associations who joined their efforts to make this function a  success  felt the need to form a strong structured body to serve our community in  all its aspects


1993

 25 Septembre 1993                First meeting presided by Mr. C.V. Ranganathan,

convening all  the Associations  in France dealing with franco-indian cultural  relations in order to create a Federation


1994

 26 Mars 1994

Indian function organised by two Associations  Maison France
Inde and Aide et Action to patronage indian children for school expenses
With the esteemed participation of :
Dr. Najima Heptulla,     Vice-President of the Rajya Sabha, leading the indian parliamentry
delegation to France
Mr. Ranjit Sethi,           Ambassador of India, Paris
Mr. S. K. Sharma,       Minister for Consular Affairs, Embassy of India
Mr. Max Marest,         French Senator
Mr. J. P. Delaunay,      Mayor, St. Chéron
On that occasion, Dr. Heptulla encouraged us to continue our efforts and  to come out
concretely at the realization of India House


 1995

Juin 1995    

Several meetings of all the Associations  presided by Mr. S.  K. Sharma, Minister for Consular Affairs, Embassy of India, to elaborate  the statutes of   fafi

 Octobre 1995 

Final  fafi founding meeting presided by Mr. R. Nagarajan,  Minister for Consular Affairs, Embassy of India. Election of  Board  members and the President


1996

Janvier 1996 

Official declaration of  fafi to the french authorities and  publication in French Republic’s Journal Officiel N° 13 (27/03/96)

 

20 Mars 1996 

Swagatam, member Association organized a concert  Sham e Ghazal  at Musée Guimet, Paris, under the patronage of  fafi

 

Juillet 1996 

Annual Prize Distribution Ceremony to meritorious indian  students by  Association Internationale pour le Développement Humain  under the patronage of   fafi

 


1997

12 Avril 1997

50ème anniversaire de l’indépendance de l’Inde à l’Unesco ( Paris )

 

Juillet 97

Organisation d’ une réunion d’information sur la fafi à Pondichéry avec la présence de Monsieur Philippe Barbry, Consul Général de France, Monsieur R.Viswanathan, Ministre de l’Agriculture de l’Etat de Pondichéry et Monsieur Dubaille Cojandé, Délégué au Conseil Supérieur des Français de l’Etranger et des responsables des associations locales.
Cette réunion a permis d’échanger des points de vue, des projets et de mieux connaître les problèmes des deux côtés.

 21 Aout 1997

Meeting in Pondicherry held by  fafi and presided  by Mr. R. Viswanathan, Honourable Minister for Agriculture , Govt. of Pondicherry,  to expose its activities and main objective  of creating India House in  Paris, attended by 40 Associations and personalities working for the  welfare of people
With the esteemed participation of :
Mr. P. Barbry,     Consul Général de France, Pondicherry
Mr. C. Dubaille,   Délégué, Conseil Supérieur des Français de l’Etranger,  Ministère des Affaires
Etrangères, Govt. Of France

28 Septembre 1997   

  CHELIKANI Prize to meritorious indian students by  Association Internationale pour le Développement Humain under the  patronage of  fafi  la fafi a donné son patronage et sa collaboration à la fête annuelle de la remise des prix aux élèves méritants organisée par l’AIDH.

Septembre 97

Un cocktail a été organisé en l’honneur de Monsieur R.Nagarajan, Ministre aux Affaires consulaires et de Monsieur P.K.Kapur, Attaché culturel, et des cadeaux leur ont été offerts à cette occasion.

Octobre 97

Patronage de la fafi au Festival des Cerfs-volants à la Villette

Décembre 97

Monsieur Dubaille Cojandé, Délégué au CSFE a été nommé membre d’honneur.


1998

21 & 22 Mars 1998

Internet Demonstration and Training for 85 participants  by  fafi , AFI-AFI and AIDH
La fafi , l’AIDH et l’AFI-AFI ont organisé les 21 et 22Mars quatre sessions de démonstration et de pratique sur PC à la Salle Joseph Bellegarde, fondateur de l’AFI-AFI. Plus de 80 personnes ont pu écouter les conférences théoriques puis passer à la pratique. Je remercie ici le Zytec Information system et Monsieur Manpreet Goraya, la Maison France Inde et Monsieur Mohan Annat d’avoir travaillé pour mettre à la disposition des participants des supports et des informations, obtenus gratuitement auprès de France-Télécom et d’autres opérateurs.

22 Mars 1998 

Fête de Holi  organisée par nos membres Dharma Sangh et IWFA.sous le Patronage de la fafi .

 20 Mai 1998

Reception in honour of Shri Keshari Nath  Tripathi, Speaker,  U.P, Legislative Assembly and the delegation of U.P Branch of  Commonwealth Parliamentary Association.Réception en l’honneur de la Délégation de l’Association parlementaire du Commonwealth, Uttar Pradesh conduite par le Président de l’Assemblée législative de cet Etat Shri Keshari Nath Tripathi auquel nous avons remis un mémorandum.

Juillet 98

Création du site de la fafi sur le Web. C’est Monsieur Annat qui a consacré beaucoup de temps et d’énergie pour mener à terme et avec succès ce projet.

29 Septembre 98

Remise d’un mémorandum au Premier Ministre de l’Inde, Monsieur Atal Behari Vajpayee lors de sa visite officielle en France.

4 Octobre 98

Demande de suivi et d’appui auprès des autorités indiennes de notre projet de France India House auprès de Monsieur Murli Manohar Joshi, Ministre des Ressources Humaines, Science et Technologie du Gouvernement de l’Inde.

14 Novembre 98

Patronage de la fafi à la fête de l’AIDH  (Association Internationale pour le Développement Humain)
Salle des fêtes 13 Avenue Jean-Jaurès 92240 Malakoff
A l’occasion de la 3ème Convention de  l’Association Internationale pour le Développement Humain et la remise du prix de mérite Chelikani, vous êtes priés d’assister à la cérémonie suivie de manifestations culturelles .         Le Président,          O. Bossé

20 Novembre 1998

La Première Assemblée générale de la fafi s’est tenu à 18H30 dans les locaux du Service consulaire de l’Ambassade de l’Inde, 20/22 rue A. Magnard, 75016 Paris (M° La Muette)


1999

28 Mars 1999

Conférence: Science, Bioéthique et Loi animée par Monsieur Sibajyoti Guha, chercheur au CNRS retraité et ancien Président de Sammilani.Centre Paul Bailliart 6 allée du Quèbec 91300 Massy.

11 Avril 1999

Sammilani  Rencontre du Printemps des Poètes  Chaque participant dispose de 10 min pour réciter ou lire des poèmes dans la langue de son choix. Ces poèmes pourraient être de sa propre composition ou de l’un de ses poètes préférés. Un résume introductif du poème présenté sera apprécié.
Centre Paul Bailliart 6 allée du Quèbec 91300 Massy.

25 Avril 1999

Sammilani Célébration du 1er Baisakh – Fête de Nouvel an Indien

15 août 1999

La partie culturelle de la Fête de l’Indépendance de l’Inde est assurée par la FAFI dans les jardins de l’Ambassade de l’Inde à Paris

29 Mai 1999

Sur LA TRACE des Troupes Indiennes en 14-18 D’ARRAS à BETHUNE
L’Association ” Les Comptoirs de l’Inde”
A partir d’Arras visite ( – du plus grand Cimetière allemand de France – du Musée de la Targette (guerres 14-18 et 39-45)    – du Cimetière britannique – de la Nécropole de Notre-Dame de Lorette, avec le Musée 14-18, le Champ de bataille, le Soldat inconnu d’Indochine
Route vers Neuve-Chapelle (- visite du Cimetière Portugais et de la Chapelle de Fatima – visite de la grande Nécropole indienne (5021 morts)

29 Mai au 06 Juin 1999 

L’Association ” Les Comptoirs de l’Inde” “Les Textiles Indiens d’Ahmedabad à Pondichéry” Exposition et démonstration de techniques traditionnelles par deux spécialistes indiennes: impression au bloc, tie and dye, incrustations de mirroirs.
Vente au profit des “Enfants de Pondy Patch” (enfants défavorisés de la région de Pondichéry) et de la S.E.W.A ( Self Employed Women ‘s Association)

05 et  06 Juin 1999 

L’Association ” Les Comptoirs de l’Inde” En Hommage à Henri Michaux (poète, écrivain, peintre) Exposition: “Un Barbare en Asie” de Melichart et Soizic K. (plasticiens)
Exposition de “Bindis et de Sculptures autour d’une lithographie originale de Michaux

17 au  20 Juin 1999

 L’Association ” Natyamitram” “Le grand vizir” adaptation et mise en scène de S. Ahmed Qadri d’après deux pièces de BHASA : “Voeux du ministre” et ” Vasvadatta en songe” Bhasa est le plus ancien des dramaturges de la langue sanskrite Intrigue sous l’égide de Kamadev, le dieu de l’amour. Comédiens :

Katerina Saurani                        Nathaniel Khorsand

Chantal Mace                             Nathalie Mathis

Séverine Robic                             Laurence Arrighi

                        S. Ahmed Qadri

Natyamitram popularise le théâtre sanskrit depuis 1985

Maison de l’Inde
7, Bd Jourdan -75014 paris

11Juillet  1999  L’Association “Sammilani”  ” La philosophie intégrale”. Une conférence animée par Dr.Gopa Bhattacharya Professeur de philosophie en Inde.(En anglais). Centre Paul Bailliart 6 allée du Quèbec
91300 Massy.

15Août 1999 à l’Ambassade de l’Inde     Pour la Fête nationale de l’Indépendance de l’Inde, la Fédération des associations franco indiennes a le plaisir de s’associer avec l’ Ambassade de l’Inde pour vous offrir après la levée des couleurs  un programme culturel:   Danse rajasthanie GRoupe dance Vandé Matram   Dir. Anita  Tamby
Musique classique indienne          Ishak Khan . sitar      Zaffar Khan. tabla

22 au  28 Août 1999  L’Association ” Dharma Sangh”  Le Pandit Shastri organise un stage sur le Mahabharata

22 au  28 Septembre 1999 Les Associations ” Indian Connexion & Indiamitié  FESTIVAL “L’été indien” Pondichéry, un comptoir français en Inde ANGERS
PROGRAMME DU FESTIVAL
Mercredi 22: – L’ouverture du festival se fera le mercredi 22 septembre avec l’inauguration des expositions permanentes de photographies et de peinture de 18 heures à 19 heures*.
A noter les heures d’ouverture des expositions 9h-18h
Lieu : Amphigouri, Maison des étudiants, Esplanade F. Mitterrand
15h:  L’Eveil indien , AMBA un spectacle est destiné au public jeune : initiation à la danse, aux rythmiques et à la musique.
16h:  Adaptation théâtrale d’un conte indien
Lieu : Centre Jacques Tati (Beille-Beille)    ENTREE GRATUITE
Jeudi 23:   Cycle cinéma “Nocturne indien”
20h30: Un film et échanges entre un intervenant et le public.En AVANT-PREMIERE
” Vanaprastham “, la dernière danse de Saji KARUN
Lieu : Les 400 COUPS     Prix : 29f (tarif unique)
Vendredi 24:      Colloque sur Pondichéry 17h-19h
Différents spécialistes interviennent sur le thème de Pondichéry, comptoirs français
en Inde, d’hier à aujourd’hui.
Lieu : Amphigouri, Maison des étudiants, esplanade F. Mittterrand      Prix : 30f

Soirée “Le Bharata Natyam”

20h: Cocktail

20h45: Spectacle de danse

22h: Banquet indien

Lieu : Centre Jean Vilar (La Roseraie)           Prix : 100f et 80f (tarif réduit)

Samedi 25 :

10h à 18h:  “Marché indien” , présentation d’objets, d’étoffes et produits divers

15h-17h:  Table ronde sur l’adoption   “Adolescence et crise(s)” en partenariat avec
l’association Kliniklé

Lieu : Amphigouri, Esplanade F. Mitterrand        ENTREE GRATUITE

Cycle scénique  “Nuit indienne”

20h: Introduction à la musique

à 20h30: Concert, musique du Nord de l’Inde

à 22h: Le Mohini Attam, danse classique du Sud de l’Inde

Lieu: Centre Jean Vilar

Prix : 75f et 60f (tarif réduit)*

FIN DU FESTIVAL

* Tarif réduit : adhérent, demandeur d’emploi, -18 ans

La fafi vous invite à consulter sur son site les pages consarées aux artistes  Lakshmi DUTT, Madhu BASU, et Shakti BURMAN présents lors de ce Festival d’Angers.

Samedi 02 Octobre1999  fafi et MFI Réunion d’information sur le CERTH INDIA

Le CERTH, anciennement connu sous le nom de Fondation Raoul Follereau,

organisation non-gouvernementale et caritative, est un centre pour l’Education, la Réhabilitation et le Traitement des Handicapés.

Dr.N.Balasubramanian, Directeur du CERTH India à  Pondichéry animera  cette réunion 16h00.

Restaurant Aarapana 6, rue du Petit Pont, 75005 Paris Métro:St.Michel

Samedi 23 Octobre 1999 Association VIDYALAYA Rythmes et Emotions de l’Inde

Sous le Haut Patronage de l’Ambassade de l’Inde

VIDYALAYA présente un spectacle de danses et de musiques de l’Inde du Sud. Ce spectacle sera assuré par 6 musiciens et 8 danseuses.

Nous sommes heureux de signaler  la participation exceptionnelle de

Manickam Yogeswaran

premier chanteur Tamoul d’avoir chanté dans le célèbre film hollywoodien
de Stanley Kubrick ‘Eyes Wide Shut’, à cette soirée.

Ce spectacle aura lieu:

Salle Adyar
4 square Rapp
75007 Paris

Dimanche 7 Novembre 1999  AIDH A l’occasion de la 6ème Convention de l’Association Internationale pour le Développement Humain (AIDH) et de la remise du Prix  de Mérite AIDH, nous vous prions d’assister à la cérémonie, suivie de manifestations culturelles, à la Salle de Fêtes de la Mairie de Malakoff.

Lieu : Salle de Fêtes de l’ Ecole Jean Jaurès
13, avenue Jules Ferry
92210-Malakoff

PRESIDENT
PRESIDENT D’HONNEUR
SECRETAIRE GENERAL
M. Deepak Mathur
M. Chelikani
 M. Ramakichenin

décembre 1999 : création du Comité Orissa


2000

7-8 février 2000 : participation à la Conférence ” Contribution of People of Indian origin in their country of adoption “, New Delhi, organisée par Indian Council for International Cooperation, inaugurée par Monsieur Atal Behari Vajpayee, Premier Ministre de l’Inde. A cette occasion, j’ai rencontré le Premier Ministre et lui ai rappelé le mémorandum présenté par la FAFI à Paris en 1998 et la nécessité du suivi du projet de centre culturel.

29 Avril 2000 AJAI – ADI  présente ABHINAYA and Live Orchestra
sous la direction de Tirumathi Rajarajeswari Sri Krishna Leela
Danse classique et traditionnelle de l’Inde du Sud

En première partie, musique et chant carnatique avec “Issïmamani” K. Rajamanickam
du
Sangeetha Salangaï Natyalaya School of danse and Music de Pondichéry

Salle ADYAR
4, square Rappp. 
75007 Paris
L’AJAI-ADI consacrera les sommes récoltées à l’issue de ce spectacle, essentiellement à la construction de l’école de Kîlvélour.

 

4 juin 2000 : participation à la Conférence sur la non-violence et Gandhi en Guadeloupe, et rencontre avec les responsables des différentes associations indiennes de Guadeloupe.

Le vendredi 30 juin 2000 à 20h30 La fafi présente Sous le Haut Patronage de l’Ambassade de l’Inde

Sudha Raghunathan 
et ses musiciens
Doraisamy Swaminathan – Violon
Palladan Ramachandran Ravi – Mridangam
Ramakrishnan Raman –  Morsing

Récital de chants carnatiques

Première partie
Devasmita Patnaïk– danse Odissi
soirée de solidarité avec les sinistrés de l’Orissa à l’Unesco

pour reconstruire une école publique à Paschim Kachcha, Orissa

 Lieu :    Palais de l’Unesco-Salle I
125, avenue de Suffren, 75007 Paris              

Restauration sur place à partir de 20h00 avec le restaurant AARAPANA

26 novembre 2000 L’ ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN
A l’occasion de la 7ème Convention de l’Association Internationale pour le Développement Humain, nous vous prions d’honorer de votre présence la remise du Prix de Mérite AIDH décerné aux élèves des Classes de CM1 à Terminales.

  Bienvenue par le Président   Inaguration deepam (lampe), chants, Compte-rendu des activités de l’AIDH
  Remise des prix et allocutions  Programme culturel   Rafraîchissements   Remerciements par le Secrétaire Adjoint

Lieu:   Maison de l’Inde            7 bd. Jourdan            75014 Paris

Nous remercions vivement monsieur le Directeur de la Maison de l’Inde pour son accueil chaleureux.

Le Comité d’Organisation.

2 décembre 2000 : assemblée générale de la FAFI et création du Comité ” Centre culturel indien ”

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2001

28 janvier 2001 : Fête de Pongal à la Salle AdyarDi Association FRANCE -INDE Sous le Patronage de la fafi
Cérémonie du Pongal 4 Square Rapp 75007 PARIS

Repas traditionnel
CHANT KARNATIQUE du SUD de l’INDE Par Komala Brushwing
Accompagnée de ses musiciens (violon et mirdangam)
RECITAL de DANSE INDIENNE Par laTroupe de Dayalasingham
Signification du Pongal Par Mr B. Dassaradane
Galette des Rois Thé indien

Vendredi 10 Février 2001  LaF.A.F.I organise une réunion d’information sur le Gujarat : création du Comté Gujarat
Lieu : Soleil d’Or, 146 rue Raymond Losserand, 75014 Paris
Les associations membres de la F.A.F.I et les autres personnalités présentes à cette réunion ont exprimé leur solidarité avec les sinistrés du Gujarat, et ont décidé d’organiser à Paris une soirée culturelle fin Mai- début juin 2001 et une Journée de l’Inde pourle Gujarat en Octobre 2001.Les fonds ainsi collectés seront envoyés aux organismes qui sont chargés de la réhabilitation et de la reconstruction.

Un Comité de coordination sur le Gujarat a été constitué à cet effet ; il est chargé de prospecter et de réserver les salles et les dates et aussi de contacter les artistes et les différents participants pour les programmes culturels.

Vendredi 23 février 2001  Le Comité de coordination sur le Gujarat invite toute la communauté indienne et les amis de l’Inde à participer à la réunion Lieu : Salle Joseph Bellegarde,

AFI-AFI, 110 rue Jeanne d’Arc, 75013 Paris (M° Nationale / Campo-Formio / Chevaleret)

Samedi 24 Mars 2001 Spectacle de bienfaisance pour les sinistrés de Gujarat Théâtre de la Plaine

Soleil d’Or

présente

«  KRISHNA, LE BIEN-AIME »

Danses de l’Inde sur des chants de Subramania BHARATI

Par le groupe SWARNA SURYA et ses musiciens(23 participants)

sous la direction de Sivaselvi SARKAR

Samedi 31 Mars 2001 Au profit des victimes du séisme au Gujarat

Sous le haut patronage de l’Ambassade de l’Inde

TRIVENI

Présente un récital de MUSIQUE CARNATIQUE

par

PRASANNA – guitare

Accompagné par Haridwaramangalam A.K.PALANIVEL – thavil

Salle Adyar4, Square Rapp75007 Paris

Samedi 21 Avril 2001 Le Comité de coordination sur le Gujarat se réunit ce jour. Lieu : Restaurant Indus Valley (Tél. 0148240054)

1, rue de la Grange Batelière, 75009 Paris. M° Grands Boulevards

Samedi 28Avril 2001  Les associations France-Inde et Friends of India Society International (FISI) organisent Vassant ke mela- La Fête du Printemps Programme

16h-18h Jeux de groupes pour les petits et grands

19h00Rencontre autour d’un buffet familial sous le signe du partage et de la convivialité

20h30Dhandia, gaba, mais aussi bangra (danses indiennes)

LieuSalle des Fêtes- Ecole Jean Jaurès- 13 avenue Jules Ferry 92240 Malakoff

Samedi 12 Mai 2001 Réunion du Comité Gujarat au Restaurant Indus Valley, 1 rue de la Grange Batelière,75009 Paris

Samedi 12 Mai 2001 France Tamil Sangamorganise, sous le patronage de la FAFI,  une réunion littéraire tamoule .
à l’Insitut International des Etudes Supérieures, 70/75, rue Philippe de Girard, 75018 Paris
Programme

Présidence : B.Dassaradane, Secrétaire Général de France Tamil Sangam, Président- FAFIKavideikenna Veli -“Quelle clôture pour la poésie ” Paris Barthassarady Poète K.Barathidasan

Imayataï Nokki” Vers les cîmes”Kuwait Sethu Prof. Paris Jamal

Vaja vagaï solloum Vajigattigal -“Les guides pour bien vivre”Paris Jamal Prof. Moudiappanadin

Présentation de l’Institut International des Etudes Supérieures

Prof. S.Sachchithanantham, Directeur de l’I.I.E.S

Allocutions

Prof. Subbarayalu, Tamil University, Tanjore, IndeMonsieur C.Balachandran, Directeur, Eeja Nadu & Tamil Alayam

Remerciements Monsieur Deïva. Varadarassan

jeudi 17 Mai 2001 FRANCE TAMIL SANGAM organise une réunion littéraire en l’honneur du poète Sethu, Kuwait, à New CHOLA, 190 rue du Faubourg St Denis, 75010 Paris sous la présidence de Paris Jamal.

17 juin 2001:- soirée de solidarité avec les sinistrés de Gujarat au Théâtre du Gymnase, avec la participation bénévole des artistes (récital de Sitar de Gaurav Mazumdar, accompagné par Prabhu Edouard au tabla et récital de danse Odissi de Kavita Dwibedi)  Solidarité avec le Gujarat   – Théâtre du Gymnase – Paris
26 janvier 2001, l’Inde subit un tremblement de terre dévastateur dans l’Etat du Gujarat, tuant et blessant des milliers de personnes et détruisant des milliers de villages. La communauté indienne ainsi que les amis de l’Inde constituent un Comité Gujarat réunissant les bonnes volontés de tous horizons sous le haut patronage de la Fédération des Associations Franco Indiennes ( fafi ) Concrètement, votre participation et les dons collectés vont permettre de reconstruire une école publique au Gujarat, en collaboration avec NAGIN (17 avenue d’Italie, 75013 Paris. Tél. 01 53 94 08 06) et l’ONG PRATHAM.

Suivi et transparence sont les maîtres mots de cette opération de réhabilitation. Vous pourrez suivre la réalisation de nos efforts conjugués sur notre site Internet: www.fafi.org

Aidons les enfants à retrouver l’accès à l’Education et à l’Espoir !

               La soirée a été un succès : Gaurav Mazumdar, accompagné au tabla par Prabhu Edouard, a enchanté le public pendant une heure avec son sitar. Un entracte a permis au publis de se restaurer rapidement.Kavita Dwibedi a offert un récital exceptionnel de danse Odissi et l’a littéralement captivé par ses gestes et expressions.

La FAFI remercie tous les membres du Comité Gujarat, ses sponsors et le chaleureux public; elle fera un compte-rendu complet et le bilan de cette soirée en Septembre 2001:

 

Juin 2001 Une pétition nationale pour la construction du Centre culturel indien a été lancée : tous les membres sont invités à diffuser largement cette pétition auprès de leurs adhérents et de leur entourage pour recueillir le maximum de signatures.

Juin 2001 entretien avec Monsieur Sibal sur le projet de Centre culturel

27-29 juillet 2001: participation à ” 2nd South Asian Conference : Current Challenges for Voluantary Action “, Hyderabad, organisée par l’International Foundation for Human Development.

28 août 2001: réunion d’information à Pondichéry avec les associations et les personnalités avec la présence du Consul général de France et du délégué au Conseil Supérieur des Français de l’Etranger

5 décembre 2001: entretien avec le Directeur de cabinet de Monsieur Pierre Schapira, Adjoint au Maire de Paris chargé des Relations internationales et de la Francophonie

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2002

 Janvier 2002 , France Tamil Sangam organise la fête de Pongal à la Maison de l’Inde (Cité universitaire).

9 janvier 2002 : entretien avec Monsieur Sibal

2 mars 2002 l’Association Multiculturelle Indienne prévoit une manifestation.

16 mars 2002   la FAFI est co-organisatrice de la journée à l’Unesco ” Tagore et la France “.Sous le haut patronage de
Monsieur Jacques Chirac
Président de la République En coopération avec l’Ambassade de l’Inde en France
Et le soutien de la Délégation permanente de l’Inde auprès de l’Unesco
La Maison de l’Inde, Amitié Franco-Pondichérienne, Sammilani, Mouktodhara
Et la Fédération des Associations Franco Indiennes (FAFI)

Colloque-films-débats : 9h30 à 12h30 / 14h30 à 18h30 Salle XI
Soirée artistique et culturelle dédiée à Tagore : 20h30 à 23h00 – Salle I (entrée : 125 av. de Suffren)
Exposition sur la vie et l’œuvre de Rabindranath Tagore du 11 au 16 mars 2002 (Couloirs X et XI)
Palais de l’Unesco 7, Place de Fontenoy, 75007 Paris (M° : Cambronne ou Ségur)

Inauguration de l’exposition suivie d’un cocktail le lundi 11 mars 2002 à 18h30

Programme

9h30-12h30 Colloque-débats Salle XI

Tagore, l’homme universel Mme Sharmila Roy
Tagore et la poésie Mme Saraju Gita Banerjee
Tagore, philosophie et spiritualité M. Prithwindra Mukherjee
Tagore, Romain Rolland et la France Mme France Battacharya

 

14h30-18h30

Films documentaires M. Sylvain Roumette
Tagore et l’Education M. Bikas C. Sanyal
Tagore, peintures indiennes et modernité Mme. Judith Ferlicchi
Tagore et le poète tamoul Bharathi M. B. Dassaradane

 

20h30- 23h00 SsiSSoirée artistique et culturelle dédiée à Tagore Salle I
Danses par le groupe Swarna Surya Mme Sivaselvi Sarkar
Poèmes M. Philippe Benoît
Amar Bella (chorégraphie: Jatindra K. Singh) Mlle. Angela Sofia Sterzer
Poèmes gestuels (récitant: Jean Mourat ) Mlle Maria Kiran
Phoule Phoule Mlle. Angela Sofia Sterzer
L’homme infini Le Théâtre du Ruisseau Libre
Musiques et chants du Bengale M .Pabal Das Baul – Mme Urmimala Sen

 

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2003

23 avril au 29 avril2003  FESTIVAL DU CINEMA INDIEN

Juin 2003

Réactualisation du site par Marie Claire et Marie Christine

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